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 CÉRÉMONIES.

Je ne puis m'empêcher de transcrire ici un petit cahier à la date du 8 août 1631, intitulé:

« Mémoire de ce que MM. les consuls et greffier de la Maison-de-Ville sont obligés de faire durant l'année.»

Premièrement, après que les nouveaux consuls sont créés à la Maison-de-Ville, le dernier va trouver le second et tous deux le premier, pour communiquer ensemble et visiter monsieur le gouverneur, s'il est en ville, et autres.

Le 1er jour de janvier les vieux consuls, avec les officiers, s'assemblent en la Maison-de-Ville, vont à la Grand'Messe, où M. le lieutenant-général, s'il est en ville, se trouve. Laquelle achevée, le premier consul fait une harangue au peuple, et icelle achevée, le valet des sieurs consuls appelle à haute voix les consuls nommés. S'ils se présentent ils prêtent serment èz-mains dudit sieur lieutenant-général, ou, en son absence, du premier consul, et, si l'un d'eux ne se présente pas, est contre eux donné défaut. Et ce fait, les vieux et nouveaux consuls, et officiers vont au Monastère, et les nouveaux consuls prêtent serment » èz-mains de l'official du seigneur abbé d'entretenir la paix faite entre ses prédécesseurs et la ville. Et après se rendent à ladite Maison-de-Ville et chacun se retire en sa maison; les valets suivent les vieux consuls.

Ledit jour tous les consuls ensemble vont au sermon, qui se dit chez les pères jésuites, et, à la sortie, vont ouïr les vêpres à l'église paroissiale.

Le lendemain les vieux consuls s'assemblent avec les nouveaux, et officiers, tant du seigneur abbé que de la ville, à ladite Maison-de-Ville, baillent et délivrent les clés des portes, et autres choses et papiers desquels ils sont chargés, et en est dressé procès-verbal par le greffier, attesté et signé par eux.

Si l'un desdits consuls ne prend rang et place au banc, il ne se trouve en aucune assemblée publique, et à l'église entre dans le chœur, et à la Maison-de-Ville au banc qui est au bout de la table.

Lesdits consuls font faire douze flambeaux pour les honneurs de la ville : deux pour les messes des Morts, avec deux cierges et deux pour chacun d'eux, le tout de deux livres pièce.,

Le premier jour des Rois lesdits consuls prennent la robe rouge, et vont à la grand'messe et à l'offrande, et les faut conduire à vêpres.

Le premier vendredi de l'année lesdits consuls assemblent les vieux conseillers de l'année auparavant, avec les frairies qui ont assisté à leur nomination, pour élire dix-huit conseillers, savoir six de chaque quartier. Le premier consul vieux nomme le premier du quartier d'Aurenque; le premier bourgeois nomme le premier des Cordeliers, et le notaire du quartier des Ponts. Le greffier en fait la publication à haute voix, et les consuls portent ledit jour la robe rouge.

Par arrêt du mois de décembre 65%, est dit que le dernier consul ira chercher M. le lieutenant-général avec le secrétaire et valets ; il y a opposition, et le secrétaire y va avec les valets seulement.

Le vendredi après lesdits consuls font autre assemblée en laquelle ils envoient chercher par les valets les conseillers nommés, desquels le premier consul reçoit le serment, bien que M. le lieutenant-général soit présent, lequel est envoyé chercher par le secrétaire et deux valets. Et est faite élection de quatre auditeurs des comptes et trois commissaires de police, et fait, après, d'autres propositions, si bon leur semble. Lesdits consuls portent ledit jour leur chaperon seulement.

Si M. le gouverneur arrive en ville, les consuls sont obligés de l'aller visiter avec leurs chaperons, assistés de leurs officiers. Ils lui font, d'ordinaire, présent  de demi-douzaine de boîtes de confitures, deux pains de sucre, six flambeaux de deux livres chacun, quatre quarts d'hypocras, les deux grandes pintes de vin  commun, lequel est porté par les valets et présenté par le secrétaire.

Le jour de la Notre-Dame de la Chandeleur se fait procession générale, en  action de grâces de la délivrance de la maladie contagieuse, lequel jour les habitants se. remirent en ladite ville. Lesdits consuls portent leurs cierges allumés, » ainsi que leurs officiers. Ces cierges sont du poids d'une livre pour les sieurs consuls et de trois-quarts pour les officiers, lesquels cierges ils font faire aux dépens de la ville. M. le lieutenant-général assiste a ladite procession, et, pour y aller, se trouve à l'église.,

Le premier jour de Carême le sermon se dit à la fin de la grand'-messe, et les » consuls ne vont pas à l'offrande. Le Mercredi-Saint les consuls s'en vont à l office à l'heure de vêpres, à l'église Notre-Dame. Le Jeudi-Saint les consuls vont à l'office avec les robes rouges et assistent à donner la communion, et fournissent leur vin et chandelles ledit jour,et font leur communion. L'après-dîner se rendent à l'église Notre-Dame, et ledit sieur lieutenant-général s'y rend aussi et officiers, et, tous ensemble, avec le corps-de-l'église, vont visiter les églises et gagner le pardon. Ils fournissent des petits cierges : un à Notre-Dame-des-Neiges; un à St-Roch; deux à St-Géraud (au Monastère); un à Notre-Dame-du-Cœur; un à St-Etienne; un à St-Jean-du-Buis; un à Notre-Dame-des-Carmes; un aux pères St-François; un à Notre-Dame-d'Arpajon, un à Notre-Dame-de-Leyniac; un a St-Antoine; un à St-Roch-de-St-Simon; un à Notre-Dame-de-Pailherols; un a Notre-Dame-del-Castel.

