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 SERIES DES ABBES D’AURILLAC

On trouve, dans les Analecta de Mabillon, vol. 2, p. 237, une petite chronique d'un moine anonyme, qui vivait vers l'an 1129; elle contient les noms des quinze premiers abbés d'Aurillac et quelques faits de cette même époque. Le carme Géraud Vigier, connu sous le nom de Pire Dominique de Jésus, a, de son côté, écrit la série de nos abbés; elle a été continuée après lui jusqu'à Mgr du Barral, 60e et dernier abbé. C'est dans ces auteurs que nous puiserons ce chapitre, en ajoutant sous chaque abbé l'énonciation des principaux titres dans lesquels ils sont rappelés, titres que nous avons pu trouver soit dans les archives de la ville, soit dans d'autres dépôts.
1° Adalgirus ou Adalgarius, parent de saint Géraud et moine de Vabres, fut le premier abbé d'Aurillac. Choisi par le fondateur lui-même, il paraît avoir mérité sa confiance ; ce fut lui que saint Géraud députa vers Charles-le-Simple pour en obtenir les lettres de sauvegarde dites Mandeburdum Regis Caroli, datées de Bourges le 4 des nones de juin, indiction 2. Cet acte, que M. Baulhac a publié dans ses Annotations sur la ville d'Aurillac, est, avons-nous dit, le plus ancien dans lequel on trouve son nom. II confirme tout ce que nous avons dit de saint Géraud: son illustre naissance, l'allodialité de ses biens, la donation qu'il en fit au monastère, la reconnaissance de la suzeraineté du pape et le cens qui en était la preuve. L'abbé Adalgire mourut avant saint Géraud.
2° Jean Ier, autre parent de saint Géraud et déjà abbé de Tulle, succéda à Adalgire, du vivant même du fondateur. Il avait fait don au monastère de Tulle de quelques héritages, à la charge de payer annuellement trois livres de poivre et de piment à l'abbaye d'Aurillac; il donna de plus à cette dernière abbaye cent manses ou hameaux. Cette donation, qui fut confirmée par le pape Jean X, dût être faite entre l'an 914 et l'an 928. Tout ce que nous savons de plus de cet abbé, c'est qu'il était fort aimé du pape, tant à cause de son rare savoir que pour sa piété.
5° On regarde saint Odon comme le troisième abbé d'Aurillac: il faut alors qu'il l'ait été avant 926, époque à laquelle il fut choisi pour rétablir la discipline dans la naissante abbaye de Cluny, dont on le regarde comme le fondateur véritable. On croit que ce grand homme était de la maison de Mercœur; il signa une fondation faite à l'abbaye d'Aurillac parle bienheureux Pons de Tournemire. Saint Odon écrivit à Aurillac la vie de saint Géraud.
4° Après le départ de saint Odon, en 926, Arnulphe lui succéda. Dix ans après, à la prière de Raymond III, comte de Toulouse, il conduisit une colonie de moines d'Aurillac à St-Pons de Thomières, en Languedoc, et y fonda un monastère qui fut, plus tard, érigé en évêché. Deux ans après, en 938, il fut, avec d'autres moines d'Aurillac, rétablir le monastère de St-Théofred ou de Cameri, en Velay, aujourd'hui le Monestier, près du Puy.
. 5° Adralde, 5e abbé, marchant sur les traces de son prédécesseur, fondait, peu
d'années après, un autre monastère à Capdenac; et, comme l'église construite à
Aurillac par saint Géraud était déjà devenue trop petite, grâce à l'accroissement
rapide de l'abbaye, il y jetait les fondements d'une église nouvelle.
6° Géraud de St-Céré, 6e abbé, acheva l'ouvrage commencé par Adralde. La
nouvelle église fut consacrée en 972. Mais, les soins que l'abbé d'Aurillac avait dû
donner à la construction de ce vaste édifice, n'avaient pu l'empêcher de fonder
ou de rétablir le monastère de Souliac, que Frotard, vicomte de Turenne, Adalberge, sa femme, et Géraud, leur fils, avaient donné à notre abbaye en 934, ni
d'aller à Rome visiter les saints tombeaux des apôtres. Plus le monastère d'Aurillac
augmentait ou améliorait ses possessions, plus il avait besoin de guerriers pour les défendre. Géraud de St-Céré se vit donc dans la nécessité d'inféoder, aux vicomtes de Turenne et de Carlat, et à plusieurs autres seigneurs du Quercy ou du Rouergue, dix mille manses ou hameaux. Il se repentit, dit-on, plus tard de cette mesure, peut-être peu volontaire; mais, il n'eut qu'à se louer d'avoir affranchi, dans les domaines de l'abbaye, un nombre considérable de serfs, et d'avoir été le premier maître de Gerbert.
7° Raymond de Lavaur, d'une noble maison du Quercy, succéda à Géraud de St Céré, mort en 987. Nous avons le testament d'une comtesse Aldogarde, du 4 avril 988, qui donne, au monastère d'Aurillac et à l'abbé Raymond, plusieurs monastères et des propriétés considérables dans le Poitou. Raymond remit à l'abbé de Tulle les trois livres de poivre et de piment que son abbaye devait à celle d'Aurillac par suite de la donation de l'abbé Jean Ier. Nous avons fuit connaître quelques lettres de Gerbert à l'abbé Raymond; elles prouvent la vive affection et la reconnaissance du disciple, et en même temps le mérite réel et la science profonde du maître qui eut le malheur de survivre longtemps à l'élève chéri qui faisait sa gloire. Raymond mourut en 1010, et fut enseveli sous un arceau à la droite du grand portail de l'église.
Adroalde de St-Christophe, de la noble famille de ce nom, éteinte depuis le XV° siècle, fut le huitième abbé d'Aurillac. Il fut obligé de recourir au pape pour contraindre le vicomte de Carlat à lui rendre hommage des terres que Géraud de St-Céré lui avait inféodées. La mère d'Adroalde était fort riche; il employa les trésors qu'elle avait amassés à l'ornement de son église; il fit faire, entre autres choses, une statue d'or de saint Géraud et un autel d'argent, enrichi de pierres précieuses. De son temps une comtesse de Narbonne, peut-être Richarde, veuve de Raymond II, vint visiter le monastère d'Aurillac, et lui fit hommage d'un calice de cristal d'un travail précieux. Léon, abbé de Fondi, dans le royaume de Naples, et évêque de Gaëte, vint aussi à Aurillac, et, du consentement de l'abbé et des moines, il se renferma sous une des voûtes, et y exerça, jusqu'à sa mort, la plus austère pénitence. En 1031 le roi Robert vint aussi en pèlerinage à Aurillac pour y visiter les reliques de saint Géraud et le berceau de Gerbert, dont il avait été le disciple.
Adroalde fut inhumé auprès de Géraud de Lavaur, on ne sait quelle année, mais vers 1040.
9° Géraud II de Vaxia, 9e abbé, ne suivit pas les traces de ses prédécesseurs; il relâcha la discipline ecclésiastique, laissa occuper les biens du monastère par Géraud de Cabrières et autres seigneurs qui s'emparèrent de plusieurs de ses châteaux. Cet abbé fut aussi enterré près de Raymond de Lavaur, les pieds tournés vers les murs de l'église.
10° Géraud III de Caussade ou de La Chaussée s'empara de l'abbaye sans élection canonique, et en mit les biens au pillage. Les auteurs que nous suivons n'osent, par pudeur, énumérer les actes de son administration, et semblent dire qu'il périt misérablement un 17 de juin.
