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 A QUOI TENAIENT LA FORCÉ ET LA LIBERTÉ DES HABITANTS D'AURILLAC ?

La réponse à cette question est bien facile : à leur union. Nos pères possédaient tout ce qui peut unir les hommes: une même foi, un même intérêt, la même ambition.

Les institutions du Moyen-Âge avaient pour fondement, pour règle et pour lien la croyance de l'Eglise catholique. Partout les débris de l'ancienne société gauloise ou romaine avaient été disputés aux Barbares par les évêques; les moines avaient défriché le sol dévasté et devenu désert; la population, éparse ou fugitive, n'aVait trouvé d'asile et de refuge qu'autour des églises, et de protection que dans leurs immunités. C'était donc aux pieds des autels que s'étaient formées les nouvelles associations qui devaient constituer la France; aussi les vit-on toutes se placer successive ment sous le patronage immédiat de la Sainte-Vierge et des Saints. Les premiers étendards sous lesquels se rangeait le peuple n'étaient autres que les bannières des églises çu de leurs corporations, et l'oriflamme elle-même était la bannière de saint Denis. L'église de chaque commune fut donc le point de réunion de l'association; c'était là ou dans le cimetière qui en bordait les murs qu'on délibérait sur les affaires communes, qu'on choisissait les consuls et syndics, qu'on les proclamait, qu'on recevait leur serment, qu'on promettait de leur obéir; c'était là que l'on donnait assignation à une commune, qu'on publiait les ventes des biens, que l'on consultait le peuple assemblé sur le» traités, les transactions sur toutes les affaires qui l'intéressaient.

C'était encore à l'église que le peuple se réunissait pour assister aux offices, entendre la parole de Dieu, participer aux sacrements, célébrer toutes les époques de la vie depuis le baptême donné à l'enfant jusqu'aux derniers devoirs rendus aux morts. Il n'y avait pas une fête, pas une joie, pas une circonstance heureuse sans réunion dans l'église, tout jusqu'à certaines saturnales burlesques que la foi naïve de nos pères excusait peut-être et que nous ne concevons plus aujourd'hui, la fête des fous, la messe des ânes, etc., y attirait un nombreux concours. Là se trouvait réuni tout ce qui intéressait nos aïeux, la chapelle et la bannière de la corporation, le banc des dignitaires, où l'on cherchait à mériter une place par une vie entière de probité, de bonnes œuvres; le tombeau de la famille dans lequel reposaient ceux qu'on avait aimés et près desquels on devait reposer un jour. Il n'est donc pas étonnant que chacun alors fut plus étroitement attaché à cette foi antique, sucée avec le lait, et qui était devenue une partie intégrante de la vie civile, do la vie de famille, de la vie de l'âme. C'était le lien le plus fort qui put unir les membres d'une même paroisse.

A ce lien, déjà si fort par lui-même, venait s'en joindre un autre. La société était divisée en plusieurs corporations qui avaient chacune leur patron, leur chapelle, leur trésor, leurs droits, leurs privilèges; tous les membres de ces corporations avaient appris, dès l'enfance, à aimer ce patron, à parer son autel; plus tard ils s'étaient réunis sous sa bannière. Ils avaient entendu faire souvent l'éloge de ceux de leur famille ou de la confrérie qui avaient été promus à la dignité do baile, qui avaient commandé la compagnie, remporté les prix dans les joutes ou combattu vaillamment dans l'occasion. Peut-être y avait-il eu quelquefois rivalité entre quelques-unes des corporations, et l'esprit de corps faisait un devoir à tous de ne pas laisser déchoir celle dont on faisait partie; c'était là un lien nouveau, un juste sujet d'émulation qui engageait les confrères à se surveiller eux-mêmes et se surveiller les uns les autres, parce qu'ils avaient tous un intérêt commun, celui de la corporation.

Un troisième mobile qui devait unir encore entre eux les membres des corporations, c'était leur admission dans les charges municipales, l'éligibilité au consulat dont l'honneur rejaillissait sur tous; c'était la conservation des franchises de la ville, souvent attaquées par les abbés, mais toujours défendues avec énergie tant que subsista l'union des corporations. Peut-être le désir de les accroître encore au détriment de l'abbé, ambition naturelle et commune à tous, unissait-il encore davantage les habitants d'Aurillac.

