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L'ÉGLISE DU MONASTÈRE.

Nous ne pouvons terminer le chapitre consacré à l'abbaye d'Aurillac sans dire quelques mots des débris mutilés qui en rappellent le souvenir. Nous avons dit que son église primitive n'existait plus depuis longtemps; mais il faut ajouter qu'il ne reste rien ou presque rien de celles qui lui furent d'abord substituées.
Lorsqu'en 1569 les protestants s'emparèrent d'Aurillac par surprise et y exercèrent, pendant quatorze grands mois, l'autorité la plus absolue, ils se firent un jeu cruel de détruire tous les monuments destinés au culte catholique, et n'épargnèrent pas surtout la vieille et riche abbaye. Ses trésors furent pillés, les ornements sacerdotaux pollués, les chartes anciennes déchirées, et, le vandalisme des sectaires s'acharnant sur les pierres même, les voûtes sombres et solides, les portes décorées des statues des Saints, les colonnes aux chapiteaux délicats, les fenêtres en pierre dentelée, tombèrent sous les marteaux destructeurs. Il ne resta debout que la grosse tour du clocher et peut-être le fond des murs de l'abside, et quelques parties des chapelles de St-Géraud et de Notre-Dame-du-Cceur. Les autres églises de la ville, Notre-Dame d'Aurillac, les églises des couvents des Cordeliers et des Carmes subirent à-peu-près le même sort.
Lorsque le calme fut rétabli, que les protestants eurent quitté la ville et que l'abbé d'Aurillac, d'une part, et les consuls, de l'autre, purent reprendre le libre exercice de leur autorité légitime, on songea à réparer ce grand désastre et à tirer parti de tant de ruines. Mais, pour ce qui était de l'abbaye, tout était à refaire, et la position n'était plus la même.
Depuis 1561 le monastère n'existait plus; il n'y avait plus de bénédictins; l'abbaye était sécularisée, et, à la place des religieux pour qui le cloître était une patrie, il n'y avait que des chanoines formant, à la vérité, un chapitre, mais dont toutes les affections n'étaient pas concentrées dans l'étroite enceinte du cloître et de l'église. D'autre part les revenus de l'abbaye devaient être considérablement amoindris, tant parce que les protestants, maîtres de la ville, avaient battu monnaie en vendant aux enchères publiques ses principaux domaines, que parce que les bénéfices éloignés qui en dépendaient avaient dû nécessairement souffrir aussi des suites funestes de la guerre civile. Ces deux causes réunies ne permirent pas aux abbés d'Aurillac Aloïsius Pisani, Georges d'Armagnac, Philippe des Portes et François de Joyeuse, étrangers, d'ailleurs, tous les quatre, et qui, peut-être, ne vinrent même pas visiter les tristes ruines de notre abbaye, de reconstruire l'église et le cloître, et de la rétablir dans son premier état, ce que des religieux eussent fait bien certainement.
La première conséquence de cet abandon de l'abbaye fut que le palais abbatial n'a jamais été rétabli; la seconde que les chanoines, ne trouvant plus à se loger dans le cloître, détruit de fond en comble, furent réduits à en ramasser les pierres pour se construire, sans plan, sans règle et sans symétrie, des maisons particulières où ils habitèrent isolément; la troisième que l'église antique ne se releva pas de ses ruines, les chanoines s'étant contentés, pendant longues années, d'une modeste sacristie, dans laquelle ils célébraient les heures canoniales, jusqu'à ce que Charles de Noailles, abbé d'Aurillac, eut pris la résolution de construire une nouvelle église.
Mais, alors même, soit manque de fonds, soit fatigue, le nouveau vaisseau resta inachevé et, tel que nous le voyons aujourd'hui, il est évident qu'on avait eu d'abord l'intention de prolonger la nef jusqu'au clocher, qu'une révolution nouvelle a détruit de puis; les fondements existent; ils attestent ce fait aussi bien quête pierres d'attente que l'on remarque encore à l'ignoble muraille qui clôt aujourd'hui l'église; mais on s'est arrêté, et la nef n'a encore qu'une seule travée. Ce fut seulement le 8 septembre 1613 qu'on célébra, pour la première fois,"dans ce que nos annales appellent le chœur de la nouvelle église. Ainsi, pendant soixante-quatorze ans l'abbaye d'Aurillac n'avait pas même eu une chapelle!
