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Il se lève, titube et retombe sur le matelas.

« Un cyclone est annoncé » dit Denis « le restaurant va être fermé pendant un jour ou deux. Après tu verras. Je t’ai apporté de l’eau et quelques fruits. Repose-toi. Je reviendrai te voir. »

Dunant replonge dans un sommeil comateux.

Tout tremble autour de lui quand il s’éveille. L’eau monte autour de son matelas trempé. Le vent vrombit dans les tôles dont un coin se soulève et bat. Tout son corps est douloureux. Sa tête est déchirée par le bruit. Il se roule en chien de fusil.

Des images se succèdent qui n’ont aucun sens. Sa villa d’Arcachon battue par les vents. Un orage dans les prés quand il était adolescent. Une mêlée de rugby effondrée sur lui qui hurle de douleur. Le froid et la peur le tétanisent.

Un pan de toit s’envole. Le vent et l’eau s’engouffrent en tordant les plaques qui s’arrachent une à une.

Dunant hurle sans couvrir le grondement de la tempête. La porte à peine ouverte est emportée elle aussi. Il est projeté contre le manguier au pied duquel il se couche. Il tire le tuyau pour l’enrouler autour de l’arbre et de son corps. Les trombes d’eau ruissellent en torrents. Dans les accalmies du vent il sent un grondement qui fait trembler le sol. Ce sont les arbres et les rochers roulant dans la ravine.

Il ne pense plus. Terrorisé, il étreint l’arbre et serre dans ses mains les deux bouts du tuyau.

Soudain c’est le calme.

Le ciel s’éclaire.

Lorsqu’il se redresse, Dunant voit le sombre flot vomi par la montagne. Le bruit du torrent dans la ravine est comparable à celui d’un train lancé à vive allure.

Tout est haché, tordu, déchiqueté. Des tôles s’enroulent autour des arbres. Des vêtements pendent aux branches dépouillées.

Après avoir défait les nœuds du tuyau, il descend vers la ville.

Partout les gens s’affairent, clouant tôles et planches. Des ruisseaux transforment les rues en rivières. L’océan roule des vagues hautes et sombres.

Un véhicule de pompiers s’arrête près de lui : «  ne restez pas dehors. Allez vous abriter » crie un Malbar.

« Je ne sais pas où aller. Tout est démoli chez moi. »

Le pompier l’aide à monter dans le véhicule qui le conduit à l’hôpital.

« Que vous est-il arrivé ? » demande l’infirmière en l’accueillant aux Urgences « ce n’est pas le cyclone qui vous amis dans cet état. »

« J’ai été agressé. Des voyous m’ont tout pris. »

Le médecin qui vient l’examine le rassure : « rien de cassé, mais on dirait que vous venez de passer dans un concasseur. Pourquoi n’êtes-vous pas venu plus tôt ? »

« Je ne pouvais pas bouger. »

« Votre famille… »

« Je suis seul. Ceux qui m’ont ramassé m’ont laissé dans une case en tôle que la tornade vient d’emporter. J’étais couché au pied d’un arbre en attendant la fin du monde. »

« C’est votre premier cyclone ? Vous êtes venu faire du tourisme ? »

« Oui. C’est mon premier cyclone. Et le dernier j’espère. Je travaille depuis plus d’un mois dans un hôtel. »

L’infirmière emmène Dunant dans une chambre : « douchez-vous. Je reviens faire les pansements. » Il repose bientôt sur le lit. Des agrafes ferment ses plaies du visage et de la hanche. Il est barbouillé de désinfectant. Des larmes coulent qui se perdent dans sa barbe naissante. On s’occupe de lui. Il n’est plus un animal abandonné.

Un homme entre pour descendre le rideau métallique de la fenêtre.

« Pourquoi faites-vous ça ? »

« L’accalmie est finie. Nous sortons de l’oeil du cyclone. La deuxième partie commence. »

Il a entendu parler de cette histoire. Il se souvient des superbes images de ce phénomène à la télévision.

