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DISPUTE DU SEIGNEUR DE MARDOGNE ET DU CHAYLAR

Non loin d'Allanche, placés sur des rochers basaltiques qui dominent sa rivière et celle de l'Allagnon, les châteaux de Mardogne et du Chaylar étaient habités par deux seigneurs de la plus haute lignée, égaux en titres et en possessions. Les sires do Baladour et du Chaylar avaient vécu longtemps dans les rapports les plus affectueux. Leurs enfants, Ithier de Mardogne et Arsende du Chaylar, avaient été élevés dans la plus grande intimité; l'âge avait fait succéder en eux à l'amitié des premiers jours des sentiments plus tendres, et cette mutuelle affection faisait la joie de leurs pères.

Un jour cette harmonie, qui régnait entre les chefs des deux familles, vint à se troubler. Quelle en fut la cause? On ne le dit pas. Sans doute quelque prérogative blessée, quelque atteinte à la dignité seigneuriale tant il y a que la haine fit place, chez des cœurs irascibles, à l'affection qui avait été jusqu'à ce jour leur bonheur commun.

Ithier et Arsende gémissaient, en secret, d'une inimitié qui leur était étrangère. Ils voyaient les doux rêves de leur jeune âge s'évanouir, et la félicité tant espérée de leur union prochaine détruite peut-être à jamais. En vain, par leurs caresses et leurs supplications, avaient-ils tenté de faire entrer, dans l'âme de leurs parents, les sentiments de leur ancienne intimité ; leur inimitié s'était toujours accrue, et même s'était-elle déjà manifestée par des actes d'hostilité.

La fête de la St-Jean-Baptiste approchait, mais ne ramenait pas, dans les deux familles, le désir des douces émotions qu'elles avaient goûtées pendant les années précédentes.

Chacun des deux adversaires, supposant que son rival ne faillirait pas au rendez-vous général des chevaliers de la contrée, conçut en même temps le projet de profiter de l'absence présumée de l'ennemi pour s'emparer traîtreusement de son manoir.

La nuit qui suit le premier jour de la fête était survenue, par extraordinaire, sombre et obscure; la lune même avait voilé sa face; sa lueur si douce s'était éclipsée, comme honteuse d'avoir à éclairer une aussi lâche entreprise. Alors les chevaliers, suivis de leurs hommes d'armes, se mirent en marche pour aller livrer un assaut à la forteresse ennemie. Le hasard voulut que chacun d'eux prit une route différente.

Arsende était assise, triste et rêveuse, auprès d'une croisée grillée du Chaylar. Son âme était préoccupée des événements sinistres qui se préparaient. Que de dangers menaçaient son père dans cette rencontre nocturne! Peut-être aussi ceux qu'aurait à courir son bien-aimé trouvaient-ils, à son insu, quelque place dans ses pensées!

Tout à coup un cliquetis d'armes se fait entendre ; le piétinement des chevaux bardés de fers émeut les échos de la roche ardue sur laquelle la forteresse féodale est assise. Restée seule avec une suivante, la défiance d'Arsende est mise en éveil; elle ne tarde pas à reconnaître que cette troupe armée n'est pas celle que son père avait emmené peu d'heures auparavant.

Loin de se laisser intimider par le danger qu'elle reconnaît, Arsende, aussi prévoyante que résolue, arrête de suite son plan de défense. Elle appelle sa compagne, lui fait prendre une armure, elle se revêt elle-même d'un heaume et d'une cuirasse : des lumières sont portées dans tous les appartements du château : les principaux officiers appelés répondent hautement à leur nom. Des postes de défense leur sont assignés. Les deux guerriers improvisés paraissent à chaque instant tantôt à une croisée, tantôt à l'autre, tantôt sur les remparts; enfin, ces deux jeunes filles se multiplient tellement, un mouvement si actif parait régner dans le château, que le sire de Baladour, trompé, croit son entreprise manquée par suite de la présence du seigneur du Chaylar. Il se retire, renonçant à la surprise qu'il avait méditée.

Mais, pendant que l'attaque du suzerain de Mardogne échouait devant le courage et la présence d'esprit de deux jeunes filles, il n'en était pas ainsi de l'attaque du seigneur du Chaylar dans l'autre forteresse. Aucune agression ne paraissant à redouter, la garde de cette place imposante avait été laissée à un vieil archer. Seul dans son enceinte, cet homme, jadis bon soldat, mais dont l'âge et les infirmités inséparables de la guerre avaient éteint l'énergie, fut surpris et intimidé : il baissa le pont-levis à la première sommation, et le sire du Chaylar prenait possession de Mardogne à l'instant même où son adversaire renonçait à sa tentative.

Se trouvant sans asile, confus et humilié, battu par une jeune fille, le sire de Baladour s'était vu réduit à demander l'hospitalité à ses amis. Ce fait d'armes et de présence d'esprit avait porté au plus haut degré, dans le pays, l'admiration pour Arsende. Son père lui-même la partageait comme tout le monde. Il en était si glorieux, son amour pour elle en avait tellement augmenté, qu'il se trouvait naturellement disposé à souscrire à toutes ses demandes.

Alors des amis communs intervinrent. Les souvenirs des temps anciens furent rappelés; le bonheur que les deux familles avaient eu, lorsqu’elles vivaient en paix, réveillé dans leur cœur. Le malheur avait rendu l'un des deux seigneurs plus traitable, l'admiration pour les vertus d'une fille si glorieuse attendrit l'autre : comment résister aux supplications et aux larmes de celle qui était la gloire du pays. Une réconciliation se fit donc facilement : l'union dTthier et d'Arsende en fut le gage; tout germe de discorde, tout ressentiment disparût du cœur des deux chevaliers, et l'antique intimité de ces deux familles vint de nouveau consacrer leur félicité.

Quoique cette légende soit, en quelque sorte, étrangère à la fête de la St-Jean-Baptiste, nous avons cru devoir la rapporter ici, parce que c'est à son occasion que les faits eurent lieu. Mardogne est seulement à un myriamètre d'Allanche, le Chaylar n'en est guère plus éloigné. Combien de faits, de gais propos, ont égayé les soirées d'hiver de nos bons aïeux, dont l'origine se trouvait au pré de Piara-Prat, et qui Sont ensevelis dans l'oubli des temps. Aujourd'hui encore à Piara-Prat viennent de tendres amants, heureux d'un serrement de main qu'ils peuvent se donner furtivement, en figurant une contredanse.