Aujourd'hui, ce qui ne devait être que le chœur de l'église abbatiale est l'unique église d'une paroisse de 5,000 âmes; et, quoique tout le monde en reconnaisse l'insuffisance, il est impossible de prévoir à quelle époque on pourra pourvoir au besoins du culte, en réalisant enfin un prolongement indispensable.
Si l'on ajoutait trois travées nouvelles à l'église de St-Géraud actuelle, elle serait régulière, dans de justes proportions, et assez belle encore, quoique dépourvue d'ornements. On y remarque deux belles croisées à quatre meneaux élégants ans deux extrémités des bras de la croix; la chapelle Notre-Dame-du-Cœur est couronnée par une voûte ogivale dont les nombreuses arêtes prismatiques sont supportées par des culs-de-lampcs ornés. Celle de St-Géraud, au contraire, repose sur des colonnes engagées dans les murs latéraux. Il est aisé de reconnaître que cei colonnes appartiennent à l'ancienne église; elles sont tronquées, et les nervures actuelles de la voûte ne répondent pas aux anciennes, dont on voit encore les bases au haut des colonnes. De belles orgues, quelques vieux tableaux, notamment deux ex-voto représentant les miracles de Notre-Dame-du-Cœur et les livres du lutrin, manuscrits des frères Combes, voilà ce qui reste, à-peu-près, de notre abbaye; un assez bon tableau, représentant saint François-Xavier mourant, et quelques autres, viennent de l'ancienne église du Collège.

COUVENTS ET ABUS A AUBIILAC.

Couvent Du Buis. — Il était d'usage autrefois, lorsqu'on fondait une abbaye, de construire; non loin de ses murs, une église pour les femmes, qui n'étaient jamais admises dans l'enceinte consacrée à l'habitation des moines; c'est pour cela que l'on trouve presque partout un couvent de bénédictines auprès des abbayes de l'ordre de St-Benoît. Il est certain qu'à Aurillac les religieuses bénédictines ont d'abord habité dans la ville avant d'être transférées au Buis; il est probable que la rue des Dames a été ainsi nommée, parce que c'était dans cette rue qu'était fondé leur premier couvent, et je crois que l'église Ste-Madeleine, dont il est parlé dans plusieurs titres anciens, avait dû leur appartenir. Mais, à quelle époque remonte ce premier établissement et quand fut-il transféré au Buis? Ce sont des questions auxquelles il n'est pas facile de répondre.
On a prétendu que saint Géraud était le fondateur de l'abbaye du Buis, et qu'elle était, par conséquent, aussi ancienne que son monastère. Si cela était, il me paraîtrait difficile que saint Odon n'en ait pas parlé, dans sa vie de saint Géraud, et qu'il ne restât aucune trace de cette fondation ni dans l'office du saint, ni dans ce qui nous reste de ses panégyriques.
Piganiol de Laforce parle d'une bulle d'Alexandre III de 1161, dans laquelle il aurait pris cette abbaye sous sa protection ; nous n'avons plus cette bulle; peut-être nous servirait-elle à résoudre la question qui nous occupe. D'anciennes notes relatives à l'abbaye du Buis et le catalogue de ses abbesses conviennent qu'on ne connaît pas la date de sa fondation, et l'attribuent aux abbés d'Aurillac sans désignation d'aucun d'eux en particulier. La première des abbesses du Buis dont on ait conservé le nom s'appelait Luce, et était a Luce, et était ainsi désignée dans la bulle d'Alexandre III de 1161; mais le couvent devait être beaucoup plus ancien, puisque le corps de l'abbé Emile, mort avant 1074, qui avait d'abord été inhumé dans la chapelle du Sauveur, en fut relevé et transporté dans l'église Ste,-Madeleine.