Le cyclone ! Il y est depuis des mois entre les successions de violence et apaisement.

Le vent rugit subitement. Les trombes d’eau déferlent. Même s’il se sent protégé derrière les murs de béton, il ne peut s’empêcher de frissonner.

S’il était resté là-bas !

Que va-t-il faire demain ? Ils vont savoir qu’il n’a pas les moyens de payer ni aucune couverture sociale.

Un engourdissement dû aux médicaments l’entraîne doucement vers le sommeil.

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Le rideau qui se relève ramène Dunant à la réalité.

« C’est fini » dit un jeune homme vêtu d’une blouse bleue « au moins pour celui-là. Nous en aurons sans doute d’autres dans les semaines à venir. »

« Vous en êtes sûr ? »

« Non. Personne ne le sait. Certaines fins d’été il y en a trois ou quatre et d’autres fois aucun. Sans être très fort, celui-là a causé pas mal de dégâts. »

Allumant le téléviseur il ajoute : « nous allons bientôt avoir les images de ce qui s’est passé. »

Dunant se lève pour aller aux toilettes. Il se sent mieux. Les heures de sommeil ont atténué ses douleurs.

Un journaliste annonce que l’alerte est levée. D’importants dégâts sont visibles, particulièrement dans le sud de l’île. De nombreuses habitations sont détruites. On compte déjà quatre disparus.

Dunant se demande s’il fait partie des disparus. Qui aurait pu signaler son absence ou celle de son hôte? Ary a dû chercher un abri plus sûr avant l’arrivée du cyclone.

Une jeune femme entre. « Bonjour monsieur. J’ai besoin de quelques renseignements pour votre admission. Avez-vous votre carte d’assuré social ? »

« J’ai tout perdu. J’ai d’abord été agressé. On m’a volé tous mes papiers et mon argent. Le cyclone est arrivé juste après. Je n’ai plus rien. »

« C’est ennuyeux mais nous allons retrouver les informations nécessaires. Les communications viennent d’être rétablies. L’ordinateur de la sécurité Sociale fera son travail. Votre nom s’il vous plait ? »

Dunant s’est préparé. Il n’a aucun intérêt à se faire connaître. Il a assez de dettes.

« Paul Hermant. »

« Votre adresse ? »

« 46 rue Victor Hugo à Dunkerque. »

« Votre date de naissance ? »

« 14 avril 1954. »

« Profession. »

« Agent d’assurance. »

« Vous avez une mutuelle ou une caisse complémentaire ? »

« Non. »

« Je vous remercie. Avec ces informations je vais pouvoir constituer votre dossier d’admission. Je reviendrai d’ici une heure ou deux. Reposez-vous. »

Elle croise en sortant une jeune femme qui pousse un chariot chargé de plateaux-repas.

« Bonjour monsieur. Ça va mieux ? »

La mince Cafrine, moulée dans sa blouse rose, lui sourit.

« Bonjour mademoiselle. Je vais mieux depuis votre entrée. »

Le rire joyeux accompagne le départ de la visiteuse.

Dunant se dit que la vie est facile pour les citoyens reconnus. Il en a profité. Il retrouvera ce monde.

Il mange avec plaisir le léger repas. Prolonger son séjour ne peut lui amener que des désagréments

Il doit partir.

Il sort dans le couloir, vêtu se son pyjama blanc. Une porte « réservé personnel » l’attire. C’est un vestiaire. Il enfile rapidement une chemise blanche et un pantalon beige. Des chaussures de toile complètent sa tenue. En fouillant les autres vêtements il trouve quelques pièces qu’il empoche.

Il se sent bien un peu faible en retrouvant la rue, mais il décide quand même de s’éloigner rapidement.

Partout les gens s’affairent. Ils entassent sur les trottoirs les branches et les morceaux de tôle, ainsi que les objets brisés apportés par le vent et le ruissellement des eaux.