Mais, voilà que le XVI° siècle commence; quelques moines, que fatigue le célibat ecclésiastique, jettent le froc, et, sous prétexte de reformer l'Eglise et le relâchement de la religion romaine, prêchent une doctrine nouvelle dont l'austérité ne craint pas d'autoriser la bigamie.

Mon intention, on le pense bien, n'est pas de faire ici l'histoire du protestantisme en Auvergne : je ne m'occupe que d'Aurillac et dois me contenter de rappeler les faits qui s'y sont passés; mais, comme on a accusé nos consuls et le sire de Brezons d'avoir abusé de leur autorité au .mépris des édits royaux et qu'on veut déverser sur eux tout le blâme, il doit m'être permis de rétablir, en peu de mots, la vérité.

Tout le monde savait, à Aurillac, que les deux leviers avec lesquels Luther prétendait renverser l'Eglise romaine étaient l'appât des plaisirs et le pillage des biens ecclésiastiques. Les ruines amoncelées par le protestantisme en Allemagne, en Suisse, en Angleterre et jusque dans notre province d'Auvergne en étaient des preuves sensibles. Ce n'était pas une liberté spéculative qu'il réclamait; à peine introduit dans une ville, il s'attaquait ouvertement à tout ce qui avait été jusqu'alors un objet de vénération pour les habitants. Les sectaires abattaient les croix, déchiraient les images de la Sainte-Vierge, insultaient et menaçaient les ecclésiastiques et les citoyens restés fidèles à leur religion, et s'emparaient violemment de l'administration.

Telle a été leur conduite à Issoire. (Imberdis, vol. I, p. 50.)

Certes, une telle conduite ne devait pas attirer à la nouvelle religion les hommes raisonnables; elle devait avoir et elle eut, en effet, les plus funestes conséquences. Partout où le protestantisme s'introduisit, l'union des corporations fut brisée, et leurs membres se divisèrent en deux camps d'autant plus irréconciliables qu'il n'était pas possible d'attendre quelque modération de la part de ceux qui prenaient les armes pour rompre violemment avec le passé, et une abnégation absolue de ceux qui voulaient maintenir la foi ancienne, sanctionnée et protégée parles lois de l'Etat.

Aussi est-ce de ce moment que date la décadence des institutions municipales; les villes, devenues une arène où deux parties se déchiraient mutuellement, le roi ne manqua pas de saisir l'occasion qui s'offrait pour lui d'interposer son autorité et de s'attribuer des droits que, sans cette division, on ne lui aurait jamais laissé prendre. Nous allons en voir une preuve évidente 1} Aurillac.

J'ai dit, dans la série des abbés, que déjà en lîioS il y avait à Aurillac quelques familles protestantes, et que plusieurs membres du conseil n'avaient su se défendre du poison de l'hérésie. Tant que l'abbé, seigneur haut justicier, avait pu tenir d'une main ferme les rênes de l'administration, ils étaient demeurés tranquilles; mais, à la nouvelle de la sécularisation de l'abbaye, ils se crurent certains de l'impunité, s'assemblèrent en tumule et prêchèrent ouvertement la nouvelle doctrine. Il est probable que les consuls et l'immense majorité des habitants ne virent pas avec plaisir cette levée de boucliers, et ne leur permirent pa« de s'assembler dans la ville même, puisque, d'après nos annales, ils se réunissaient dans une grange hors la porte St-Marcel, appelée de Ganiot. Mais, les exhortations violentes et passionnées des prédicateurs provoquaient nécessairement des rixes, et, cette année 1561, de Brezons, lieutenant pour le roi dans le gouvernement d'Auvergne, vint à Aurillac, accompagné de plusieurs gentilshommes, au nombre .desquels on cite M. de Caillac. Il venait pour rétablir l'ordre et faire cesser les réunions tumultueuses des protestants. Ceux-ci résistèrent à force ouverte; il fallut combattre; plusieurs furent tués les armes à la main, d'autres pris, livrés à la justice et condamnés à être pendus. L'année suivante, 1562, nouveaux troubles, nouveau combat qui eut le même résultat.

Les protestants se plaignirent au roi; le sire de Brezons et les consuls furent mandés à la cour; ils s'y rendirent, la trouvèrent à St-Gcrmain-en-Laye. Mais, on avait autre chose à faire que de les ouïr; il leur fallut suivre la cour de St-Germain à Lyon, de Lyon à Toulouse, de Toulouse à Bayonne et de cette dernière ville à Bordeaux. Là seulement on daigna se souvenir que depuis deux ans ils attendaient une audience. Brezons perdit son gouvernement et les consuls revinrent à Aurillac absous, mais ruinés.