Ce fait, consigné dans le catalogue des abbés d'Aurillac, prouverait, cerne semble, que si l'abbé Emile n'est pas le premier fondateur du couvent des Bénédictines, au moins il dût en être le bienfaiteur; il dût le réparer ct l'agrandir. Tout en louant 6a piété et sa douceur, le moine anonyme qui nous a laissé la première notice sur l'abbaye dit qu'il aimait un peu trop la dépense : Impensisdeditus. Ce reproche justifie et confirme ma conjecture à cet égard. Si le bon abbé Emile, chéri de tous ses moines, n'avait employé les revenus de l'abbaye qu'à orner leur cloître et leur église, ils n'auraient eu que des éloges sans réserve à donner à sa piété ; mais, si avec ces revenus il a fondé, réparé ou doté un autre couvent, ses moines ont pu se dire à l'oreille Notre abbé est un excellent homme, mais un peu dépensier.
A cette époque, ai-je dit, le couvent des Bénédictines était établi rue des Dames, au faubourg du Buis, près de la porte qui a conservé ce nom; il pouvait donc et devait même s'appeler le couvent du Buis, l'abbaye du Buis. Cette dénomination n'a pas changé lorsqu'il fut transféré sur la rive gauche de la Jordane, de sorte qu'il est difficile de reconnaître, dans les titres anciens qui parlent de l'abbaye du Buis, s'ils s'appliquent à l'ancienne ou à la nouvelle. Ainsi, je trouve dans le testament de Marine, femme d'Eustache de Beaumarchais, daté de 1280, qu'elle fait plusieurs legs aux religieuses du Buis, mais rien ne m'indique quelle était alors la position de leur couvent.
Ainsi, en-i286 il fut fait une enquête à l'effet d'établir que les religieuses du Buis ne pouvaient payer le décime, réclamé sur les propriétés ecclésiastiques, parce qu'elles étaient si pauvres et si dénuées de tout, qu'elles étaient réduites à mendier publiquement, dans les rues d'Aurillac, pour se procurer le pain et le vêtement indispensables. Mais, où habitaient-elles alors? L'enquête ne le dit pas.
Nous voilà encore réduits à des conjectures, et, pour comble de malheur, le catalogue des abbesses du Buis laisse une lacune de 80 ans entre Luce, abbesse en 1161, et Ida, abbesse en 1241. Nous pensons, cependant, que la translation du couvent sur la rive gauche doit être postérieure aux actes que nous venons de faire connaître. En effet, cette translation a dû coûter assez cher, et ce n'est pas des religieuses réduites à mendier leur pain qui pouvaient en faire les frais; mais cette misère, exposée au grand jour, a pu, au contraire, exciter la générosité soit des abbés d'Aurillac, soit des consuls, soit même des familles riches qui avaient des enfants dans ce monastère, et leurs efforts, réunis, ont dû faire décider la translation dans un nouvel édifice.
Quelques faits semblent corroborer cette conjecture : 1° Après Béatrix de Vernière qui mendiait son pain en 1286, je trouve successivement, au nombre des abbesses du Buis : Raymonde d’Aurillac, de la famille des Astorg ; Bertrande de Cambefort, famille des plus anciennes de la ville; Raymonde de Polignac; Astruguette de La Roque; Hélise de Montal; Béatrix de Veyrac, et cela dans un intervalle de 62 ans. Il est probable que les parents de ces dames n'auraient pas voulu permettre que leurs filles mendiassent dans les rues.
2° A la même époque Pierre de Malafeyda, Draconet et Archambaud étaient abbés d'Aurillac. Ce dernier était, en même temps, évêque de St-Flour, et se montra fort libéral, vis-à-vis de son abbaye. 11 n'est donc pas impossible que les uns et les autres se soient associés pour assurer aux religieuses du Buis une existence honorable.
3° Enfin, Guillaume Beaufeti, évêque de Paris, et né à Veyrac, fonda, en 1319. à Aurillac, près la porte du Buis, un hôpital sous le nom de St-Jcan, après en avoir obtenu l'autorisation par une bulle du pape Jean XXII de cette même année 1319. Je présume que cet hospice dût être établi dans les bâtiments abandonnés par les religieuses, rue des Dames; car, le nouveau monastère, quoique sous l'invocation de la sainte Croix, était vulgairement désigné sous le nom de St-Jeandu-Buis, ce qui, joint au nom de l'hospice, semble bien indiquer que saint Jean était le patron de leur ancienne maison.