Tous lequels lesdits consuls sont obligés d'envoyer auxdites églises. La veille de la Fête-Dieu les consuls se rendent à la Maison-de-Ville avec les officiers, et vont à vêpres avec leurs robes rouges. Ils font porter, par trois pauvres, trois flambeaux de quatre livres chacun, qu'ils-font allumer au-devant du grand-autel durant les vêpres, et s'en retournent en icelle avec les violons, et le lendemain aussi pour aller à la messe.

Ledit jour de la Fête-Dieu se fait la procession générale pour la ville, où assistent seulement les carmes et les cordeliers. Le poêle du St-Sacrement est préparé par les bouchers et porté par M. le gouverneur, le lieutenant-général, les consuls, ou, à défaut d'eux, les vieux consuls ou, les officiers de la ville. Les violons marchent au-devant du St-Sacrement. Le dimanche d'après la Fête-Dieu il y a aussi procession, et les consuls vont à vêpres aux Cordeliers. » La veille de l'Octave ils vont aussi à vêpres en la même forme; le lendemain grand'messe, et petite procession avec le poêle du St-Sacrement et les violons. » Le jour Notre-Dame-des-Neiges, les consuls sont présents à l'église Notre-Dame, où ils se trouvent pour entendre la messe et prédication avec leurs robes rouges, leurs officiers, et, de là, avec la procession, se rendent au Monastère avec les violons pour y prendre le poêle et le St-Sacrement, et faire la procession générale dans toute la ville. M. le lieutenant-général se trouve à l'église pour assister à la messe et à la procession.

Le lendemain, jour de la Transfiguration, lesdits sieurs consuls, assistés de leurs officiers, s'assemblent à la Maison-de-Ville, et, de là, vont au Monastère faire dire la messe de Requiem pour ceux qui furent tués lors de l'attentat sur la ville ; les flambeaux allumés, le procureur d'office et le greffier posent le drap, et, après le sermon et la messe, le procureur d'office distribue deux sols à chacun des chanoines, et les consuls, avec les prêtres de l'église, venus en procession au Monastère, s'en vont à la chapelle d'Aurenque faire les prières accoutumées, et le greffier leur distribue deux sols à chacun. Le collecteur porte aux carmes et aux cordeliers leur portion. Les consuls, le juge, le procureur d'office, le greffier et le collecteur soupent ensuite ensemble.

Le jour de Notre-Dame-d'Aoùt l'un des consuls va à vêpres et demande la châsse de saint Gcraud au doyen des chanoines, pour la porter à la procession le jour do la Révélation de St-Géraud, et ledit jour Notre-Dame-d'Août se fait une procession générale en l'honneur de ce que le roi voua la France â Notre Dame.

Le 22 août, veille de la Révélation de St-Géraud, les consuls, avec leurs robes rouges, officiers et violons vont à vêpres au Monastère, et font porter, par trois pauvres, trois flambeaux de quatre livres chacun, qui demeurent allumés devant le grand-autel pendant vêpres. Le jour suivant lesdits consuls s'assemblent à la Maison-de-Ville, et, tous ensemble, vont au Monastère à la messe et de là à la procession avec les violons. Ils vont aussi à vêpres en même forme.

Le 4 octobre, jour de St-François, les consuls et officiers sont priés, par le cordeliers, de venir à la grand'messe et sermon. Ils dînent dans le couvent; mais, pour le dîner, les consuls en voient cinq écus d'or.

Le 10 octobre on fait une procession générale, en commémoration de ce que ce jour-là les huguenots ont quitté la ville. Tous les ordres y assistent ; les prêtre et religieux partent de l'église avec les consuls, et vont au Monastère prendre les chanoines. Le lendemain procession de St-I)enis.

Le lendemain de la Toussaint les consuls, assistés de leurs officiers, font dire une messe-haute de Requiem et distribuer 240 pains d'un sol pièce, qui se  donnent aux dépens de la ville.

Le vendredi après la Noël, suivant l'arrêt du conseil, est faite la nomination des consuls avec l'assistance des conseillers de la Maison-de-Ville, deux bourgeois, un avocat, un notaire, deux de la frairie de St-Géraud, deux de St-Jacques, deux de St-Martial, deux de Notre-Dame, deux de St-Jean, un de St-Eloi, un de St-Martin, un de St-Blaise, un de la Fête-Dieu, et, avant la nomination, l'on dit la messe du St-Esprit. Le premier consul prend le serment des nominateurs.

