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lunion Article de PATRICIA OLIVIERI

Portrait de Jean-Baptiste Carrier, ce natif de Yolet (Cantal) dont le nom est resté associé aux massacres et noyades collectives perpétrés pour mater la Vendée contre-révolutionnaire.

Carrier ou la terreur de Nantes

Il est resté tristement célèbre dans l’histoire de la France révolutionnaire comme le “bourreau de Nantes”. Dans le dernier ouvrage qui lui est consacré, “Le Dossier Carrier”, son auteur, Abel Poitrineau, va même jusqu’à le considérer comme l’inventeur du crime contre l’humanité. Mais qui fut vraiment Jean-Baptiste Carrier, dit Carrier de Nantes, né le 16 mars 1756 à Similhac (actuel Semilhac), paroisse de Yolet ? Un fanatique de la cause révolutionnaire ou encore “une bête sauvage, un chien enragé, sans pourtant être un scélérat”, comme l’écrivait Michelet ? Deux siècles et demis plus tard la question reste posée...

Rien ne semble pourtant prédestiner ce fils de fermier exploitant des terres pour le compte du marquis de Miramon à Yolet, à une carrière politique, ni à devenir l’un des acteurs majeurs de la Terreur.

CARRIER

Après des études au collège des prêtres séculiers à Aurillac, il devient clerc du procureur de la cité géraldienne puis part à Paris étudier le droit, sans grand succès. De retour dans le Cantal, il se marie en 1785, achète une étude de procureur.

Celui que Marcel-Vincent Postic décrit comme “plutôt taciturne et assez obstiné” semble alors voué à une carrière dans les affaires procédurières rurales. Mais son office est supprimé en 1789. Il s’engage alors dans la vie politique et dans les Sociétés populaires.

Un Montagnard zélé

Le 5 septembre 1792, il est élu, non sans mal (au troisième tour avec 194 suffrages sur 370 votants), député du Cantal à la Convention. Il y choisit son camp, celui des Montagnards(1) et s’inscrit au Club des Jacobins. Fin 1792, il est nommé commissaire des Flandres et s’illustre l’année suivante à l’Assemblée lors du procès de Louis XVI en votant pour son exécution. Dès lors, il se forge une réputation d’intransigeant dénonçant à la Convention l’évêque Thibault du Cantal, puis une liste

d’autres “suspects, contre-révolutionnaires et conspirateurs” sur ses terres natales. Il prend part à l’établissement du tribunal révolutionnaire et est l’un des tout premiers à réclamer l’arrestation du duc Philippe d’Orléans.

À l’été 1793, il est envoyé en mission en Normandie puis à Rennes pour y prévenir et réprimer les rébellions et organiser la chasse aux fédéralistes girondins en fuite. Si comme l’écrit Abel Poitrineau, “à Rennes, il n’a pas fait marcher la guillotine”, il y mène une répression efficace et semble selon ce même auteur déjà songer à des mesures “radicales” contre le clergé réfractaire, préconisant dans ses correspondances la déportation systématique des prêtres non jureurs.

Nantes martyr

“Toute la ci-devant Bretagne, considérée en masse, n’offre qu’un miroir vacillant d’une mer agitée. Une commotion contre-révolutionnaire menace d’éclater de toutes parts...” : la description faite par Carrier au Comité de salut public convainc ce dernier de l’envoyer en mission “sur le champ” à Nantes pour y mater la révolte vendéenne dans une ville en proie à la famine.

Il y établit un comité révolutionnaire et forme une brigade de police politique, le “groupe Lamberty” et la “légion de Marat” encore appelée les “hussards américains” (du fait de la présence dans leur rang d’anciens esclaves ou colons de Saint-Domingue) qui vont multiplier les exactions. On dira beaucoup de choses sur les massacres et sévices supposément commis sous les ordres de Carrier durant les quelques mois de sa mission à Nantes, notamment les fameuses noyades collectives dans la Loire par “déportation verticale” (voir ci-dessous). Une chose est cependant établie : au total, sur les 13 000 prisonniers détenus à Nantes, environ 10 000 furent tués : dont 4 000 à 5 000 noyés, 2 000 environ fusillés ou guillotinés, les autres mourront du typhus ou d’autres maladies.