Si ces conjectures paraissent plausibles, il faudrait en conclure que la translation dut avoir lieu dans les dernières années du XIII° siècle ou au commencement du XIV°. Voici les noms des abbesses du Buis qui ont pu être conservés:
1° Luce, nommée dans la bulle d'Alexandre III de 11 tM;
2° Ida, rappelée dans un acte de 1241 relatif à la terre de Pouzolat;
3° Béatrix ITM de Veyrac, en 1249;
4« Pétronille de Valette, en 1250 et 1254;
5° Béatrix de Vernière, de 1276 à 1291 : c'est celle qui mendiait son pain; 6° Raymonde d'Aurillac, de 1298 à 1316; fille probablement d'Astorg VI ou d'Aymeric de Montal, son frère;
'7° Bertrande Ire de Cambefort, de 1316 à 1324; cette famille est une des plus anciennes de la bourgeoisie d'Aurillac; elle compte au moins 650 ans de bonne bourgeoise; nous trouvons un Cambefort dans un titre de 1202;
8° Raymonde II de Polignac, de 1326 à 1328;
9° Astruguette de La Roque, de 1530 à 1535;
10° Elise de Montal, de 1336 à 1347; à cette même époque Aymeric de Montal, son frère ou son neveu, était abbé d'Aurillac;
11° Béatrix III de Veyrac, fille de Limaret de Veyrac, religieuse depuis 1309, fut abbesse de 1348 à 1360; il est à remarquer que les propriétés de son père touchaient à celles de l'abbaye;
12° Bertrande II de Rouifignac ou de Messignac fut pourvue de l'abbaye par une bulle d'Urbain III de 1364; elle vivait encore eu 1394;
13° Alasia de Montal, fille de Bertrand de Montal, seigneur d'Yolet, était déjà religieuse en 1354; elle fut abbesse de 1399 à 1420;
11° Irlande de Nieudan fut abbesse de 1429 à 1459, et vendit le prieuré de Lacapelle;
15° Catherine Ire de Croze, ancienne famille de la bourgeoisie d'Aurillac, tint l'abbaye en 1436 \ elle en fit faire le terrier;
16° Galliene de Pouzols, professe du monastère, fut élue par ses sœurs, et son élection fut confirmée par l'abbé d'Aurillac au mois de juillet 1456;
17° Louise de Brezons, d'une des plus illustres familles du Haut-Pays, élevée dans le monastère du Buis, en fut élue abbesse le 12 septembre 1472, et confirmée dans cette dignité par l'abbé d'Aurillac; elle mourut le 28 septembre 1489; 18° Jeanne Ire de Pouzols (de St-Cirgues ou de Malfaras), professe de l'abbaye, fut élue abbesse le 14 octobre 1489, et l'abbé d'Aurillac, ayant confirmé son élection, elle gouverna l'abbaye jusqu'en 1507;
19° Jeanne II de Lanjeac obtint tout à la fois le prieuré de Chassignoles et l'abbaye du Buis; elle fit renouveler le terrier en 1516 et en 1545; sa mort est fixée, par le nécrologe de St-Pierre-de-Caze, au 2 janvier suivant;
20° Gasparine de Chausseron dite d'Anyon fut abbesse.de 1546 à 1550;
21° Marie I" de Senecterre, sœur de Charles de Senecterre, abbé d'Aurillac, obtint l'abbaye, à la suite de la résignation de Gasparine, en 1450 ; elle la résigna elle-même en 1568, et mourut en 1569;
22° Catherine II de Tallac ou de Margeride, fut pourvue, par le pape, de l'abbaye en 1568, après la résignation de Marie de Senecterre; elle en prit possession en 1569, et mourut le 15 octobre 1599 d'une chute sur le pavé de l'église;
23° Suzanne de Pestel, d'une très ancienne famille d'Auvergne, était professe au Buis, et fut nommée abbesse par le roi en i 599; elle prit possession l'année suivante, et mourut en 1636.
