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1.13 24

Le camion-bar de Smet est en piteux état. Une tôle volante a ouvert une brèche dans le rideau où la pluie et le vent se sont engouffrés.

Francis range les tables et la terrasse avec Denis.

« Alors tu t’es bien reposé pendant que nous remettions l’hôtel en ordre ? »

« Denis ne vous a pas dit ? J’ai été attaqué. Je sors de l’hôpital. Mais je vais un peu mieux. Je pourrai reprendre le travail demain. »

« Je n’ai plus besoin de toi. Je me suis débrouillé en ton absence. Je voulais depuis longtemps engager une femme. C’est mieux pour les clients. Grâce à ton départ j’ai pu le faire. Tu peux chercher du travail ailleurs. »

« Mais vous ne pouvez pas ! Tu n’as pas le droit ! »

« Oh ! Le droit ! Autant que toi quand tu renvoyais une fille parce qu’elle ne voulait pas coucher avec toi. »

« Tu veux te venger… »

« Même pas. Mais je n’ai aucune raison de m’apitoyer sur ton sort. Tu ne le mérites pas. »

Une jeune blonde portant un petit tablier blanc arrive : « Francis. Quelqu’un veut retenir dix repas pour ce soir. Est-ce possible ? Veux-tu lui parler ? »

« Oui. Je viens. Va te reposer un peu. Le plus urgent est fait. »

« Voilà la spécialiste qui prend ma place ! Je vois que tu as bien appris. Elle aussi connaît ton lit. »

« Qui est-ce ? » demande la jeune fille.

« Dunant. Je t’en ai parlé. Celui qui a été mon patron en France. »

« Enchanté de vous connaître » ricane Dunant.

« Que vous est-il arrivé ? D’où viennent ces blessures ? » demande-t-elle.

« Je me suis fait rosser et dépouiller du peu que je possédais. Et maintenant vous me prenez mon boulot. »

« Francis il faut faire quelque chose. Je ne peux pas… »

« D’accord. Tu verras s’il mérite ta pitié. » Il se tourne vers Dunant : « je veux bien te prendre pour la plonge et en renfort de cuisine. Sois là à dix-huit heures. Tu auras quinze euros par jour. »

Dunant domine son envie d’insulter Francis : « vous pouvez compter sur moi. Excusez-moi pour ce que j’ai dit tout à l’heure. »

Francis entraîne la jeune fille qui l’embrasse en le remerciant.

« As-tu vu Ary ? » demande Denis.

« Il n’était pas rentré au début du cyclone. »

« Personne ne l’a revu. On croyait qu’il s’était abrité à l’école comme les autres fois. S’il cuvait son rhum sous un arbre…ça devait lui arriver un jour. J’ai vu ce qu’il reste de la case. Où vas-tu habiter ? »

« Je ne sais pas. Je vais voir Smet, le patron du camion-bar. »

Dunant s’éloigne vers la plage.

Des voitures circulent autour des branches et autres détritus.

Les agents municipaux, de l’Équipement, d’EDF, des Télécoms s’affairent partout.

Smet est devant son camion.

« On m’a dit que ta case était démolie. Je te croyais disparu. »

« J’ai passé quelques mauvais moments dans le cyclone. Des salauds venaient de me tabasser pour me prendre mon argent… »

« Tu n’es pas le seul à avoir des problèmes. Regarde. Il va falloir tout réparer. On m’a fauché mon stock. Nos projets en ont pris un coup. »

«Tu n’es pas assuré ? »

Smet part d’un rire sans joie : « Assuré ! Elle est bien bonne ! Qui accepterait d’assurer une épave sans protection ? »

« Et le camion-pizza ? »

« Ça va. Il n’a pas trop souffert. Ici c’est une saleté de tôle que le vent a projetée sur le camion. Il faut que je soude une plaque sinon tout va disparaître.

« Je pourrais coucher à l’intérieur. Ça arrêterait les voleurs. »

« Ce serait bien. Mais je n’ai pas les moyens de te payer. »

« Je ne te demande rien. Je n’ai nulle part où dormir. Ça me fera un abri. Je serai ton chien de garde. C’est la première étape vers la fortune. Je mettrai ça sur mon C.V. « Chien de garde pour camion la nuit et plongeur le jour » si j’ajoute que c’était à la Réunion, les gens imagineront un aventurier à la Cousteau. »

1.14 25

Á dix-huit heures, Dunant est à l’Hôtel de l’Océan. Côté cuisine, cette fois. Arrière-cuisine même. Il nettoie et récure les poêles et les casseroles, puis, le service avançant, les assiettes et les plats arrivent avec les verres, les fourchettes et les couteaux.

Il est plus de minuit quand Francis le libère en lui donnant huit euros : « tu n’as fait qu’une demi-journée. C’est ce que je te dois. »


La chemise blanche et le pantalon clair ont souffert de la plonge. Il devra les laver.

Smet l’attend : Fais gaffe. Il n’y a pas d’éclairage public. Le coin est plutôt sombre. Je ne peux pas laisser les lampes à gaz allumées toute la nuit. Je te prête une lampe de poche. Á demain. »

Une bouteille de bière dans une main et la lampe dans l’autre, Dunant s’allonge dans le camion. Il peut voir le ciel par le trou du rideau de fer.

Une silhouette se détache soudain. La lampe éclaire un grand Cafre surpris qui bondit en arrière. « Fous le camp ou je tire. Et ne reviens pas. Je serai là toute la nuit avec mon fusil. »

L’homme hurle des insultes et part en courant.

Dunant n’a pas peur. Il sent monter en lui une violence qu’il connaît bien. Il a eu souvent l’occasion d’affronter des ivrognes. Il sait où frapper. Les autres l’ont eu par surprise. Ici c’est lui le plus fort. Il est à l’intérieur.

Il installe deux canettes vides en équilibre. Un voleur les fera tomber.

Malgré la dureté du métal sur lequel il est allongé, il réussit à dormir. Personne ne vient. Le message sur le camion gardé par un fou portant un fusil a dû circuler.

Au lever du jour, sans perdre le camion de vue, Dunant se baigne dans l’océan. Un robinet utilisé par les marchands du samedi lui permet de laver l’eau salée.