11° Géraud IV de Capdenac, d'une noble famille du Quercy, mit tous ses soins à rétablir la discipline, à effacer les traces des fautes de ses devanciers. Grâce à lui, les richesses de l'abbaye s'accrurent ; mais, il eut à souffrir de la mutinerie de plusieurs de ses moines, qu'effrayaient sa piété et son application à une réforme devenue nécessaire. Le monastère lui doit la construction de plusieurs beaux édifices. Il mourut un 27 avril, et fut inhumé un peu au-dessus de Géraud du Bex.
12° Nous plaçons ici, pour 12" abbé, Emile, que nos auteurs ne nomment à tort que le 15e. En effet, nous avons une bulle adressée à l'abbé Emile par le pape Nicolas II le 16 mai 1061, dans laquelle le souverain Pontife, rappelant que le monastère d'Aurillac relève immédiatement du Saint-Siége, défend à tout roi, évêque ou seigneur quelconque de s'arroger le droit d'y rendre la justice, ni de rien exiger des personnes qui dépendent du monastère; confirme aux moines le droit d'élire librement leur abbé, ordonne aux évêques voisins de faire gratuitement toutes les ordinations que l'abbé jugera nécessaires, et déclare que lui seul pourra frapper d'interdit ou d'excommunication soit le lieu même d'Aurillac, soit ceux qui en dépendent.
Nous avons encore, à la date du 14 mai 1068, une bulle d'Alexandre II, aussi adressée à l'abbé Emile et conçue à-peu-près dans les mêmes termes. L'abbé Emile était pieux, fort aimé de ses frères, bien qu'un peu dépensier. De son temps les seigneurs d'Escorailles ravageaient les terres de l'abbaye, ce qui explique pourquoi il recourut deux fois au pape. Il mourut avant 1074, et fut enseveli devant la porte de la chapelle Ste-Madeleine.
15° Pierre de Limagne, comme Géraud de Vaxia et Géraud de Caussade, songea plus à enrichir ses parents qu'à maintenir la discipline dans le monastère; il dissipa les trésors amassés par ses prédécesseurs. Nous avons deux bulles de Grégoire VII adressées à cet abbé. La première, du 51 janvier 1077, renouvelle et confirme les privilèges déjà accordés à son abbaye; rappelle qu'elle est immédiatement soumise au Saint-Siége, et défend de nouveau de rien entreprendre contre ses propriétés. La seconde, en date du 12 avril 1079, a plus directement trait aux injures dont elle se plaignait; elle est adressée aux archevêques de Bourges, de Narbonne et de Bordeaux, et le pape leur enjoint de contraindre Bérenger, vicomte de Carlat, à rendre à l'abbaye d'Aurillac les hommages et les devoirs qu'il lui doit, et de restituer les propriétés qu'il a usurpées sur elle. Le pape ordonne, en outre, que l'on restitue à l'abbaye d'Aurillac le monastère de Maurs, les églises de Dalmayrac et de Montsalvy, et toutes les possessions qui en dépendent. 11 confirme enfin la donation qui a été faite à Aurillac du monastère de Vie, et menace Bérenger de l'indignation du Saint-Siége.
Du temps de l'abbé Pierre de Limagne, il y avait procès entre le monastère d'Aurillac et celui de St-Michel de Pessan, à une lieue d’Auch, touchant la propriété de l'église de Dalmayrac. La cause fut portée devant le légat du pape au concile tenu à Bordeaux en 1080. Le légat, considérant que depuis soixante ans les moines de Pessan étaient en possession de cette église et qu'ils avaient fait de grandes dépenses pour la réparer, avait cru devoir la leur adjuger, à charge de payer cinq sols de cens à l'abbaye d'Aurillac. Sur l'appel des moines d'Aurillac, Grégoire VII écrivit de nouveau à l'archevêque d’Auch, qui ne se hâtait pas de leur rendre justice, et il lui ordonna, dans les termes les plus sévères, de faire restituer cette église à ses véritables propriétaires.
Pour éviter ces difficultés sans cesse renaissantes avec les seigneurs laïque, Grégoire VII défend expressément à l'abbé d'Aurillac d'aliéner tout ou partie des terres du monastère, hors le cas de nécessité absolue.
ii° Pierre II de Cizicres ou Cézens, d'autres disent de Souliac, parce qu'il avait été doyen de Souliac avant son élection à la dignité d'abbé d'Aurillac. Ce fut un bon religieux. Econome des biens du monastère, il en répara les bâtiments, ainsi que ceux des bénéfices qui en dépendaient. Il assista, en 1095, au concile de Clermont, où fut prêchée la première croisade, et eut l'honneur, au retour, de recevoir à Aurillac le pape Urbain II, qui y consacra de nouveau le monastère. Cela résulte d'une bulle du 19 avril 1096, adressée à cet abbé, dans laquelle Urbain II rappelle cette consécration, faite de ses propres mains. Cette bulle est précieuse pour l'histoire d'Aurillac, parce qu'elle relate le terrain libre et allodial circonscrit entre quatre croix, au milieu duquel s'éleva la ville d'Aurillac, et que le pape le prend sous sa protection, ainsi que toutes les personnes qui l'habitaient, défendant à tous seigneurs de rien exiger d'eux, à tout évêque de lancer l'interdit sur la ville ou d'excommunier aucun des habitants. Dans une autre bulle du 17 mai 1103, adressée aussi à Pierre de Limagne, Pascal II, en confirmant les moines dans le droit d'élire leur abbé, exige que l'élu vienne recevoir à Rome la consécration des mains du pape lui-même. Enfin, le 14 juillet 1107 le même pape termina un procès entre les moines d'Aurillac et les chanoines de Montsalvy, et déclara, dans sa sentence, que le château de Mandulphe, sur le territoire duquel l'église de Montsalvy avait été fondée, étant construit sur un aleu de saint Géraud, et par suite dans les propriétés de l'abbaye d'Aurillac, ainsi que le donateur lui méme, Bérenger de Carlat, l'avait reconnu, l'église de Montsalvy était et devait être dépendante de celle d'Aurillac.
Pierre de Cizieres mourut cette même année 1107 à Cahors; son corps fut transporté à Aurillac et inhumé sous un arceau de l'église abbatiale.
15° Pierre de Roquenatou, ainsi nommé du nom vulgaire d'un château proche de Marmanhac, où il était né. Sa famille, ancienne et distinguée, portait le nom d'ATON LA ROQUE; le château qu'elle habitait fut donc appelé LA ROQUE D'ATON, et, par corruption, ROQUENATOU. Encore moins distingué par la noblesse de ses traits que par la finesse de son esprit et l'élégance de ses manières, Pierre de Roquenatou se faisait chérir de tous et se mettait à la portée de chacun. Avant lui le cloître n'était que de bois; il le fit supporter par des colonnes de marbre, surmontées de superbes chapiteaux. On lui doit aussi plusieurs autels de marbre; et, comme il avait exploré toutes les montagnes, il fit transporter à Aurillac deux énormes blocs de serpentine, creusés en forme de bassin; le premier fut placé dans le cloître, l'autre devant la maison abbatiale. (Il en existe encore un, percé de vingt-quatre trous, qui sert de bassin à la fontaine de la place du Monastère. Il mourut en 1117.
XVI. Gosbert, 16e abbé, fut un bon religieux; il prit parti, avec tous les Français, pour le pape Innocent II contre Anaclet, autrement dit Pierre de Léon, qui troubla l'Eglise pendant plusieurs années. Innocent II, en retour, fit beaucoup de Lien à l'abbaye d'Aurillac. Nous avons une bulle de Calixte II, en date du 2 juin 1119, adressée à l'abbé Gosbert; elle prouve qu'il était déjà abbé, et que le moine anonyme s'est trompé, en faisant vivre Pierre de Roquenatou jusqu'en 1129. Cette erreur serait, du reste, suffisamment démontrée 1°par une sentence rendue en faveur du même abbé Gosbert en 1122 par Gérard, évêque d'Angoulême et légat du pape, qui lui adjuge l'église de Poliniac, proche du château de Montalzat, malgré les prétentions contraires de l'abbé de Sarlat; 2° par une cession faite au même Gosbert, aussi en 1122, de la même église et de celle de Ste-Marie de Marciliac, par Aldebert, évêque d'Agen.