“Faites empoisonner les sources d’eau, le pain que vous abandonnerez à la voracité de cette misérable armée de brigands”, écrit-il à ses collègues et aux officiers. “Il vous est ordonné, écrit-il également au général Haxo, d’incendier toutes les maisons des rebelles, d’en massacrer tous les habitants et d’en lever toutes les subsistances”...

Sous ses ordres, la Terreur n’a plus de limites, mais sans doute trop sûr de son immunité, il va précipiter lui-même sa chute en faisant arrêter 132 notables de Nantes expédiés à Paris avec ordre de les faire disparaître. Une décision qui scelle le destin du “missionnaire de la Terreur”, selon une autre formule de Michelet.

PATRICIA OLIVIERI

(1) Adversaires de la monarchie et favorables à un régime centralisateur.

De la “déportation verticale” aux “mariages républicains”

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(1) Peinture de J. Aubert 1882.

ON ATTRIBUE à Jean-Baptiste Carrier durant les 100 jours de sa mission à Nantes la systématisation des exécutions des prisonniers (nombreux après les succès militaires remportés contre les Vendéens en 1793) et rebelles, mais aussi des prêtres. Carrier aurait ainsi mis au point un procédé de “déportation verticale” consistant à les noyer en les embarquant sur des gabares équipées de trappes (bateaux dits “à soupapes”). Il aurait également multiplié la célébration de “mariages républicains” : les condamnés attachés dans le dos, deux par deux (de préférence un homme et une femme, nus), étaient ensuite jetés dans la Loire ; il aurait aussi fait guillotiner des enfants, organisé des orgies avec la participation forcée de suspectes... Si les accusations formulées par ces contemporains le décrivent comme un monstre sanguinaire, plus tard certains tenteront une réhabilitation partielle, sans que pour autant, plus de deux siècles plus tard, les historiens ne s’accordent vraiment sur l’homme et son action.

La chute de Carrier

Rappelé à Nantes en février 1794, Jean-Baptiste Carrier et deux de ses complices sont condamnés quelques mois plus tard lors du procès du Comité de Nantes.

Dans son “Dossier Carrier”, Abel Poitrineau, professeur honoraire de l’université Blaise-Pascal (Clermont-Ferrand), a compilé les lettres adressées notamment par Jullien de Paris, fils du député de la Drôme à la Convention, au Comité du salut public et à Robespierre, dénonçant la folie meurtrière de Carrier.

Rappelé à Paris le 16 février, a priori à sa demande, il n’est d’abord pas inquiété : il est nommé secrétaire de la Convention et participe à la chute de  Robespierre fin juillet 1794.

Mais il va commettre un nouveau faux-pas en désignant les Thermidoriens. Ces derniers, sur la base de témoignages accablants du Comité révolutionnaire de Nantes, décrètent son arrestation le 3 septembre 1794.

Après l’acquittement des notables nantais qu’il a fait transférer à Paris, Carrier est lui-même jugé lors de ce procès nantais confus et chargé par ses ex-complices. Condamné le 17 novembre 1794, il est guillotiné en place de Grève le 16 décembre de la même année Seuls deux de ces collègues, Lamberty et Fouquet, le suivent dans ce sort.

En savoir plus

“Le Dossier Carrier” d’Abel Poitrineau, édité à compte d’auteur en 2010 ; Carrier et la Terreur à Nantes de Marcel-Vincent Postic (éd. L’Harmattan) ; Carrier et la Terreur nantaise (Jean-Joël Brégeon, éd. Perrin).

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