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JEAN ROUSILHE

Le plaisir de travailler pour les autres.

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Agriculteur, minotier, restaurateur, ambulancier, éleveur, jardinier, bûcheron, voyageur…

Jean Rousilhe a su remplir sa vie, consacrant même du temps à ses concitoyens en devenant conseiller municipal.

Jean Rousilhe naît à la Trousseyrie de Pers en 1930. Dès qu’il obtient son certificat d’études, il travaille à la ferme familiale. Le 1er mai 1949, il part en Allemagne pour son service militaire qui durera 18 mois. C’est son premier voyage. « J’ai été affecté au mess des officiers» se souvient il « où j’ai beaucoup appris sur la restauration. Je ne pensais pas que cela me serait utile un jour ». A son retour, il entre à la minoterie du Rouget. « J’y étais bien » affirme-t-il. Marcelle Teil, propriétaire de l’hôtel des Voyageurs, lui déclare un jour : « Jeannot, nous allons arrêter nos activités. Il faut que tu reprennes l’affaire ». Comme tout se sait très vite dans un village, le père du patron de la minoterie l’appelle : « viens dans mon bureau. Prends un crayon. Compte ». Il lui fait alors la liste des difficultés, réparations et charges et conclut : « tu ne pourras pas t’en sortir mon petit ». Après une nuit sans sommeil, avec l’accord de Denise, qu’il a épousée en 1955, Jean signe quand même le contrat de gérance de l’auberge. « Nous avons du emprunter pour payer le premier loyer ». L’hôtel compte alors trois chambres et une petite salle à manger. Les deux premières années sont difficiles. « Pendant quatre mois nous ne servions que trois ou quatre repas par jour. Nous ne pouvions pas vivre ainsi. Je décide alors d’acheter une voiture pour faire taxi et organiser des excursions pour les clients des hôtels des environs. Je leur faisais découvrir la région ». Comme il n’y a aucune ambulance sur le canton de Saint Mamet, ni celui de Maurs, Jean Roussilhe ajoute ce service. L’ambulance se transforme, en ajoutant des sièges, en véhicule capable de transporter les footballeurs. Bientôt il propose un service de ramassage scolaire en direction de Maurs. « Au retour j’emmenais les enfants vers l’école de Quézac où l’instituteur, Monsieur Fabre, avait été un des premiers à organiser le transport des élèves . Tout de suite j’ai eu beaucoup de travail. Nous avons trouvé là une respiration financière ». Petit à petit la clientèle du restaurant s’est accrue. Un premier repas de mariage est suivi de nombreux autres, servis en ce temps là midi et soir. En 1958 il achète la maison voisine qui permet d’accueillir plus de clients. En 1964, l’occasion lui est off erte d’acheter le café qui fait face à l’hôtel. Il y installe un gérant. En 1969 c’est le terrain de Côte Rouge qui va permettre à celui qui dit « j’ai toujours aimé la terre » de créer un grand potager, en même temps qu’un verger. Là haut il va élever poules, canards, oies, lapins et même deux ânesses. Comme si cela ne suffisait pas, il va devenir propriétaire d’une dizaine d’hectares de forêt où il ira abattre les arbres, les tronçonner, puis fendre des bûches pour l’hôtel et d’autres qu’il vendra. Il confirme : « j’ai toujours eu besoin de travailler ». Chaque année il emmène sa famille en vacances, avec Raymond, l’ami de toujours, dans les Alpes et même en Yougoslavie, mais surtout en Bretagne. « Nous avons tout vu de Concarneau à Perros Guirec où j’avais un ami, hôtelier lui aussi ». Là encore il travaillait : « j’enprofitais pour étudier les cartes des restaurants et trouver des idées pour le développement de mon hôtel ».

L’accident.

