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Il lui faut une chemise. Il parcourt la rue des Bons Enfants et emporte ce qu’il cherche pour cinq euros. Il va devoir trouver une solution pour ses vêtements. Il pense aux animaux qui circulent sur son matelas, aux maladies…il ne s’est même pas renseigné en partant. Tout avait si peu d’importance…

Denis est au bar avec un bras en écharpe. Sa moto a été heurtée par une voiture qui ne s’est même pas arrêtée.

« Je suis resté KO jusqu’à ce que l’ambulance me dépose à l’hôpital. J’ai le bras cassé. C’est tout. Je ne pourrai pas conduire pendant un bon moment. De toutes façons ma moto est foutue. Elle a été mise en pièces pendant que j’étais à l’hôpital. Mes frères n’ont retrouvé qu’une épave. »

« Tu te mets en congé ? »

« Non. Francis veut bien me garder. Je pourrai m’occuper du bar et peut-être aider au service. Mais pour le ménage… »

« On se débrouillera. Il faut que tu gardes ta place et ta paie. »

« Oh ! Ma paie ! Il m’a annoncé que je n’aurai que la moitié puisque je ne travaillerai pas à fond. Il faut que je rembourse l’hôpital. »

« Tu n’es pas assuré ? Il ne te déclare pas ? »

« Je travaille au noir. Et toi ? Tu es en règle ? »

« Non. Mais je viens d’arriver. Je ne vais pas rester là longtemps. »

« C’est toujours comme ça ici. Tout le monde le sait et personne ne fait rien. En France tous les salariés sont en règle. Ils sont couverts en cas de maladie ou d’accident. »

Dunant ne répond pas. Il pense à tous ceux qu’il a employés illégalement. Certains étaient demandeurs d’emploi et bénéficiaient de la sécurité sociale, les autres…ils étaient jeunes…les parents devaient les aider. Ceux qui étaient seuls…

Après le déjeuner, Dunant va boire un café au camion bar. C’est jour de marché. Depuis le lever du soleil, les douze sièges sont occupés. Smet débite les bières, les rhums et les cafés.

Sur plus d’un kilomètre, la pelouse et les allées ombragées entre route et océan sont encombrées d’étalages chargés de fruits et de légumes, de volailles et de fleurs, et même de souvenirs made in Madagascar ou Indonésie, sur lesquels se précipitent les touristes avides d’authenticité réunionnaise. Les poulets rôtissent à côté des friteuses à samoussas et beignets.

Smet dit qu'il fait aujourd’hui le chiffre équivalent à celui du reste de la semaine. Dunant l’aide à servir les clients attablés. Vers seize heures, il ne reste que quelques touristes.

« Merci. C’est vrai que tu connais le boulot. Le samedi je prends un jeune pour m’aider. Il m’a laissé tomber. On ne peut jamais leur faire confiance. »

« Quand je m’occuperai de ton camion pizza je pourrai être ici le samedi matin. »

« On n’en est pas encore là. Il manque les autorisations. Quand je pense aux risques et aux soucis… »

« Nous pourrions nous associer. »

« Tu as de l’argent ? »

« Tu prendrais ma part sur mon salaire. »

« Il fait payer le camion et son équipement. »

« Combien ? »

« Cinq mille euros pour le camion et autant pour le four et le reste de l’équipement. »

Dunant sourit en pensant à ce qu’il gagnait avec sa brasserie. Il n’a aucun moyen de se procurer cette somme dérisoire.

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« Et les banques ? »

« Tu en connais une qui prête aux pauvres ? »

« Tu n’es pas pauvre. Tu as tes deux camions. »

« Tu crois que ça impressionne un banquier ? Cinquante pizzas à huit euros…tu enlèves les produits et les frais…c’est pas le Pérou. »

« Je suis sûr qu’on peut y arriver. Je vais économiser. Je suis nourri. Le logement ne me coûte pas cher. Je peux garder le reste. »

« Ne laisse rien traîner. Tout disparaît vite ici. Les petits loubards ont l’œil. Je me suis fait braquer trois fois déjà. »

« Je ferai attention. Je sais me défendre. »

Dunant rejoint l’hôtel. C’est vrai qu’il ne peut rien laisser dans son taudis ou à l’hôtel. Il faudra qu’il ouvre un compte. En attendant il gardera son argent sur lui.


Un mois déjà.

Il a appris qu’il n’a rien à redouter des animaux. Il n’y a ni fauve, ni serpent ni mygale. Les cafards courent sur son lit et les margouillats crient dans le noir. Ce ne sont que de petits lézards chasseurs de mouches dont les ventouses facilitent les déplacements sur les murs et au plafond. Les moustiques sont les seuls agresseurs avec les cent pattes. Ces sortes de gros mille pattes ont une morsure très douloureuse. Il devient moins sensible aux piqûres des moustiques. Un voile, posé sur le dossier des chaises de part et d’autre du matelas, lui sert de moustiquaire.

Smet est d’accord pour s’associer avec Dunant. Dans un an il aura la somme nécessaire. Tout sera possible.


La lune est masquée par de lourds nuages. La saison des cyclones approche. Les rares gouttes ne parviennent pas à rafraîchir l’air.

Dunant éteint sa lampe. Les obstacles lui sont connus.

Alors qu’il approche de la cabane, un bruit l’alerte. Au moment où il braque sa lampe, un objet le frappe à la tête. Il bondit sur son agresseur dont il écrase le nez d’un coup de poing. Ils sont plusieurs à l’agripper. Les coups pleuvent. De poing. De pied. De bois et de galets.

Dunant reprend conscience sur son matelas mouillé. La pluie fait résonner les tôles sous lesquelles elle commence à passer. Il tente de se lever et retombe aussitôt.

Denis est près de lui.

« Ils t’ont bien amoché. Ne bouge pas. »

« Qu’est-ce que j’ai ? »

« Je n’en sais rien. Je viens d’arriver. Ary m’a prévenu. Nous t’avons trouvé devant la case. »

« J’ai peut-être quelque chose de grave. »

« Tu n’es pas mort. C’est déjà ça. Tu es resté inconscient pendant plusieurs heures. Le plus dur est passé. »

Dunant bouge ses jambes et ses bras. Il a mal partout mais tout fonctionne.

« J’ai mal à la tête. Les salauds ont mis le paquet. »

« Qu’est-ce qu’ils t’ont pris ? »

« Merde ! Mon fric ! »

Il fouille son pantalon. S’énerve. Grimace de douleur et s’effondre en pleurant.

« Ils m’ont tout pris. Tout ce que j’avais gagné depuis que je suis là. »

« Tu n’as pas de compte en banque ? »

« Je me disais tous les jours que j’allais en ouvrir un. Mille euros pour un banquier c’est ridicule. J’avais peur des suites de ma faillite. Peut-être reste-t-il des sommes à verser à mes créanciers. Le fisc…J’avais tout sur moi. Ils m’ont tout volé. Je dois recommencer. »

« Avec la tête que tu as, ça m’étonnerait que Francis te reprenne. »

« Il le faut. Je resterai en cuisine. Je ferai le ménage. »