Cependant, les protestants avaient toujours les yeux sur Aurillac, attendant l'occasion de s'en emparer. Elle leur fut offerte par un traitre appelé Prantinhac. Le 5 septembre 1569 plusieurs soldats des capitaines Laroque et Bessonies s'introduisirent en ville déguisés en paysans, et furent reçus et cachés chez Prantinhac et ses adhérents. La nuit suivante lesdits capitaines s'approchèrent sans bruit de la porte St-Marcel qu'ils firent sauter à l'aide d'un pétard, et, à l'instant, les soldats introduits dès la veille et les protestants, armés, descendant dans la rue, firent main-basse sur les habitants catholiques réveillés par l'explosion, au moment même où ils sortaient de leurs maisons à demi nus et presque sans armes.

Voici en quels termes M. André Imberdis raconte les tristes suites de cette surprise déplorable:

« Les catholiques perdent cent vingt des leurs et laissent prisonniers les consuls.

On les applique immédiatement à la torture, ensuite ils sont pendus. Après ces

premiers exploits, les religionnaires brûlent, au milieu de la place publique, tous les titres et archives de la cité. Ils dévastent les églises et les détruisent. Le palais abbatial, la maison consulaire, les hôpitaux, le monastère de St-Pierre,

Plusieurs autres couvents sont successivement brûlés. L'abbaye royale du Buis, ordre de St-Benoit, est totalement ruinée. L'église de St-Géraud, si noble et si belle avec les arcs-boutants gothiques de son vaisseau extérieur, son chœur entouré de colonnes, isolé par un jubéaux chapiteaux brodés de feuilles d'acanthe et de palmier, ses arches élancées retenues par de larges piliers au dehors, son vaste parvis précédant le portail du milieu; si belle avec les bas-reliefs du soubassement portant doucement des colonnettes légères, et si éloquente avec  l'histoire du Jugement Dernier, cette page lugubre écrite au tympan du fronton. La sainte basilique ne fut pas respectée; des bras stupides se levèrent contre le  monument, et l'abbaye, l'église, le couvent, admirable trilogie, se couchèrent dans la poussière. On exposait dans l'église les reliques du fondateur, le pieux comte Géraud. Jean de Cardaillac, abbé du monastère, leur avait fait faire, en 1536, une châsse en argent, du poids de 80 mars. Les reliques furent jetées au » feu; la chasse disparut.

Cependant, pour assurer plus tard l'exécution de ses desseins sur Aurillac, le » comte (Montmorin de St-Hérem) se ménagea des intelligences secrètes. Les consuls Amaury de Fraissy et Géraud Bobesi, Antoine Fortet, receveur des deniers, Géraud de Veyre, etc., se prêtèrent à seconder les projets du gouverneur; ils devaient lui remettre les clés de la ville; mais le succès ne couronna pas leurs efforts. La conspiration avant été découverte, le lieutenant criminel » Lamire, qui prenait le titre de président du présidial civil et criminel d'Aurillac, superintendant des finances des princes de Navarre et de Condé, les condamna à avoir la tête tranchée ou à périr dans diverses tortures. Plusieurs victimes marchèrent à la mort la tète haute, le pas assuré; d'autres faiblirent et demandèrent inutilement grâce avec des larmes et des cris de commisération. La femme de Bobesi eut le courage d'accompagner son mari jusqu'au lieu du supplice; le coup fatal put seul la séparer de lui et mettre fin à ses consolations et à ses embrassements. Pendant tout le temps que les religionnaires se maintinrent à Aurillac, quatre cents catholiques, dont plus de cent trente chefs de fa mille, subirent  le dernier supplice. D'Ambres inventa un tourment pour les  prêtres. On les enterrait jusqu'au menton, et leur tête servait de but pour la mort, après avoir servi de jouet pour d'infâmes outrages. Le sang le plus généreux coula sans pitié. Toute merci fut refusée.