17° Pierre IV, de la noble famille d'Alzon ou d'Auzon, sur l'Allier, qui se fondit dans celle de Montmorin, fut le 17e abbé. En 1131 il fit bâtir le clocher du monastère et dota l'église d'un autel de marbre.
18° Gaucelin d'Alzon, neveu du précédent, lui succéda.
19° Guillaume Ier, qui avait été doyen de Souliac, fut, en 1141, le 19*1 abbé d'Aurillac. Il eut, suivant une bulle d'Innocent II conservée aux archives de Souliac, des démêlés avec l'abbé d'Uzerche au sujet des églises St-Pantaléon et St-Pierre de Turenne. Je ne connais pas cette bulle, mais nous en avons une du même pape, du 29 avril 1142, adressée à cet abbé Guillaume, qui énumère ces deux églises parmi plusieurs autres auxquelles s'étendaient les privilèges de notre abbaye.
20° Eblo ou Ebbo, 20° abbé, mourut à Rome où il avait été visiter les tombeaux des saints apôtres, ou peut-être se faire consacrer, ainsi que l'avait ordonné Pascal II dans la bulle de 1105 ci-dessus citée.
21° Pierre V de Brun ou Bruni, fut élu abbé d'Aurillac sous le pontificat d'Adrien IV de 1135 à II 59, puisqu'une bulle de ce pape, qui confirme l'abbaye d'Aurillac dans la possession de l'église de Souliac, lui est adressée. En 1169 le roi Louis VII étant venu en Auvergne assiéger Nonette, Pierre V obtint de ce prince un diplôme qui rappelle et confirme les lettres de sauvegarde accordées par Charles-le-Simple à saint Géraud. Les abbés de Figeac et de Carlat, disputant encore au monastère d'Aurillac l'église de Montalzat, Pierre obtint, en 1179, de Géraud, évêque de Cahors, et Pierre, évêque d’Angoulême, une sentence qui la lui adjuge de nouveau. Mais, un intérêt plus grave l'obligea à recourir à la puissante protection du comte de Toulouse. Les bourgeois d'Aurillac étaient devenus nombreux, riches et puissants, et il paraît qu'ils ne craignaient pas de faire la guerre à leur seigneur. Ce n'était pas probablement la première fois, car, dans l'accord fait le 1er octobre 1180 entre le comte de Toulouse et l'abbé Pierre, on parle d'une autre circonstance dans laquelle le comte l'aurait déjà soutenu, cum guerraesset d'Arpoios et de Awelhaco. Ce qui, croyons-nous, indique plutôt une ligue entre Arpajon et Aurillac contre l'abbé, qu'une guerre entre les deux localités, pour laquelle l'intervention du comte de Toulouse n'eut pas été nécessaire. Quoiqu'il en soit, le comte de Toulouse s'engage à secourir l'abbé contre les habitants d'Aurillac et dans les autres guerres qu'il pourrait avoir dans la suite, mais aux frais de l'abbé, bien entendu; et celui-ci abandonne à perpétuité au comte tout ce que le monastère d'Aurillac possédait dans la ville de Toznac et tous droits honorifiques, dans l'étendue de ce doyenné, comme aussi un four qu'il possédait à Puycelsi, en Albigeois, et les cens de tous les biens qu'il avait dans cette châtellenie.
Quatre ans auparavant, dit l'auteur de l'Histoire du Languedoc, vol. 2, p. 10, « le
comte de Toulouse fit un voyage dans son comté de Quercy au commencement de 1176, et, s'étant rendu dans le chapitre du monastère de Cayrac le vendredi 6 de février, Pierre, abbé d'Aurillac, qui s'y trouvait, et de qui ce monastère dépendait, l'appela en pariage pour la ville de Cayrac, en présence de l'évêque de Cahors, des abbés de Figeac et de Maurs, de Bertrand et de Guillaume de Cardaillac. L'abbé d'Aurillac fit cette association à condition que le comte serait le défenseur du monastère et de la ville de Cayrac, qu'il n'y ferait aucune nouvelle exaction et qu'il ne pourrait les aliéner de son domaine. »
Nous aimons à croire que cette alliance avec le comte de Toulouse suffit pour engager les bourgeois d'Aurillac à rentrer dans leur devoir; mais, s'ils évitèrent ainsi d'éprouver la puissance du comte de Toulouse, ils curent bientôt à souffrir des déprédations de son fils et des bandits que le jeune Henri, au court mantel, fils aîné d'Henri II, roi d’Angleterre, avait réunis, avant sa mort, pour faire la guerre à son père. Ecoutons encore Dom. Vaissette: Cependant, les routiers et •j les autres bandits que le jeune roi d'Angleterre avait appelés à son secours, achevèrent de désoler le Limousin, et étendirent leurs courses jusque dans le Bas-Languedoc; ils passèrent dans l'Auvergne au commencement de l'an 1184 et mirent l'abbaye d'Aurillac à contribution. Raymond, fils du comte de Toulouse, était alors à leur tête, suivant le témoignage d'un auteur contemporain, qui marque que ce prince passa avec eux dans le Limousin, qu'ils assiégèrent le château de Peyric le 7 février, et qu'ils ravagèrent tous les pays voisins soumis au roi d'Angleterre.
En 1195 l'abbé Pierre fut choisi pour arbitre entre Hugues, évêque de Rodez, et son frère, comte de la même ville. Il mourut peu après, et fut enterré à la porte de l'église St-Clément.
22° Ramnulfe, 22e abbé, fut moins heureux encore que son prédécesseur. 11 avait été obligé de recourir a la puissante protection du pape Innocent III pour faire respecter les biens de son abbaye, ainsi que le constate une bulle du 23 mai 1198. Il contraignit, l'année suivante, Raoul et Etienne d'Escorailles à lui rendre hommage; mais il n'eut pas le même succès auprès d'Astorg d'Aurillac. Il parait résulter, en effet, d'un acte du mois de juin 1203, qu'il aurait été tué par Astorg ou par ses ordres. Dans cet acte, Astorg déclare que Dieu, lui ayant fait la grâce de se repentir des dommages et des injustices par lui causés au monastère d'Aurillac et spécialement de la mort de l'abbé Ramnulfe, il fait donation de quinze mille sols, monnaie du Puy, qu'il prétendait avoir à répéter sur la ville de Marcolès, bien que les moines ne reconnussent sa créance que pour dix mille sol; il abandonne, après sa mort, tous droits sur ladite ville, et, au cas où il ferait le voyage de Jérusalem, s'oblige à la remettre à la garde du monastère; il fonde, en outre, une rente annuelle de 100 sols du Puy pour faire prier à perpétuité pour l'âme de l'abbé Ramnulfe, etc. Cet acte est garanti par vingt chevaliers. Quel qu'eut été le genre de mort de l'abbé Ramnulfe, il fut enterré dans la chapelle de Ste-Madeleine.
23° Géraud V de Cardaillac, d'une illustre maison qui existe encore, transigea, en 1204, avec Guillaume, évêque d'Albi, au sujet de l'église de Viane, qu'il lui céda en échange des églises de Laval, de Calm et de St-Nazaire. Il renferma dans une châsse les reliques de saint Géraud, et obtint du comte de Rodez le village de Montmulle.