Je dois faire remarquer que depuis Jeanne de Lanjeac il n'est plus question d'élections. Le roi s'était attribué le droit de nommer à plusieurs abbayes, que l'on appelait royales par suite de cette usurpation. Les esprits forts du temps ne firent que rire d'une spoliation qui ne frappait que des moines et des religieuses; mais ce premier pas fait, le roi supprima les élections municipales. On ne rit plus alors; cependant, cette seconde usurpation n'était que la conséquence de la première, il faut donc vouloir la justice pour tous;
24° Françoise de Brandon, fille de Pierre de Brandon et de Louise de Salers, fut nommée par le roi et confirmée par le pape; elle en' de longs procès à soutenir pour prendre possession, et le parlement de Paris dût intervenir; elle fit de nombreuses constructions, reforma son abbaye, et mourut un second jour de mars, on ne dit pas quelle année;
25° Marie II de St-Martial-de-Puydeval, professe du monastère de Tulle, fille d'Henri de St-Martial, chevalier, seigneur de Conros, et de Jeanne de Pompadour, fut nommée par le roi le 28 mars 1682, confirmée dans la dignité d'abbesse par diplôme du pape en date du 2 mai 1690, bénie par l'évêque de Tulle le 13 août, et prit possession le 9 octobre de la même année.
Ici se termine l'ancien catalogue dans lequel j'ai puisé ces détails sur les abbesse) du Buis ; j'ai bien peu de choses à y ajouter. La vie du cloître est si uniforme et si paisible, que les petits événements qui peuvent la troubler transpirent peu au dehors.
Eu 1769 l'abbesse du Buis avait nom Françoise-Xavier de La Rochelambert Elle eut, avec M. de Cambefort, un long procès pour s'être permis d'usurper et renfermer, dans l'enceinte de son abbaye, un chemin qui longeait la rivière sur la rive gauche au-dessous de l'Ombrade. Il est probable que sans la Révolution ce chemin eut été rendu au public.
Voici le procès-verbal d'élection de la dernière abbesse, ou plutôt de sa réélection: Ce jourd'hui 25 janvier 1791, à deux heures de relevée, nous Jérôme Lacarrière, officier municipal, nommé par délibération du corps municipal du 23 du courant, pour, en exécution de l'article 26 du titre 2 de la loi du 14 octobre 1790, présider l'assemblée des religieuses de la maison St-Jean-du-Buis, qui doit se tenir conformément audit article, pour nommer une supérieure et une économe, nous nous sommes transportés en ladite maison religieuse du Buis, ou, après avoir annoncé auxdites dames religieuses le sujet de notre transport, elles ont, en notre présence, en la chambre capitulaire, procédé entre elles à la nomination d'une supérieure et d'une économe, au scrutin individuel et à la pluralité absolue des voix. Par l'événement desquels scrutins la dame Narbonne-Pe'c' » a réuni la pluralité absolue et l'unanimité des voix pour la place de supérieure, et la dame Lacarrière pour celle d'économe, de tout quoi nous avons dressé présent procès-verbal lesdits jours et an que dessus, et ont signé avec nous les» dites dames religieuses, à l'exception de la dame Narbonne qui n'a pu signer, étant détenue dans son lit pour maladie.
On rapporte ordinairement à l'année 1332 la fondation du couvent des Cordeliers à Aurillac. Me Raulhac, ancien adjoint à la mairie d'Aurillac, le premier qui, dans ce siècle, se soit occupé de notre histoire, et à qui nous devons la conservation de nos archives, a déjà prouvé que c'était là une grave erreur historique. On lit partout, en effet, que saint Antoine de Padoue a résidé quelque temps, prêché et enseigné dans le couvent d'Aurillac.
Or, saint Antoine de Padoue mourut le 13 juin 1231, à l'âge de 36 ans; donc il y a, de part ou d'autre, erreur d'un siècle au moins dans ces deux assertions contradictoires.