A part la description un peu trop poétique, peut-être, de l'église St-Géraud, le fond de ce récit est vrai et exact. Loin d'exagérer les horreurs commises à Aurillac par les protestants, il ne dit pas que Fraissy et Bobesi, Géraud de Veyre et Antoine Fortet furent mis à la torture et qu'on leur serra les jambes dans des presses à drap, au point de les faire venir ternes comme des assiettes, disent nos annales; qu'on les suspendit par les bras après leur avoir attaché aux orteils des poids de deux ou trois quintaux, en sorte qu'il fallut les porter ensuite sur l'échafaud déjà demi-morts des suites de cette torture. Il ne dit pas que Lamire et ses dignes acolytes n'avaient organisé cette terreur et imaginé ces supplices que pour extorquer de l'argent; que Géraud Vigier aîné, entre autres, après avoir été torturé six fois, deux fois mis à la presse et quatre fois suspendu, fut taxé A 400 écus, auquel prix on lui laissa la vie, ou du moins ce qui lui en restait ; il ne dit pas que le sire do Tournemire, vieillard de 85 ans, fut vendu ou livré au capitaine des rcitres, Monge, faute d'avoir pu payer la somme de 1,300 Ht. à laquelle il était estimé, et qu'après un an de prison il fut racheté par ses enfants; il ne dit pas que, pour activer le paiement des sommes auxquelles chaque bourgeois était taxé, on jetait bas le toit de sa maison, que l'on mit aux enchères les propriétés de l'abbaye, et que nous avons un registre entier contenant les procès-verbaux d'adjudication, faites avec autant de solennité que si le citoyen Lamire avait été le véritable représentant de la justice.

Mais, lorsqu'on dit, pour pallier en partie ces atrocités, que les consuls s'entendaient avec M. de Montmorin pour lui livrer les clés de la ville, on avance un fait non seulement dénué de preuves, mais impossible. Les consuls nommés le 2 septembre 1569 étaient Jean Vigier, greffier d'appeaux ; Bernard Dumas, bourgeois; Jacques Combes, Pierre Moles et Guillaume Coste, marchands, et Jean Delzons, apothicaire. Ils n'étaient en charge que depuis l'avant-veille, 4 septembre. M. Imberdis dit lui-même qu'ils restèrent prisonniers des protestants le 6 au matin. Les vainqueurs nommèrent à leur place François de Cros et Hugues Grandjean, marchands; Jean Rey t, Georges Ferrier, faiseur de fuseaux; Cesari Cortez, maquereau, et Pierre Blanc, potier. L'année suivante, 1570, ils nommèrent encore François Labardelli; Jean Solerie, médecin ; Hugues Grandjean; Etienne de Sartres; Antoine Jaulhac, et Géraud Boissadel, tous huguenots. Donc les consuls, pendant l'occupation de la ville, ne pouvaient correspondre avec M. de Montmorin, et, ceux que désigne M. Imberdis n'étant pas consuls, ne pouvaient livrer les clés de la ville, qui était, d'ailleurs, gardée par les reitres du capitaine Monge. Ainsi, tout prétexte leur manquait; ils n'en cherchaient même pas.

On se rejette sur la conduite du sire de Brezons en 1561, que l'on qualifie de monstrueuse, êt l'on prétend, d'après les mémoires de Condé, que l'ordonnance du 51 janvier 1560 accordait aux protestants le libre exercice de leur culte dans quatre villes du gouvernement d'Auvergne, Issoire, St-Pourçain, Guéret et Aurillac. Je suis fâché d'avoir à donner un démenti à ces mémoires; mais l'ordonnance de 1560 ne contient pas un mot de cela.

Quant à la conduite du sire de Brezons, je ne suis pas chargé de la défendre ; je dois faire remarquer seulement qu'il représentait le souverain, dont il avait probablement les instructions; qu'on lui avait résisté les armes a la main, au mépris de l'édit du 17 janvier 1561, qui prohibait le port d'armes sous peine de la hait; qu'il livra ses prisonniers â la justice, et que celle-ci instruisit leur procès. Mais, pour nos consuls, il faut remarquer aussi qu'ils n'avaient aucune juridiction, aucun pouvoir judiciaire ; que, par conséquent, on ne peut les rendre responsables de ce qui fut alors bien ou mal jugé.

Le 10 octobre 1570 les protestants, armés, sortirent de la ville; cependant, pour un bien de paix, on consentit encore à nommer des consuls moitié de chaque religion. Ce furent pour les catholiques François Jueri, Pierre Moles et Jean Bardél, et pour les huguenots Jean Solerie, médecin, Antoine Jaulhac ct Géraud Boissadel. L'année suivante, 1571, seulement, le consulat put être rendu en entier aux catholiques.