Au mois de mars 1217 Géraud de Cardaillac fit un accord avec le comte dauphin d'Auvergne et Guillaume, son fils, par lequel les deux comtes reconnaissent que la terre de Dauzat est un aleu de saint Géraud; ils donnent, pour le salut de leurs âmes, à l'église de Dauzat, deux septiers et demi d'avoine, qu'ils avaient, a titre de cens annuel, sur ladite terre. Le comte dauphin s'oblige à construire un fort dans l'endroit qui lui paraîtra le plus convenable pour y fonder une ville franche dotce de bonnes coutumes et, en considération de cette dépense, l'abbé lui cède, à lui et à ses héritiers, la moitié de la justice et de tout ce qui constitue le domaine direct, sauf les droits et les revenus ecclésiastiques qui appartiendront en entier au prieur, etc. Le dauphin et son fils reconnaissent, pour eux et leurs héritiers, qu'ils tiennent et tiendront en fief de l'abbé d'Aurillac tout ce qu'ils possèdent à Dauzat; ils lui en font foi et hommage, promettent de le renouveler à chaque mutation et de remettre en ses mains, à toute réquisition, le fort qu'ils doivent y construire. Cet acte, rapporté par Baluse, liv. 2, p. 255, prouve de plus en plus que les abbés d'Aurillac, fidèles à la mission que leur avait donnée saint Géraud, ne perdaient jamais de vue les intérêts dé leurs vassaux et stipulaient toujours des garanties pour leur protection et leurs libertés.
Le 1er avril 1230 Géraud V contraignit Astorg d'Aurillac à lui faire directement l'hommage de Conros. La sentence arbitrale, rendue entre eux ledit jour par Bertrand, abbé de Maurs, se fonde sur ce que Durand de Montal, dont Astorg reconnaissait tenir l'héritage, avait antérieurement reconnu tenir de l'abbé d'Aurillac Conros et ses dépendances, et que c'était un aleu de saint Géraud.
Il paraît que ses derniers moments ne furent pas tranquilles; les bourgeois d'Aurillac avaient de nouveau pris les armes contre leur abbé et avaient détruit son château de St-Etienne, et que pour ce fait ils avaient été excommuniés. Géraud de Cardaillac mourut dans ces tristes conjonctures le 22 août 1233, et fut enterré devant l'autel de St-Géraud.
24° Bertrand Ier, un bref du pape Grégoire IX, daté d'Anagni le 6 des calendes de septembre l'an 7 de son pontificat, c'est-à-dire le 27 août 1233, cinq jours après la mort de Géraud de Cardaillac, nous fait connaître quelle dût être la fâcheuse position de l'abbé Bertrand au moment de son élection. Les bourgeois d'Aurillac avaient détruit, de fond en comble, le château de St-Etienne qui domine la ville; ils avaient commis les plus grands excès, dit le bref, tant contre les propriétés des moines que contre leurs personnes, et même profané les vases sacrés. L'évêque de Tournai, légat du pape, après les avoir plusieurs fois admonestés, les avait enfin excommuniés. Mais, irrités de plus en plus, les bourgeois et les consuls s'étaient rués sur le monastère et en avaient détruit les clôtures, les bâtiments, et, se répandant dans les campagnes, ils portaient le fer et le feu dans les dépendances de l'abbaye. En conséquence, le pape déclare qu'il a donné ordre à l'archevêque de Vienne de faire publier partout, au son des cloches, la sentence d'excommunication fulminée contre eux, et de faire, partout, exécuter l'interdit qu'ils ont encouru, même au besoin d'en appeler au bras séculier. C'est pourquoi il ordonne à Archambaud de Bourbon, à qui ce bref est adressé, de prêter main-forte au prélat et de faire un puissant armement pour contraindre les bourgeois d'Aurillac à rentrer dans le devoir.
Nous ne savons si Archambaud de Bourbon, connétable d'Auvergne, essaya d'obéir aux ordres du pape, ou s'il ne put ou ne voulut entreprendre de soumettre Aurillac; mais il est certain qu'en 1238 l'abbé Bertrand fut obligé de renouveler, avec Raymond VII, comte de Toulouse, le traité fait en 1180 par son prédécesseur, Pierre V, avec Raymond V, comte de Toulouse, que nous avons déjà fait connaître. Raymond VII dût s'engager d'autant plus volontiers à secourir une abbaye relevant immédiatement du Saint-Siége, qu'il venait de se réconcilier avec le pape Grégoire IX, et qu'il pouvait faire valoir auprès de lui cette expédition pour se dispenser de faire le voyage d'Outre-Mer ou pour le retarder.
Nous croyons qu'en effet le comte de Toulouse vint à Aurillac et en détruisit, en partie, les murailles; mais nous manquons de détails à cet égard. Cependant, il est à remarquer que les bourgeois d'Aurillac n'employèrent plus la force contre leurs abbés, ce qui fait présumer qu'elle ne leur avait pas réussi.
En 1248 l'abbé Bertrand recommanda à l'abbé de Cluni Aymard de Valette, Cellerier d'Aurillac, qui fut élu abbé de Figeac après la mort de l'abbé Arcadius. Bertrand mourut en 1252, et fut enseveli dans la chapelle de la Ste-Vierge.
25° Le 25e abbé fut ce même Aymard de Valette, que son prédécesseur avait fait nommer abbé de Figeac. Il administra les deux abbayes jusqu'à sa mort, qui arriva le 8 septembre 1262. Nous avons plusieurs actes de cet Aymard de Valette, mais nous nous bornerons à dire que, ne pouvant attaquer de front le consulat et les franchises de la ville, il avait favorisé une faction formée dans la bourgeoisie contre les consuls en exercice ; il fut, pour ce fait, au parlement tenu à la Chandeleur de l'année 1258, condamné à l'amende, ainsi que les bourgeois insoumis. L'arrêt se trouve dans les Olim, vol. 1er, p. 74.
26° Guillaume II se fit rendre directement hommage le 20 juillet 1269, par Astorg d'Aurillac, pour les châtellenies de Conros et Laroquevieille, et pour les viguairies d'Aurillac. Cet hommage, (que nous avons fait connaître à l'article Arpajon), occasionna de sanglants démêlés avec le comte de Rodez, en sa qualité de vicomte de Carlat.
L'abbé Guillaume eut aussi de nombreux procès avec les consuls d'Aurillac. Il survécut peu à l'hommage rendu par Astorg.
27° On nomme pour 27e abbé un Géraud VI, dont on ne dit rien, et qui ne fit que passer sur le siége abbatial.
28° Arnaud ou Guillaume Arnaud. Le carme Dominique de Jésus et ceux qui l'ont suivi se sont trompés, croyons-nous, quant aux trois derniers abbés que nous venons de nommer. Il a fait mourir Aymard de Valette, 25e abbé, le 7 septembre 1262; il appelle le 26e Guillaume d'Arnaud et le fait mourir en 1262, c'est-à-dire la même année que son prédécesseur. Il désigne ensuite pour 27é un Géraud, et pour 28e un Arnaud, sans rien dire de l'un ni de l'autre. Les bénédictins ne conçoivent pas pourquoi il fait mourir Guillaume Arnaud en 1262, puisqu'ils le retrouvent en 1276, et que dans les tables de Cayrac il est rappelé en 1280.
Nous croyons, après mûres réflexions: 1° que Géraud VI, ci-dessus indiqué comme 27" abbé, et que le prétendu 28% auquel le père Dominique de Jésus donne seulement le nom d'Arnaud, n'ont pas existé; 2° que l'erreur qui a fait admettre un de ces deux noms d'abord, puis tous les deux, provient de ce que, dans quelques vieux titres, le nom de l'abbé n'est désigné que par une initiale gothique. Or, nous, avons un de ces titres daté du 7 janvier 1272, contenant un traité entre l'abbé d'Aurillac et le prieur d'Aspres relativement aux droits de lods et ventes dus à l'abbé, et nous n'oserions affirmer si la lettre initiale est un A ou un G. Donc il est possible que, d'après d'autres actes semblables, les uns aient cru à l'existence d'un Géraud, les autres à celle d'un Arnaud.
