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1.19 2

Lorsque le jour se lève, Dunant se lave au robinet de la plage. Le ciel est dégagé. La chaleur est déjà pesante. Il décide de marcher vers Cora, le supermarché en bordure de la ville. Puisque c’est un self, il décide de se servir. Il mange quelques fruits et un gâteau. Les pertes sont incluses dans les prix affichés. Il débouche une bouteille de whisky, du meilleur, qu’il avale goulûment.

Deux mains se posent sur ses épaules. Arraché au sol, il est emporté vers une issue de secours. Un grand rouquin et un Cafre athlétique lui font face.

« Paie ce que tu as pris. Allez ! Sors ton fric ! »

Dunant lève les bras en riant : « trop tard les gars ! On m’a déjà tout volé. »

Un coup violent porté à l’estomac le projette au sol cassé en deux. Un pied le retourne. « Vide tes poches minable ! Non ! Mets-toi à poil ! On verra ce que tu caches. »

Il n’est pas de taille à affronter ces deux costauds. Il défait sa chemise et laisse glisser son pantalon.

« Le slip aussi. C’est lui qui vous sert de planque. »

Il enlève son dernier vêtement qu’il retourne. Un pied frappe son dos alors qu’un poing l’atteint au ventre. Une volée de coups s’abat sur lui qui ne cherche même plus à se protéger.

Projeté hors du bâtiment, il reste prostré contre le mur.

Il parvient enfin à s’asseoir et enfiler son pantalon. Son slip a disparu. Sa chemise est déchirée.

Dunant s’allonge à l’ombre des palettes.

La peur le gagne.

Il est au fond. Plus un sou. Des vêtements hors d’état. Il ne peut plus se présenter nulle part.

Le bruit d’un moteur le met sur ses pieds. Les palettes tombent autour de lui, poussées par un engin. Rien ne l’attache à la vie, sauf cet instinct qui le fait courir malgré ses douleurs. Il est resté des heures allongé au soleil. Sa peau est brûlée.

En recherchant l’ombre, Dunant marche vers le camion de Smet. Il récolte les bouteilles, les papiers gras et les barquettes vides qu’il pose dans une poubelle. Un groupe de jeunes lui jette les barquettes qu’il ramasse en silence. Ils sont ravis de voir ce blanc chercher leurs déchets à quatre pattes.

« Laissez-le ! C’est un paumé » intervient un adulte assis à une table.

Forts de leur nombre, les jeunes rient : « va l’aider mon frère. Ce blanc te le rendra. »

Smet ne dit rien. Ce sont des clients. Ils reviendront peut-être.


Assis sous un vacoa, face à l’océan, Dunant apprécie son sandwich. Il observe le jeu des vagues qui se brisent sur la barrière de corail et viennent poser leurs dernières rides sur la plage.

Lorsqu’il s’adosse à un arbre la douleur l’arrache à sa contemplation. Son dos brûlé ne supporte pas le contact du tronc. Il faudrait qu’il se soigne. Son nez est douloureux, peut-être cassé. Une de ses dents bouche lorsque sa langue l’effleure.

Il ne peut pas revenir à l’hôpital où on le reconnaîtrait peut-être. Il irait en prison.

Il n’a plus qu’à attendre.

Attendre que ses douleurs s’estompent. Son corps lui a toujours obéi. Il a toujours su dominer la souffrance, même après un match de rugby un peu rude ou une bagarre avec un client excité. Il est seul et personne ne le soignera. Il pourrait mourir sans éveiller le moindre intérêt.

Il n’est rien.

Un chien.

Un crabe.

1.20 3

Des centaines de personnes passent devant lui sans qu’une seule ne lui propose de l’aide. Il se souvient que lui-même ne s’intéressait jamais aux mendiants si ce n’est pour les faire chasser.

Ce n’était pas son problème.

Il payait des impôts.

Il doit s’en sortir seul.

Il remonte vers la ville et parcourt la rue des Bons Enfants, emplie de touristes et de promeneurs.

Il lui faut de quoi se vêtir et faire sa toilette. Il voit bien qu’on le surveille avec son allure d’épouvantail. Il s’assied au bord du trottoir et observe les passants.

Un couple de touristes aussi brûlés que lui s’approche. La femme lui tend un billet de vingt euros.

Trop surpris, il ne remercie même pas.

« Soignez vous. Allez dans une pharmacie. »

« Il ne te comprend pas. Ce doit être un Petit Blanc qui ne parle que créole » dit son compagnon.

Dunant éclate de rire. Mendiant ! Et créole ! Ils sont peu observateurs. Son dos brûlé aurait dû leur faire comprendre qu’il n’est pas né ici.

L’idée est bonne. Dès qu’il voit des touriste il tend la main : « pour me soigner s’il vous plaît. »

Et ça marche.

Vingt centimes, parfois cinquante ou même un euro. Il achète un pantalon, une chemise et un rasoir. Pendant que le vendeur s’affaire pour lui faire un paquet, Dunant enfile une paire de chaussures qu’il ne paie pas.

Il revient à la plage pour se raser, se laver et s’habiller.

Á la pharmacienne qui l’accueille, il dit qu’il est tombé dans les rochers. Ils parlent ensemble de la France. Elle refuse son argent : « je vous en prie. C’est mon métier. Vous emporterez j’espère un bon souvenir de mon île. »

Une chemise et un brin de toilette suffisent à changer le regard des gens. Apparence ! Les relations humaines ne sont fondées que sur les apparences. Il a un autre statut.