Un lourd silence s’installe. Tassé sur sa chaise, Jean Rousilhe reprend d’une voix brisée: « en 1970, alors que nous venions de chercher nos enfants en vacances au pays basque avec notre ami Raymond Souquières, un automobiliste est venu percuter la voiture qui roulait devant la nôtre, où étaient Denise, ma femme, Isabelle, notre fille et Christian, notre fils aîné. Tous trois ont été tués ». C’est le travail qui permet au quadragénaire de ne pas trop penser. « Comme il était difficile d’assumer seul l’éducation de mes fils Gérard, 12 ans, et Adrien, 8 ans, la gestion de l’hôtel et le taxi, j’ai décidé de refaire ma vie». Jean épouse Thérèse Escuroux, veuve et mère d’Agnès. Ensemble ils auront un fi ls, Serge.

roussilhe2Jean et Serge Rousilhe en 1980

C’est alors qu’un client, subdivisionnaire DDE à Laroquebrou, lui dit : « ce terrain près de votre auberge n’est pas fait pour planter des choux ». Jean Rousilhe et son épouse décident de construire un hôtel de trente chambres en 1972. Il est classé deux étoiles. « Tout de suite nous avons refusé du monde. Les clients étaient des habitués qui devenaient des amis ». Il évoque parmi eux l’acteur de cinéma, père de Claude Nougaro, qui, pendant des années, a chanté le soir pour les autres pensionnaires réunis. En 1990 ils achètent le fonds de commerce dont ils ne sont que gérants, puis l’immeuble de l’auberge. « Nous avons beaucoup travaillé avec l’aide de nos employés, jusqu’à quinze certaines années » déclare-t-il. Gérard suit des cours au lycée hôtelier de Toulouse. Il fait un stage chez Lenôtre, à Paris. Pendant son service militaire, il est le cuisinier particulier du général commandant la place de Paris. A 23 ans il revient travailler près de son père. « En 1997 nous lui laissons la gestion de l’hôtel restaurant. Serge prend le taxi, c’est lui qui nous avait mis le pain à la bouche ».

roussilhe3 Thérèse et Jean Rousilhe

Servir.

Certains évoquent les hommes politiques « grands serviteurs de l’Etat », d’autres les militaires qui ont « servi la Patrie ». On parle des fonctionnaires « au service de leurs concitoyens ». Raymond Souquières disait de son ami Jean : « Il a consacré sa vie au service de tous ». Chaque matin il était le premier au bar pour le café de ceux qui allaient au travail. Il partait ensuite conduire les enfants à l’école, les malades à l’hôpital ou les touristes à leurs visites. C’était alors le moment de l’approvisionnement de la cuisine (souvent avec des légumes qu’il avait plantés et récoltés à Côte Rouge). « C’est toujours moi qui me suis occupé des approvisionnements, pour le bar comme pour la cuisine. Chaque jour je trouvais un nouveau menu tout en conduisant le taxi ». Venait l’accueil des clients du restaurant. En permanence il fallait veiller au service, s’assurer que chacun des employés était à son poste, ponctuel et efficace. « J’aimais faire plaisir. Il fallait que mes clients repartent contents du moment passé chez nous ». La journée s’écoulait ainsi, et les journées se sont succédées. Jean Rousilhe était là. Toujours. Pour le bien être de tous. Sandrine Hermentier, qui depuis l’âge de deux ans, a passé toutes ses vacances à l’hôtel Rousilhe déclare : « c’était le paradis ! ». Cette parisienne venue vivre et travailler au Rouget depuis la vente du café familial évoque « cet endroit où se sont toujours rassemblés les jeunes. Au retour des sorties et des bals nous étions accueillis par Jean avec la soupe au fromage et le jambon du pays ». Si on ajoute ses activités d’élu, l’aide apportée à ses enfants pour leur entrée dans la vie active, alors oui ! On peut dire que Jean Roussilhe a bien servi

 

La retraite

roussilhe4 Jean Rousilhe au Fer de la mule en 1991

 

Le retraité dit « je ne fais plus rien ». Rien c’est encore, pendant des années, prendre en charge les courses que Serge ne peut pas assurer, c’est être le premier levé chaque matin pour ouvrir le bar, c’est s’occuper d’un immense potager au Fer de la Mule, élever des volailles, des lapins, des ânesses. Rien, c’est encore et toujours travailler. La maladie l’obligeant à cesser la plupart de ses activités, il regrette « ce qui m’ennuie le plus, c’est de plus pouvoir travailler ».

Texte de Jean Claude Champeil extrait de son livre "Des Vies Cantaliennes"