Mais, ce qui tranche la difficulté, c'est que nous possédons dix actes depuis le 22 août 1270 jusqu'au 3 mars 1290, dans lesquelles on trouve, en toutes lettres, le nom de l'abbé Guillaume; donc si cet abbé Guillaume, que je suis pas à pas jusqu'en 1290, n'est pas le même que l'abbé Guillaume II qui recevait l'hommage d'Astorg d'Aurillac le 20 juillet 1269, toujours est-il qu'il est difficile d'en placer d'autres entre eux, puisque nous trouvons un abbé Guillaume dans un bail emphytéotique du 26 septembre 1269; un abbé Guillaume dans une vente du 22 août 1270; que le même nom se retrouve dans neuf autres titres consécutifs jusqu'au 5 mars 1290, et qu'enfin si la lettre initiale du traité du 7 janvier 1272 dont je parlais tout à l’heure est un G, elle indique tout aussi bien Guillaume que Géraud.
Quoiqu'il en soit, laissons à notre 28e abbé et son numéro d'ordre et le nom de Guillaume Arnaud, et disons qu'il eut de grands procès à soutenir, par sa faute, contre les bourgeois d'Aurillac. Il eut la malheureuse pensée de leur contester toutes leurs franchises, le droit d'avoir un consulat, une maison commune, un sceau, un trésor, des armes, etc.; ce fut un motif au parlement de Paris pour ordonner des enquêtes, et, en attendant l'issue du procès, pour séquestrer le consulat en litige entre les mains du roi. L'abbé et les consuls compromirent, entre les mains d'Eustache de Beaumarchais, bailli des montagnes, sénéchal de Toulouse et d'Albi. La sentence arbitrale rendue par ce seigneur reçut le nom de Première Paix; nous la ferons connaître quand nous parlerons des franchises de la ville et du consulat. Mais, quoiqu'acceptée et jurée par l'abbé Guillaume, elle ne mit pas fin au différend. Soit que les officiers du roi ne l'eussent pas vue avec plaisir, soit que l'abbé en fut mécontent, il fallut plaider encore ; il y eut enquête et contre-enquête de part et d'autre, et elle ne fut enfin confirmée par Philippe-le-Bel qu'en février 1288.
Deux événements importants signalèrent encore le passage de Guillaume Arnaud sur le siége abbatial: 1° un concile provincial que tinrent à Aurillac, le 23 août 1278, l'archevêque de Bourges et les évêques de Clermont, de Limoges, de Mende, de Rodez et d'Albi. Ce concile avait pour but de mettre un terme au scandale causé par l'abus du privilège accordé par les papes en faveur de quelques églises d'être exemptes de la juridiction de l'ordinaire. L'interprétation donnée à cette exemption par un grand nombre de personnes était doublement abusive, d'abord elles en faisaient, en quelque sorte, un droit personnel que chaque habitant d'un lieu exempt prétendait emporter partout avec lui, ensuite l'église exempte ne croyait pas devoir observer l'interdit porté par l'ordinaire dans l'étendue de sa juridiction, et l'on continuait à y célébrer les offices, non seulement pour les personnes comprises dans l'exemption, mais encore, ce qui était évidemment contraire au privilège, pour les justiciables de l'ordinaire. Les pères du concile s'engagent, en pareil cas, à restreindre le privilège de l'exemption dans ses justes bornes, et déclarent que celui qui aura encouru l'excommunication ne pourra en être relevé que par l'ordinaire lui-même.
2° Le 3 mars 1290 fut rendue une sentence arbitrale entre Hugue, comte de Rodez, l'abbé Guillaume et Astorg d'Aurillac, par Guillaume de Clavières, prieur de Bourg, Pierre Bruni, clerc, juge du Carladez, et Guillaume d'Achillosas, bailli des montagnes, par laquelle fut terminé le long différend et la guerre à laquelle avait donné lieu l'hommage direct de Conros et Labastide que l'abbé Géraud de Cardaillac avait exigé d'Astorg en 1230. Il fut décidé qu'Astorg prêterait foi et hommage au comte de Rodez, et que le comte de Rodez, à son tour, le prêterait à l'abbé d'Aurillac.
29° Après la mort de Guillaume Arnaud, dont la date ne nous est pas connue, l'abbaye fut vacante au moins quelques mois; car, un procès-verbal de visite pastorale de l'archevêque de Bourges de l'année 1291, rapporté par Mabillon, vol. 2, p. 651, constate cette vacance. Pierre VI de Malafayda, de la famille d'Aymeric de Malafayda, patriarche d'Antioche, fut élu en 1291 ou 1292.
Le 29 septembre 1294 fut tenu, à Aurillac, un second concile provincial, dans lequel on accorda pour, deux ans, au roi Philippe-le-Bel, la dixme des propriétés ecclésiastiques pour l'aider à soutenir la guerre contre les Anglais. Simon, archevêque de Bourges, n'assitait pas à ce concile; mais il y était représenté par un délégué; les évêques de Clermont, Cahors, Rodez, Albi et Mende s'y trouvèrent, avec un grand nombre d'abbés, doyens et prieurs.
Le 29 novembre 1296 l'abbé Pierre reçut l'hommage du comte de Rodez pour Conros, Escorailles, Viescamps et Banhars; le 21 octobre 1297 Guy d'Escorailles lui rendit aussi hommage de sa châtellenie ; le 27 octobre 1299 le vicomte de Turenne lui fit foi et hommage pour le château de Servières et La Cintrie; l'abbé fut mis en possession de la tour de Servières, et ses gens y plantèrent sa bannière en criant : AORLHAC, AORLHAC, PER SAN GUIRAL E PER L'ABAT.
Ainsi, l'ordre renaissait dans l'abbaye; ses vassaux reconnaissaient ses droits. Peut-être Pierre de Malafayda en était-il redevable au calme rétabli dans la ville d'Aurillac par les traités dont nous allons dire un mot.
On a vu qu'en 1280 une sentence arbitrale, rendue par Eustache de Beaumarchais, avait défini les droits et les devoirs de l'abbé et des consuls; c'est ce qu'on appelait la première paix, la paix ancienne, véritable charte de la ville. En 1298 une seconde sentence arbitrale, rendue par Guillaume d'Achillosas, bailli des montagnes, expliqua, ratifia et confirma la première paix. L'abbé et les consuls se réunirent pour obtenir la sanction royale et éviter par là toute contestation ultérieure. Il restait cependant encore des points sur lesquels il pouvait y avoir litige entre l'abbé et les consuls ; ils furent réglés par des transactions particulières cette même année 1298. Nous reviendrons sur ces actes importants quand nous nous occuperons des franchises municipales; nous ne les mentionnons ici que pour établir qu'ils eurent une heureuse influence sur la tranquillité du pays.
30° Draconnet fut le 30e abbé d'Aurillac. Le 25 janvier 1303 il reçut l'hommage d'Astorg d'Aurillac pour la châtellenie de Laroquevieille et les terres que tenait Etienne Nicrestang. Le 27 mars 1303 il quittança aux consuls une somme de 500 livres. Le 12 janvier 1308 il reconnut, dans une transaction" faite avec lesdits consuls, que ces derniers devaient être appelés et consultés toutes les fois qu'il serait question d'emprisonner, d'élargir ou de changer de prison un prévenu. De son temps Guillaume Bauffeti, de Veyrac, 86s évêque de Paris, écrivait aux consuls d'Aurillac que, n'ayant pas assez de fortune pour faire face aux frais de son installation, il n'hésitait pas à les prier de lui prêter une somme de 2,000 livres qui lui était nécessaire. Il mourut au commencement de 1311.
