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Il se résout enfin à rejoindre Brigitte.

« Personne ne te reconnaîtra. Tu es un autre homme. »

« Celui qui est dans ma tête est très sale et barbu. Il se cache. Tout le monde le maltraite. »

Soutenu par le bras de la jeune femme, Dunant marche dans la rue. Il rase les murs et s’efface pour laisser passer ceux qui arrivent.

Brigitte lui tend une pièce d’un euro quand ils trouvent un mendiant assis sur le trottoir.

« Non. Toi. Donne-lui. »

Les yeux fixés devant lui, l’homme ne remercie même pas.

Á la mairie, c’est Brigitte qui répond à la plupart des questions.

« Nous vivons ensemble » dit-elle plusieurs fois.

Il a un toit et quelqu’un le protège. Lui qui n’existait que pour la police réintègre le monde ordinaire.

« Rentrons. Je suis fatigué. »

« Nous allons prendre un taxi. »

« Non. Je peux marcher. Un clochard ça marche tout le temps. »

« Regarde » dit-elle en s’arrêtant devant le miroir d’un magasin « tu n’es pas un clochard. »

Il ne lève même pas les yeux sur cette image qui n’est qu’un reflet de ce qu’il n’est pas.

« On dirait que tu as vingt ans » s’étonne-t-il en admirant le visage de Brigitte rosi par le froid.

Elle rit : « merci. Mais je me demande si tu n’as pas besoin de lunettes. J’en ai presque dix de plus. Même si les années de fac usent moins que celles que tu as connues, j’ai quand même vécu. J’ai appris. Dans les livres et auprès des gens. J’ai travaillé avec des handicapés. J’ai eu quelques…copains. Je ne me sens pas vieille, mais loin de mes vingt ans. »

Comme ils arrivent devant la porte de l’appartement, la jeune femme tend une clé : « tiens. C’est la tienne. J’avais oublié de te la donner. Tu es chez toi. Tu entres et tu sors quand tu veux. »

Elle ouvre un tiroir : «  L’argent est dans cette boîte. Tu prends ce qui t’est nécessaire. Ne te gêne pas. Je n’en manque pas. »

« Mais c’est à toi ! »

« Je me souviens de ma grand-mère qui avait toujours vécu à la campagne. Elle ne voulait pas de congélateur. Quand elle avait trop de haricots verts ou de poulets, elle en donnait à ses voisins. –Á quoi bon conserver- disait-elle- c’est meilleur quand c’est frais. Ses voisins lui donnaient aussi ce qu’ils avaient en trop. Pourquoi veux-tu que je garde l’argent ? Mes parents ont deux maisons. J’ai un salaire. J’aurai une retraite. Je ne m’intéresse pas aux actions, obligations et autres placements insensés. »

Il serre la clé dans sa main.

Elle est l’assurance d’un abri.

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Sylvie tend une flûte de champagne à Dunant qui revient dans son survêtement. Il s’excuse : « je me sens plus à l’aise ».

« Á la fin des mauvais jours ! Á l’avenir heureux ! » dit la jeune femme qui se sent soudain attirée, pas seulement par le malheureux qu’elle aide à se reconstruire, mais par l’homme.

Elle ne veut pas qu’il parte.

Il boit en fermant les yeux. Son visage se détend.

« Á nous deux ! » reprend-elle.

Il lui sourit. « Je te dois la vie. Je serai comme ton chien si tu veux me garder. »

Elle s’assied près de lui et caresse sa main.

Comme il laisse tomber son verre, tous deux se penchent. L’arcade de Dunant heurte le front de la jeune femme.

Brigitte court à la salle de bains pour soigner la petite coupure d’où perle une goutte de sang. Elle pose ses lèvres sur la joue en murmurant : « c’est guéri. »

Ses lèvres glissent jusqu’à celles de Dunant qui n’ose bouger.

Leur baiser les emporte. Ils font l’amour sur le divan sans même se dévêtir.

Elle caresse le visage qui se durcit soudain. Il souffle : « tu ne m’en veux pas ? Je ne recommencerai plus. »

« J’espère bien que si. C’était plutôt bien. Aurais-tu souffert de ce moment ? »

« Non. Mais je ne veux pas t’imposer… »

Le rire de la jeune femme tinte : « tu as eu l’impression de m’imposer quoi que ce soit ? Je pense que c’est plutôt moi qui ne t’ai laissé aucune chance. »

Elle se dévêt, ôte la veste et le pantalon de Dunant et l’entraîne vers la chambre. « Après tout, j’aime autant le lit. Il est trop grand pour toi tout seul. »

Le désir les emporte à nouveau.


Il fait nuit depuis longtemps.

Á la lumière qui vient de la rue, la jeune femme observe l’homme qui dort paisiblement. Ses sourcils se froncent soudain. Un gémissement transforme le visage qui exprime la peur et la souffrance.

Elle le caresse doucement. Il se détend. Sa respiration se calme.

Il a besoin d’elle. Plus que tous ceux qu’elle a connus. Sans elle il est perdu.

Elle lui donne la vie.

Comme à un enfant. L’enfant qu’elle n’aura jamais comme l’ont affirmé les gynécologues. Elle était de toutes façons trop sensible pour être mère. Elle évitera les nuits blanches et toutes les angoisses, les départs renouvelés et les multiples arrachements.

Elle est libre.

Libre de se donner et se reprendre.

D’aider puis repartir.