A la date du 23 mars 1286, j'ai trouvé, aux archives de la mairie, un acte par lequel frère Jehan de Saignes, gardien du couvent des Cordeliers, fait quittance à Durand Dupont, Raymond de Bérenger, Bertrand de Vernhe, Guillaumed'Yssart, Géraud Dalzon et Guillaume Fortet d'un legs de dix livres que Bertrand d'Aost leur avait fait dans son testament. Les cordeliers étaient donc établis à Aurillac depuis quelque temps déjà, puisque ce Bertrand d'Aost était mort longtemps avant 1280. Nous verrons, en effet, dans la première Paix, qu'il avait donné ses maisons à la ville pour l'usage du consulat.
Dans le testament de Marine, femme d'Eustache de Beaumarchais, que j'ai déjà dit être à la date de 1280; elle lègue de quoi habiller vingt cordeliers d'Aurillac.
M. Raulhac dit avoir vu, dans un état de recettes et de dépenses faites en 1287 par Jean de Trye, bailli d'Auvergne, que l'abbé d'Aurillac et ses moines avaient été condamnés à une grosse amende pour avoir exercé des violences contre les cordeliers d'Aurillac. Il ajoute qu'en 1296 le gardien des cordeliers fut dépositaire du testament d'un Astorg d'Aurillac, seigneur de Conros (probablement d'Astorg VI, ou peut-être d'Aymeric de Montal, son frère, ce qui expliquerait la lacune qui semble exister entre Astorg VI et Astorg VII ; voir à l'article Arpajon, page 98.)
Nous possédons encore un acte à la date du 27 avril 1321, dans lequel les consuls d'Aurillac protestent contre la mise en liberté de Pierre des Ongles, Astorg Cambefort et Jean Battud, arrêtés pour violences commises dans la maison des frères mineurs, ou cordeliers, sur Pierre Lafon et Jean de Roques. Tous ces actes promeut évidemment que les cordeliers étaient établis à Aurillac longtemps avant 1332. L'extrait suivant, des annales des frères mineurs, à la date de 1332, va trancher toute difficulté:
Hoc anno in amplum monasterium, capacissimam que ecclesiam, evasit tugurlolum et parvum sacellum, in rcligionis exordio, constructum ad Aureliacum oppidum, dum illnc sanctus Antonius patavinus prœdicaret. (Gonz. in pro. Aquit. 26 conventus Aureliacensis.)
Ainsi, les deux faits en apparence contradictoires s'expliquent. Saint Antoine-de-Padoue a réellement prêché à Aurillac, où, depuis les premiers temps de leur introduction en France, les frères mineurs possédaient un pied-à-terre, une modeste chapelle, et, un siècle après, en 1332, leur chétive masure fut remplacée par un vaste couvent, et leur simple chapelle devint une église assez grande pour contenir beaucoup de fidèles. Voilà', ce me semble, la vérité : Les cordeliers s'introduisirent en France en 1214. Saint Antoine-de-Padoue entra dans l'ordre en l221 ; il prêcha en France, y fonda plusieurs couvents, fut gardien de ceux du Puy et de Limoges, et mourut en 1231. C'est donc vers 1225 ou 1226 que dût être fondé le couvent d'Aurillac..
Un cordelier d'Aurillac, nommé Jean de Rochetaillade, obtint quelque célébrité au XIV° siècle. Froissard en parle dans les termes suivants: En ce temps avoit un frère mineur, plein de grand clergie et de grand entendement, en la cité d'Avignon, qui s'appeloit frère Jean de La Rochetaillade, lequel frère mineur le pape Innocent VI faisoit tenir en prison au chatel de Ba gnolles pour les grandes merveilles qu'il disoit, qui devoient avenir mêmement et principalement sur les prélats et présidents de sainte Eglise, pour les superfluités et le grand orgueil qu'ils démènent; et aussi sur le royaume de France et sur les grands seigneurs de chrétienté, pour les oppressions qu'ils font sur le commun peuple. Et vouloit ledit frère Jean toutes ses paroles prouver par l'apocalypse et par les anciens livres des saints prophètes, qui lui estoient ouverts par la grâce du Saint-Esprit, si qu'il disoit; des quelles moult en disoit qui fortes estoient à"croire. Si en voit-on bien avenir aucunes dedans le temps qu'il avoit annoncé, etc., etc. »
Un autre de nos cordeliers, nommé Guy Hriancon, est l'auteur d'un commentaire sur les sentences.