31° Guillaume III était abbé le 31 mars 1311, puisque nous avons la quittance du cens qu'il paya ce jour-là au pape en reconnaissance de sa suzeraineté. Clément V, par une bulle du 15 juillet 1312, lui permit de célébrer avec Ips habits pontificaux. Plus tard, il refusa de changer son bâton abbatial contre la crosse épiscopale, et, sur son refus, en 1317 l'évêché que le pape Jean XXII se proposait d'instituer pour la Haute-Auvergne, en démembrement de celui de Clermont, fut érigé à St-Flour. On voit, par une protestation des consuls contre l'emprisonnement, sans information préalable et en leur absence, d'un certain Bossac, savetier, que Guillaume III était encore abbé le 29 mars 1319.
32° Archambaud, qui portait dans ses armes trois lions couronnés, fut abbé d'Aurillac vers 1320; plus tard, et avant 1329, il fut promu à l'évêché de St-Flour en conservant le titre d'administrateur de l'abbaye d'Aurillac. Peut-être à cause de son éloignement et de la tendance de ses officiers à outrepasser les bornes de leur pouvoir, peut-être parce qu'il essaya de faire à Aurillac quelques fonctions épiscopales, il eut de grands démêlés avec les consuls qui ne voulurent pas lui permettre d'entrer en ville en qualité d'évêque. En 1355, conjointement avec Gaillard de Castelnau, prieur de St-Privat, et frère de Guillaume des Ongles, il fonda à Boutonet une chapelle dédiée à saint Jean, et dotée par Pierre de Selves, damoiseau.
Archambaud fit don à l'abbaye d'Aurillac du pressoir et des vignes de Ladirac, près Figeac.
33° Guillaume IV des Ongles fut, dit-on, le 33e abbé d'Aurillac; mais, évidemment on se trompe quand on le fait mourir en 1333, car, s'il a été abbé il n'a pu l'être que de 1335 à 1340, puisque nous avons vu qu'Archambaud fondait, en 1355, la chapelle de Boutonet, et nous allons trouver l'abbé Aymeric le 31 août 1340. On ne dit rien et je n'ai rien trouvé de cet abbé.
34° Aymeric de Montal, d'une ancienne famille du pays qui descendrait, suivant la tradition, d'un neveu de saint Géraud, était abbé d'Aurillac le 31 août 1340, puisqu'il consentit, en cette qualité, ce jour-là même, bail emphytéotique des dîmes de Ladirac à Hugue de Fabrefort, chevalier. En 1341 il reçut l'hommage de Jean de Crozet, sire de Veyrac, pour son repaire de Veyrac; le 12 avril 1344 Astorg d'Aurillac et Dauphine de Latour, sa femme, lui firent hommage de ce qu'ils possédaient dans la châtellenie d'Escorailles ; le 11 décembre de la même année il procéda, avec le comte de Clermont, dauphin d'Auvergne, et Beraud, fils aîné dudit dauphin, sire de Mercœur, à la délimitation de la châtellenie de Vodable d'avec le prieuré de Dauzat ; le 21 juin 1545 le comte dauphin lui rendit foi et hommage de ce que Géraud de Montal tenait à Dauzat; le 3 mai 1347 l'abbé Aymeric et les consuls, après de longs débats, consentirent une transaction fort longue et très curieuse que nous appellerons la troisième paix; nous la ferons connaître quand nous parlerons des franchises municipales. En 1353 Astorg d'Aurillac lui fit hommage pour le péage des Prades, et, le 31 octobre 1355, Durand de St-Christophe, bachelier ès lois, lui rendit son hommage pour l'afar de Junsac. Donc c'est encore par erreur que le père Dominique de Jésus le fait mourir en 1345. Nous pensons qu'il vécut au moins jusqu'à 1357 ou 1358; mais bien certainement il vivait encore le 13 juillet 1350, puisque nous avons un acte fait ce jour-là en sa présence.
35° Pierre V de St-Exupère, d'une noble famille du Limousin : il portait d'or à un lion de gueule. Les abbés d'Aurillac tendaient toujours à s'arroger quelqu'autorité spirituelle sur les habitants de la ville; mais ceux-ci, ou leurs consuls pour eux, s'en défendaient vigoureusement. En voici un exemple : En 1362, à la suite d'une rixe entre les prêtres de la communauté d'Aurillac et les moines de l'abîme, l'abbé Pierre fulmina une sentence d'excommunication contre les habitants qui avaient pris le parti de leurs prêtres. Le 13 août 1362 les consuls en appelèrent au pape, déniant à l'abbé le droit d'excommunier. Le 3 septembre l'abbé se rappelant que, d'après les privilèges de l'abbaye et de la ville, le pape s'était réservé pour lui seul le droit de frapper d'interdit l'abbaye et la ville d'Aurillac, révoqua l'excommunication et en donna une absolution générale; les consuls, toujours aux termes de leur exemption, interjetèrent aussitôt appel de cette absolution, parce que le pouvoir de délit aurait supposé celui de lier, et, le 18 décembre 1362, le pauvre abbé fut obligé de faire révoquer l'absolution par son grand-vicaire.
Quelques jours après, le 22 décembre 1362, le roi Jean accorda à l'abbé Pierre des lettres de sauvegarde, dans lesquelles il rappelle que de tout temps l'abbaye d'Aurillac a été mise sous la protection des rois de France. Il paraîtrait, cependant, que Pierre de St-Exupère n'était pas très bon français, puisque Charles \ fut obligé d'écrire, le 1er-juillet 1368, aux baillis de St-Pierre-le-Moustier et d'Auvergne pour leur enjoindre de contraindre l'abbé d'Aurillac à chasser de ses châteaux les capitaines étrangers et de ne les confier qu'à des Français fidèles. Cet abbé eut encore de sérieux démêlés avec les consuls et même avec ses moines, qui furent obligés de protester, le 31 décembre 1387, contre l'intention manifestée par lui de vendre au duc de Berry et d'Auvergne la moitié de sa justice. L'abbé Pierre VII vivait encore en septembre 1399, puisque, le 22 dudit mois, d'accord avec les consuls, il fit un règlement pour mettre fin à un abus qui s'était introduit dans la communauté des prêtres de l'église Notre-Dame d'Aurillac. Le père Dominique de Jésus le fait mourir le 5 janvier 1407 et inhumer devant la chapelle St-Géraud; les bénédictins prétendent qu'il est nommé en 1408 dans une charte de l'église de Souliac. Si cela est, il aurait tenu l'abbaye cinquante ans.
56° Bertrand II de St-Bauzire, qui avait été abbé de Bernay au diocèse de Lisieux, prit parti pour Pierre de Lune (Benoît XIII) ; en 1410 il consentit un accord avec les consuls sur la manière de procéder contre les bigames et les lépreux, tn 1415 il fonda au prieuré de St-Géraud de Toulouse, un collège pour six religieux qui devaient s'y adonner à l'étude. L'année précédente, 1414, il avait traité avec un Géraud de Murat au sujet d'une chapelle fondée par Pierre de Vernops, évêque de Maguelone, à l'église Notre-Dame d'Aurillac. En 1456 il autorisa Jean de Caissac à fortifier son repaire de Sédages, et mourut l'année suivante, 1417.
37° Hugues de Rochedagon, neveu du précédent, fut le dernier de nos abbés réguliers. Le 18 juin 1463 il homologua et confirma un règlement fait par les habitants d'Aurillac pour l'administration de leur consulat. Ce règlement a été publié dans les Tablettes d'Auvergne, vol. 3, p. 266. Nous en parlerons à l'article des franchises. Il mourut dans son château de St-Etienne, dit le père Dominique de Jésus, non sans soupçon de venin.
