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Le passé d'Arpajon sur Cère

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   Chapitre extrait de l'Educateur Syndicaliste du Cantal (octobre 1957)


« Arpajon a un noble passé. Son nom même, arce pagus, le bourg du Temple, participe de la beauté latine.

Mais il fut habité bien avant que l'aigle romaine n'eût été plantée dans son sol.

Une terrasse s'étend vers le sud-ouest, entre la Cère et la Jordanne.

Dans les graviers de cette dernière, Rames, Aymar, ont trouvé les armes en pierre des premiers habitants du Cantal.

Cela remonte à une antiquité fabuleuse : dix mille ans peut-être. Le pays était autre alors.

Ses rivières ont, depuis, creusé leur lit de 20 mètres. Des animaux qui y vivaient, les uns, - comme l'éléphant velu, le mammouth, dont les ossements ont été extraits de la sablière de M. Bouniol, - sont éteints à jamais ; d'autres - le renne, - ont émigré vers le nord ; d'autres encore, - l'hyène, - vers le sud.

Arpajon a été habité aussi par les envahisseurs orientaux qui usaient d'armes en pierre polie.

M. Aymar a fait connaître de nombreuses stations occupées par ces hommes néolithiques. Leurs outils gisent au pied de la terrasse, sur une petite plage de la Cère que domine le hameau du Vert.

Arpajon est baigné d'eaux chantantes et claires. Le sol y est fertile, généreux de blé à qui lui donne son travail.

La fraîcheur de ses prairies effleure les yeux d'une perpétuelle caresse. Des collines barrent sa route au vent froid. Elles sont blanches comme la falaise méditerranéenne et empruntent quelque chose à la fierté de ses lignes.

Il a suffi de cela pour que les compagnons de César y érigent leurs foyers et leurs dieux.

Combien de menus objets recueillis partout, dans ce sol si riche de souvenirs !

Médailles à l'effigie de César dictateur, effigie de tous les empereurs jusqu'à Gallus et Probus ; bustes-pendeloques en argent ; fibules en cuivre ; pinces à épiler ; longues épingles à échafauder de savantes chevelures féminines ; styles à écrire ; clochettes de bronze ; petits instruments de toilette balnéaire ; cuillers en plomb ; couteaux à manches incrustés d'émaux polychromes ; cassolettes ; fioles en verre irisé par le temps, d'un galbe fier et souple ; urnes cinérai¬res ; moulins à bras ; tuiles à rebord ; stèles. Et surtout ces blanches figurines de Lezoux, nos Tanagras arvernes, délicieusement naïves et gauches : Vénus aux cheveux divisés sur le front, formant bouffettes sur les oreilles ; Minerves casquées, revêtues de l'égide à tête de Méduse ; bustes d'artisans gaulois, au chef couvert de la cucule nationale ; jeunes mariés pressant sur leur coeur le lapin, symbole des unions fécondes ; impératrices mitrées ; dieux lares ; animaux familiers, chiens, coqs, poules : mille objets usuels, mille parures de foyers modestes qui évoquent, avec un charme pénétrant, l'intimité d'une époque heureuse de sa longue paix, et une civilisation sans doute égale à la nôtre mais à jamais évanouie. »

(P. Marty : Journal du Cantal, 29 février 1912).