Le couvent d'Aurillac fut tenu par les Conventuels jusqu'en 1512; cette année, avec le consentement de Paul III, il fut donné aux Observmithtf. Peu de temps après, en 1569, les huguenots s'étant emparés de la ville, mirent le feu au couvent; plusieurs des frères préférèrent la mort à l'apostasie et cueillirent la palme du martyre. Quand la ville fut délivrée on songea à prévenir une nouvelle surprise, et, une bulle de Pie V, du mois de mars 1572, autorisa les cordeliers à occuper, pendant dix ans, une maison dans l'intérieur de la ville. Elle leur avait été donnée par Astorg Bruni, chevalier.
Les malheurs du temps les obligèrent à rester plus longtemps que le pape ne l'avait d'abord jugé nécessaire dans cet asile temporaire et dans la rue à laquelle ils ont donné leur nom. Ce ne fut qu'en 1590 qu'ils purent reconstruire leur couvent, ou plutôt en commencer la restauration; l'ouvrage traîna en longueur malgré les secours nombreux que leur donnaient les consuls et les principaux habitants de la ville. Robert de Senezergues, seigneur de Veyrac, entr'autres, répara l'église à ses frais, et, par reconnaissance, les cordeliers lui concédèrent une chapelle près du chœur; d'autres concessions furent aussi faites, par le même motif, jusqu'en 1631, et le travail fut enfin terminé en 1634. .
Mais, pendant que les habitants d'Aurillac concouraient à l'envi au rétablissement des couvents des cordeliers et des carmes, détruits par les protestants, ces religieux avaient trouvé un autre moyen de prouver à la ville leur reconnaissance et leur dévouement. En 1628 une maladie contagieuse vint porter la désolation à Aurillac et dans les communes voisines, où elle fit mourir 7,000 personnes. Dans cette triste circonstance, tous les ecclésiastiques de la ville rivalisèrent de zèle et d'abnégation pour porter, aux malades et aux mourants, les secours spirituels et temporels dont ils avaient besoin; ils furent presque tous victimes de la charité, et nos annales citent en particulier les cordeliers et les carmes; elles disent qu'il ne resta qu'un seul frère dans le premier de ces couvents et deux dans le second.
En 1666 la foudre tomba sur le clocher des Cordeliers et en abattit la flèche qui fut rétablie de suite. Les cordeliers professaient à Aurillac la philosophie et la théologie; c'était chez eux ordinairement que les consuls choisissaient les prédicateurs de l'Avent et du Carême; leur couvent a été supprimé à la Révolution.
Aujourd'hui le cloître sert de caserne à la gendarmerie, au moins jusqu'à ce que la nouvelle caserne que l'on construit sur le foiral permette de lui donner une destination plus convenable à son origine. L'église, simple, à une seule nef, mais bien voûtée, en très bon état, et décorée depuis peu d'un clocher élégant, sert de paroisse à la partie méridionale de la ville. On y remarque quelques bons tableaux, et les fenêtres des chapelles latérales viennent de recevoir des vitraux coloriés.
Il y a peu de jours, une cérémonie imposante par elle-même et bien intéressante pour la ville d'Aurillac, réunissait, dans l'étroite enceinte de l'église des Cordeliers, tous ceux des habitants d'Aurillac qui avaient pu y trouver place. Mgrs les évêques de St-Flour, de Tulle, de Cahors et de Mende y donnaient la consécration épiscopale à Mgr Gervais Lacabrière, nommé premier évêque de la Guadeloupe. C'est donc enedre à un enfant d'Aurillac qu'il a été donné d'aller dans un nouveau monde et dans une possession chère à la France, à tant de titres, rétablir la discipline ecclésiastique et porter des paroles de paix, de fraternité évangélique et de charité chrétienne à des populations divisées et séparées par des rivalités anciennes et originelles. Espérons que sa douceur, sa bonté, l'ascendant de sa vertu, de son saint caractère et d'un beau talent, produiront dans son nouveau diocèse les heureux résultats que le St-Siége, le Gouvernement et tous les cœurs chrétiens attendent de sa sainte mission.