Si pendant l'année l'un des consuls vient à décéder, les autres assistent à son convoi, et portent, avec deux des vieux consuls, les cordons de soie noire, que la ville fournit; l'enterrement fait, les consuls marchent avec les parents. Il est fait de même pour M. le lieutenant-général. Les officiers de la ville marchent après les chaperons.

Si les consuls sont invités à des premières messes, noces ou baptêmes, ils tiennent le second rang. Aux messes des morts ils marchent après les parents, précédés de leurs valets. Lorsqu'ils vont voir soutenir des thèses ils prennent la robe rouge. »

Cette citation paraîtra bien longue au plus grand nombre de mes lecteurs, je ne l'ignore pas; mais, elle fait mieux connaître les habitudes et les mœurs de nos pères, dans la première moitié du XVII° siècle, que ne le ferait une savante dissertation; et, c'est la vie intime, l'intérieur des villes et des familles que l'on regrette, avec raison, de ne pas trouver dans nos Histoires de France. De nos jours les questions de préséance et d'étiquette préoccupent fort peu; mais, nos pères pensaient qu'une magistrature était d'autant plus respectable que ceux qui en étaient revêtus se respectaient davantage et savaient mieux se faire respecter. Voilà pourquoi nous ne devons pas penser que les consuls d'Aurillac étaient guides par un sentiment de vanité puérile lorsqu'ils plaidaient devant le parlement pour avoir le pas sur M. le lieutenant-général, pour faire enlever un banc que messieurs du présidial avaient fait placer à l'église, pour conserver la droite dans les processions, etc. Non, toutes ces choses étaient peu importantes par elles-mêmes. Ce qu'ils se proposaient, avant tout, c'était de maintenir le consulat au premier rang, de le faire regarder comme la plus ancienne et la plus respectable institution de la ville, de ne lui laisser rien perdre de l'autorité dont il avait autrefois joui. Aussi étaient-ils intraitables quand il s'agissait de la personne ou de l'autorité des consuls.

En 1617 M. de Conros, se permettant de percevoir le péage, auquel il avait droit, plus près de la ville que ne le comportaient le titre et l'usage, délibération du conseil qui engage les consuls à le faire reculer jusqu'à Berthou. Le deuxième consul va signifier cet ordre au fermier du péage; M. de Conros s'emporte et envoie son écuyer, le sieur Nauthonier, insulter le consul à son domaine de Cavanhac. Le conseil prend aussitôt le fait et cause du consul; Nauthonier est arrêté, mis en prison, et l'on poursuit criminellement. L'abbé s'entremit et sollicita un accommodement, et, pour lui faire plaisir, on voulut bien se désister des poursuites; mais, à quelle condition? L'écuyer de M. de Conros est extrait de sa prison, on le conduit à la Maison-Commune; là, à genoux, en présence de l'abbé, de son juge, du procureur du roi, du lieutenant-général, d'un grand nombre de notables et de tout le conseil réuni, il est obligé de requérir humblement grâce et pardon.

En 1662 nouvelle entreprise de M. de Conros. Cette fois les consuls montent à cheval, courent aux Prades bien accompagnés, se saisissent des gens de M. de Conros et les mettent tous en prison.

En 1627 le sieur Pounhet, vicaire, ayant insulté Jean Delzons, avocat, deuxième consul, le conseil décide qu'il sera poursuivi criminellement, et, en attendant, on lui supprime tous les bénéfices qu'il tenait de la ville. En 1632 le même conseil arrête qu'on poursuivra le sieur Cortez, bourgeois, pour avoir parlé insolemment, et le chapeau sur la tête, aux consuls Rouzier et Aiguesparses.

Il serait facile de multiplier ces exemples; mais ils suffisent pour faire connaître l'énergie avec laquelle les consuls savaient faire respecter leur autorité et leur caractère. Certes ils avaient bien raison, car ils n'épargnaient ni peine, ni sacrifices quand il s'agissait des intérêts de la ville. En 1628 le sieur Hérault, premier consul, était à Paris pour les affaires de la ville ; on lui mande qu'une épidémie contagieuse s'est déclarée à Aurillac, il accourt en poste et, tant que dure la maladie, il se prodigue et se dévoue au salut de tous.

En 1656 le régiment de royal-infanterie avait été envoyé pour tenir garnison à Aurillac; les consuls ne voulaient pas lui ouvrir les portes, et il menaçait de les enfoncer. M. Pages de Vixouze, premier consul, monte à cheval, vole à Paris à franc étrier, y arrive en 48 heures et revient dans le même temps avec l'ordre de faire camper le régiment; mais aussi avec un œil de moins, il l'avait perdu dans cette course rapide.

Quand des magistrats comprennent ainsi leurs devoirs et les remplissent avec autant de zèle, on conviendra qu'ils sont respectables et qu'ils ont bien acquit le droit de se faire respecter.