38° Jean II d'Armagnac, fils de Bernard, vicomte de Carlat et d'Eléonore de Bourbon, évêque de Castres, fut pourvu de l'abbaye d'Aurillac. 11 reçut, en cette qualité, en 1465, l'hommage de Pierre du Chambon d'Aurillac pour son château de Laforce, paroisse de St-Simon. Si l'on veut connaître l'histoire d'Aurillac pendant son administration, il faut lire les lettres-patentes de Louis XI du 3 mai 1469, insérées dans les Tablettes d'Auvergne, vol, 3, p. 277, et d'autres lettres-patentes du mois de novembre 1470, que l'on trouvera dans la collection générale des lois et ordonnances des rois de France, vol. 17, p. 548. Jean d'Armagnac était à Rome en 1484, lors de l'élection du pape Innocent VIII. Il ne mourut qu'en 1493 ; mais, il paraît qu'il s'était démis de son abbaye.
39° Pierre VIII de Balzac, qui fut aussi prieur de Bort, était abbé d'Aurillac en 1489, suivant Jacques Roger. II l'était peut-être encore en 1493, lorsque l'on bâtissait le clocher de l'église Notre-Dame d'Aurillac.
40° Gratien de Villeneuve, carme, vivait sous le pontificat d'Innocent VIII et d'Alexandre VI. Nonce et confesseur du pape qui l'aimait beaucoup, il fut nommé procureur-général de son ordre en Italie, et confirmé en cette qualité par une bulle d'Innocent VIII; puis, par une autre bulle du 5 mars 1489, nommé orateur du pape dans une députation envoyée vers l'empereur Frédéric III, Maximilien, roi des Romains, et René, duc de Lorraine et de Bar, pour les engager à se liguer contre les Turcs. Gratien vivait encore en 1496.
41° Antoine Ie r de Cardaillac, de la même famille que plusieurs de ses prédécesseurs, paraît avoir été pourvu de l'abbaye en 1499; du moins il plaidait cette année contre Pierre Vital de Marmanhac qui prétendait avoir été canoniquement élu le 25 septembre de la même année. Ce pauvre frère perdit son procès et le monastère ses droits, car Antoine de Cardaillac était encore abbé en 1512. Hélas! On faisait fi du droit des moines de se choisir, parmi eux, un supérieur; on leur imposait des étrangers qui n'avaient souci que de toucher les revenus de l'abbaye, et la discipline se relâchait, l'émulation s'éteignait, l'esprit de corps n'existait plus, au moment même où l'Eglise aurait eJ besoin de la double autorité de la science et de 'la vertu pour combattre le schisme qui allait lui enlever une partie de ses enfants!
42° Ici nous devons faire observer qu'il doit y avoir erreur dans les listes que nous suivons. Les bénédictins nomment pour le 42e abbé Charles de St-Nectaire qui, suivant eux, était abbé en 1520, d'après une charte du monastère de Camerien-Velay.
43° Jean III de Lorraine, archevêque de Narbonne, aurait été, d'après eux, le 45e abbé; mais ils ne disent ni à quelle époque, ni combien de temps ; seulement ils le font mourir en 1550.
44° Après lui ils placent Augustin Spinola, évêque de Perouze, cardinal et camérier du pape, sans explication.
45° Charles II de St-Martin, disent-ils, vers l'an 1556.
46° Jean IV de Cardaillac, qui reconstruit, sur un nouveau plan, la chapelle de St-Géraud, et renferma ses reliques dans une chasse d'argent; il était abbé, disent-ils, vers l'an 1558.
Le père Dominique de Jésus ne compte pas au nombre de nos abbés Pierre de Balzac, que nous avons inscrit le 39e, et il met à sa place Jean de Lorraine. H nomme le cardinal de Perouse le 41e, avant Antoine de Cardaillac; enfin, il ne reconnaît pas comme abbé Charles de St-Nectaire que les bénédictins disent avoir été le 42e, et fait succéder Charles de St-Martin à Antoine de Cardaillac.
Il est possible qu'il ait raison, et que les bénédictins aient confondu Charles de St-Martin avec Charles de St-Neclaire, car le premier était abbé en 1521, ainsi que M. Déribier l'a trouvé dans des titres que malheureusement il n'indique pas, et, après lui, vint Jean de Cardaillac qui fit son entrée à Aurillac en 1530.
Nous ne savons rien de plus sur tous ces abbés, pendant l'intervalle de plus d'un demi-siècle, et, c'est un fait digne de remarque que la lutte vive, ardente, passionnée quelquefois, mais de laquelle jaillissait, au moins de temps à autre, un traité curieux et fécond en enseignements utiles, que cette lutte énergique des consuls d'Aurillac contre les abbés réguliers, ait cessé tout à coup, au moment où la mitre abbatiale n'est plus portée par un moine du monastère, et qu'avec elle tout monument historique de quelque importance disparaisse de nos annales. Tant que les consuls d'Aurillac avaient en face d'eux une autorité supérieure et rivale, leur premier soin, leur unique désir, fut de saper peu à peu cette autorité, d'accroître la leur à ses dépens, et, pour y parvenir, ils durent respecter leurs devoirs et leurs droits, puisqu'ils voulaient contraindre l'abbé à les respecter. Mais, quand l'abbaye fut devenue un simple émolument pour de grands dignitaires étrangers, qui n'avaient plus un intérêt direct à accroître leur pouvoir en restreignant celui des consuls, ceux-ci se firent courtisans pour obtenir des faveurs, pour acheter la protection des abbés de cour, et les franchises municipales leur furent sacrifiées l'une après l'autre. Ainsi, lorsque Jean de Cardaillac, arrivé au château de Belbex, voulut faire son entrée en ville, les consuls, en robes et en chaperons, accompagnés des principaux bourgeois, furent le chercher jusqu'à Belbex. Il y a loin de cette soumission servile à la fierté avec laquelle on attendait autrefois l'abbé dans le cimetière pour lui faire jurer, sur les saints Evangiles, qu'il respecterait les franchises de la ville.
47° Charles II de St-Nectaire, fils d'Antoine, seigneur de St-Nectaire, et de Marie d'Alègre, était aussi abbé du Monestier, autrefois St-Théofred-de-Cameri en Velay. Les auteurs de la Gallia Christiana et le père Dominique de Jésus, vantent sa piété aussi bien que sa noblesse; ils assurent qu'il avait doté le monastère d'Aurillac de plusieurs beaux édifices. Il donna son consentement à la sécularisation de l’abbaye, et se retira dans son autre monastère de St-Chaffre où il mourut, fort âgé, disent-ils, en 1560.
48" Antoine II de St-Nectaire, neveu du précédent, lui succéda pour bien peu de temps; car, en 1561, il permuta avec Martin de Beaune contre l'évêché du Puy.
49° Martin de Beaune était chancelier de la reine Catherine. Ce fut sous son administration qu'une bulle de Pie IV, du 13 mai 1561, enregistrée au parlement de Paris le 23 février 1562, sécularisa l'abbaye d'Aurillac, Dès-lors les bénédictins firent place à de simples chanoines.
Nous nous sommes bornés, pour ces trois derniers abbés, à traduire les quelques lignes que leur consacrent nos auteurs. Cependant, il resterait à vérifier un point historique assez difficile. Il existe une instruction secrète faite, dit-on, à la suite d'un arrêt du 23 juillet 1555, qui impute à l'abbé Charles de St-Nectaire des crimes si révoltants, si monstrueux, qu'il nous paraît non seulement difficile, mais impossible que les consuls et les habitants d'Aurillac, jusqu'alors si prompts à la défense de leurs droits, aient pu les supporter. D'autre part on lui reproche, dans cette instruction secrète, d'avoir laissé tomber, faute d'entretien, les bâtiments du monastère, tandis que, soit le père Dominique de Jésus, qui était d'Aurillac, soit les auteurs de la Gallia Christiana vantent sa piété, sa vie sainte et les nombreuses améliorations par lui faites aux bâtiments du monastère.