Il était impossible que, dans cette longue agonie de plus de treize mois, pendant laquelle il n'était presque pas une famille catholique qui n'eut eu à souffrir une injure personnelles sans parler des pertes incalculables que la destruction de tant de monuments faisait éprouver à la ville; il est impossible, dis-je, que la soif de la vengeance n'eut pas fermenté dans tous les cœurs. Aussi quand Pierre Moles, marchand, apprit à Lyon la nouvelle de la St-Barthélemy, accourut-il en poste à Aurillac. Les nouvelles qu'il portait à peine connues, on ferma les portes, on se saisit de tous les protestants qu'une prompte fuite n'avait pas mis à l'abri de cette réaction furieuse, on les enferma dans les prisons de Colonhe et la salle-basse de l'hôtel Malras, et le peuple, en délire, vengea dans leur sang les victimes de 1569.

Il est bien pénible d'avoir a raconter des scènes aussi déplorables. Puissent-elles nous faire comprendre à tous Combien l'union est désirable dans toute société, et à quel excès peut porter l'esprit de parti. Aurillac a payé bien cher ces luttes sanglantes. A partir de cette époque, les gouverneurs de la province prirent l'habitude de venir à leur gré avec une suite nombreuse dans la ville. Le roi ou les ministres ne cessèrent d'y envoyer des troupes en garnison; de nouvelles charges furent créées, le tout au détriment des finances de la ville, qui payait tous les frais de ces innovations.

Au mois de mars 1605 parurent des lettres-patentes qui réduisaient à trois le nombre des consuls, un pour chaque quartier, et qui enlevaient aux bailes des confréries leurs voix délibératives dans les assemblées. En revanche, le parement des robes consulaires, qui n'était que de satin, fut fait en velours.

MM. les membres du présidial, pour s'emparer plus aisément d'une partie des attributions des consuls, briguèrent les charges consulaires t:t se les firent attribuer presque exclusivement par la faveur des gouverneurs et des intendants. Puis en 1707 l'état des finances les ayant rendues pénibles et difficiles, ils s'en firent dé charger, et elles retombèrent, de tous leurs poids, sur les avocats et les riches bourgeois.

Ce n'est pas tout, déjà en 1526 Géraud Labeau, boucher, ayant été» élu consul, avait, il est vrai, siégé en cette qualité; mais, soit modestie de sa part, soit opposition de ses collègues, il ne prit pas le chaperon, marque de la dignité consulaire, première atteinte à la liberté des élections et à l'égalité des citoyens.

En 1671 on fit nommer les consuls par M. Lecamus, intendant; en 1674 ils le furent par M. de Marle, qui était alors intendant; il fit la même chose en 1683; M. Desmarct, intendant, les imita en 1691. Cette même année le roi créa les charges de procureur du roi et de secrétaire-greffier près l'Hôtel-de-Ville. En 1699 et 1734 autres nominations des consuls par M. l'intendant; et enfin en 1764 édit pour l'établissement des maires et échevins dans toutes les villes du royaume. Le premier consul sera désormais appelé maire; les autres recevront la dénomination d'échevins. 1773, autre édit portant qu'à l'avenir les maires et échevins seront à la nomination du roi, et qui défend aux villes de les nommer à partir de cette année. Enfin, en 1781 les charges de maires et d'échevins sont devenues vénales, et ont été vendues et achetées comme suit:

1° Celle de maire, par M. Leygonic de Pruns, 5,000 liv.;

2° Celle de lieutenant de maire, par M. Carrière, conseiller....;

3° Celle de 1er échevin, par M. Claux, avocat, 1,200 liv.;

4° Celle de 2e échevin, par M. Croizet-Lassagne, procureur, 1,200 liv.;

5° Celle de 5e échevin, par M. Raulhac, marchand, 1,200 liv.;

6° Celle de 4e échevin, par M. Chahlat, procureur, 1,200 liv.;

7° Celle de procureur du roi, par M. Crozet-d'Auterive....;

o, .n.nn i> ( par M. Prince, marchand....;

8° et 9° Celles d’assesseurs par M;

10° Enfin celle de secrétaire-greffier de l'Hôtel-de-Ville, par M. Maurel, notaire.

Je m'arrête ; j'aurais trop à dire si je voulais exprimer tout ce que m'inspire la dégradation d'une institution autrefois si grande, si forte, si patriotique quand elle avait pour elle l'assentiment de toute la ville, quand elle la représentait réellement. Aussi bien nous voilà arrivés à la Révolution, et le temps d'en écrire l'histoire n'est pas venu encore. Laissons ce soin à nos enfants.