Le cadre de ce travail est trop court pour discuter ces deux opinions, diamétralement opposées. Nous nous bornerons donc à dire : 1° que nous avons vu, de nos y eux, il y a quelques années, dans le jardin Gamet, rue du Buys, où des fouilles venaient d'être faites, un portail entier, tout neuf, portant un écusson aux cinq fusées de la maison de St-Nectaire, qui paraissait avoir été renversé violemment et était resté enseveli sous une épaisse couche de terre. C'était évidemment la porte du palais abbatial et l'œuvre de Charles de St-Nectaire, puisque son neveu, Antoine, n'a fait que passer à l'abbaye; 2° que la sécularisation a été demandée par l'abbé et les moines, et que- les consuls se sont fait payer pour y consentir; 3° que nous possédons deux transactions importantes faites par Charles de St-Nectaire en 1548 et 1554, qui constatent qu'il n'oubliait pas les intérêts du monastère; 4° que ni la bulle de sécularisation, ni les arrêts des parlements qui l'ont enregistrée, ne contiennent un mot de blâme contre l'abbé et les religieux ; 5° enfin, que les événements subséquents ont prouvé qu'il y avait alors à Aurillac, et jusque dans le conseil de la ville, des hommes qui, sous prétexte de religion, ouvrirent à l'ennemi les portes de la ville, et y firent commettre toutes sortes d'atrocités, que dès-lors, il est bien possible qu'ils eussent eu recours à la calomnie soit en inventant ce qui n'était pas, soit en grossissant et envenimant ce qui pouvait être vrai au fond, mais insignifiant.
50° Guillaume Violle, conseiller au parlement de Paris, était abbé d'Aurillac lorsqu'il fut promu à l'évêché de Paris en 1568.
51° Aloïsius Pisani, noble vénitien, cardinal sous le titre de St-Vital, prit possession de l'abbaye en 1568. Il mourut à Venise en 1570, la veMle des calendes de juin. C'est dans cet intervalle que la ville d'Aurillac fut surprise par les protestants, le mardi 6 septembre 1569, jour à jamais déplorable. Eglises, palais abbatial, couvents, tout disparut, tout fut détruit par ces sectaires impitoyables ; livres précieux, rares manuscrits, chartes originales, tout fut la proie des flammes. Le meurtre et le pillage furent organisés froidement, et l'on procéda, par ordre des princes de Navarre et de Condé, à la rente, aux enchères publiques, des propriétés de l'abbaye.
52° Georges d'Armagnac, évêque de Rodez, puis archevêque de Toulouse et d'Avignon, ambassadeur de France à Rome et à Vienne, cardinal, etc., prit, en 1578 seulement, possession de l'abbaye, restée vacante depuis huit ans. Ce fut l'archidiacre de Rodez qui fit cette cérémonie pour lui. Les ruines de ce qui avait été autrefois le monastère St-Géraud ne méritaient plus qu'un cardinal vint les visiter. Dom Fabri 1avait administré pendant la vacance. Le 5 août 1581 les protestants essayèrent encore de prendre la ville; ils furent repoussés heureusement. Il n'y avait alors plus rien à détruire; mais ils pouvaient encore faire couler bien du sang.
53° Philippe des Portes, chanoine de la Sainte-Chapelle de Paris, abbé de Tiron, de Bompart, de Josaphat, etc., etc., poète que Boileau ne maltraite pas, dans l'Art poétique, obtint, au prix d'un sonnet, peut-être, l'abbaye d'Aurillac. Il avait accompagné le duc d'Anjou, en qualité de lecteur, dans son voyage en Pologne; au retour, Henri III le combla de faveurs. Il prit possession en 1585 et mourut en 1606.
54° François de Joyeuse, successivement archevêque de Narbonne, Toulouse et Rouen, qui s'entremit auprès du pape pour réconcilier Henri IV avec l'Eglise, et fut un des trois commissaires qui prononcèrent la dissolution du mariage de ce prince, eut besoin, pour vivre, de l'abbaye d'Aurillac; on ne put la lui refuser. Il mourut le 27 août 1615, doyen du Sacré-Collège, bien qu'il n'eut encore que 55 ans.
55° Charles de Noailles, évêque de St-Flour d'abord, puis de Rodez, d'une famille qui se plaisait, en toute occasion, à protéger la ville d'Aurillac, fut pourvu de son abbaye. Pendant trente ans il lui donna des preuves de sa munificence, et mourut en 1648.
56° Louis Barbier de La Rivière, d'abord régent du collège du Plessis, puis aumônier de l'évêque de Cahors, qui le plaça auprès de Gaston de France, duc d'Orléans : c'était un homme rusé, adroit, d'un caractère méprisable. Il s'insinua dans les bonnes grâces du prince dont il vendait les secrets à Mazarin. Ses intrigues et ses complaisances lui valurent plusieurs riches abbayes, entre autres celle d’Aurillac, où il fut plus tard exilé. Ce personnage fut ensuite promu à l'évêché de Langres, auquel la pairie était attachée; ce qui a fait dire à Boileau:
Le sort burlesque, en ce siècte de ter,
D'un pédant, quand it veut, sait taire un duc et pair.
L'abbé de La Rivière mourut en 1670, laissant un testament dans lequel on trouve : Je ne laisse rien à mon maitre-d'hôtel, parce qu'il est à mon service depuis dix-huit ans.
57° Hercule Manzieri, procureur du duc de Modène, a droit à la reconnaissance des habitants d'Aurillac. Des troupes étant arrivées pour tenir garnison en ville, les consuls, en vertu de leurs privilèges, firent fermer les portes et écrivirent à l'abbé Manzieri, pour lors à Paris, le priant d'en obtenir le renvoi. L'abbé ne perdit pas de temps, obtint l'ordre et l'envoya de suite à Aurillac par un courrier gagé à ses frais. Plus tard les consuls voulurent le forcer à recevoir le remboursement de cette dépense; il refusa d'abord, puis, sur leurs pressantes instances, il accepta, et employa cette somme, et beaucoup du sien, à faire faire imc chasse d'argent pour les reliques de saint Géraud, les protestants ayant fait fondre l'ancienne. Il fit, en outre, don à l'église d'un calice, d'un ornement de grand prix et d'une garniture d'autel complète. Il mourut le 3 avril 1679, après avoir institué son église pour héritière et fait à la paroisse un legs considérable.
58° Léon Pothier de Gèvres, archevêque de Bourges et cardinal, vint, en 1698, prendre possession de l'abbaye d'Aurillac et en affermer les revenus. Il administra l'abbaye pendant 46 ans d'une manière toute paternelle et lui fit beaucoup de bien. Il mourut à Paris presque subitement, à l'âge de 80 ans, le 12 novembre 1714. Son aumônier, Pierre Delzons, prieur de Virazel, fils de Jean Delzons et de Gabrielle de Vixouze, hérita de sa chapelle. Ce prieur, savant distingué, fut le premier instituteur d'Antoine Delzons, depuis président du tribunal d'Aurillac.
59° Jean Sébastien du Barral fut nommé abbé d'Aurillac en 1745, et, en 1752, évêque de Castres. Il céda au roi la justice abbatiale, qui fut réunie au bailliage en 1748.
60° Claude Mathieu du Barral frère du précédent, lui succéda en 1752. Il prit possession, plus tard, de l'évêché de Troyes, et conserva néanmoins son abbaye jusqu'en 1789.