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1.55 12

Il fait couler la douche. Il frictionne longuement son corps et le savonne encore et encore. Il se détend peu à peu appréciant ce bonheur retrouvé. L’eau chaude ! Quel luxe !

Un rasoir l’attend sur le lavabo. Ses mains tremblent. Il se coupe souvent. Le poil trop long résiste à la lame. Il ne reconnaît pas ce visage osseux ni ces yeux enfoncés dans les orbites.

Derrière la porte, Brigitte demande : « Ça va ? Tu te sens bien ? »

« Oui. Oui. Tout va bien. »

Il doit s’asseoir pour enfiler son pantalon.

Il se laisse tomber sur le lit.

« Tu vas prendre froid » dit la jeune femme qu’il n’a pas entendue entrer « mets ta veste et viens au salon. Nous allons acheter des vêtements. »

« Je n’ai pas d’argent. »

«  Moi j’en ai. Tu me le rendras quand tu trouveras du travail. »

« Qui pourrait m’embaucher ? Je vais retourner dans la rue. »

Une larme qu’il ne sent pas descend sur sa joue.

« Reprends des forces et ta confiance reviendra. Tu sais faire tellement de choses. »

« Tu ne comprends pas. On me chasse partout…les coups…la police…depuis des semaines je trouve de quoi manger dans les poubelles…je dors dans des parkings ou des couloirs. Les chiens on les emmène à la fourrière et on les nourrit. Pas les hommes. »

« Tu resteras ici aussi longtemps que tu voudras. Tu me raconteras tout.»

Il se tait. Il veut profiter de ce répit. Après…après tout recommencera. Il le sait. La peur est toujours là qui lui noue l’estomac.

« Veux-tu que nous allions chercher des vêtements ? »

« Je suis bien comme ça. Je ne veux pas sortir. Dehors… »

Sa voix s’éteint.

« J’irai seule. Je vais t’acheter des sous-vêtements et des chaussures. Quelle est ta pointure ? »

« Quarante. Mais je n’ai besoin de rien. Je peux rester pieds nus. »

« Il faudra que tu marches. L’air te fera du bien. Veux-tu la télé pendant que je fais les courses ? »

Il ne répond pas. Brigitte lui place la télécommande dans la main avant de sortir.


Si elle veut qu’il ait des vêtements c’est pour qu’il reparte.

Elle va le chasser. Pourquoi s’occuperait-elle de lui ? Elle ne lui doit rien. Elle a sa vie.

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Que faire pour qu’elle le garde ?

Comment lui dire ?

Il lave la vaisselle, nettoie la salle de bains et refait le lit avec soin.

Il pourrait faire le ménage et la cuisine. Il mangerait peu. Il coucherait dans le débarras qui prolonge le couloir. Personne ne le verrait.

Brigitte le trouve en train d’étaler des journaux sur le sol du placard.

« Qu’est-ce que tu fais ? »

« C’est pour dormir. Je n’ai pas besoin de lit. Tu pourrais me garder. Je m’occuperais du ménage et de la cuisine. Quand tes amis viendront je resterai là. »

La jeune femme lui prend la main et l’entraîne vers le fauteuil. Sans lâcher les doigts qui tremblent, elle s’assied face à lui.

« Tu partiras quand tu voudras. Je ne te chasserai pas. Tu dormiras dans la chambre, je préfère le divan du salon. Personne n’a besoin de moi. Mes amis ne sont pas parisiens. Ils ont construit des vies dont je ne fais plus partie.

Laisse-moi t’aider. C’est tout ce que je te demande.

Nous parlerons.

Je ne serai pas seule.

Tu feras ce que tu voudras. C’est vrai que tu cuisines mieux que moi.

J’ai sans doute plus besoin de toi que tu n’as besoin de moi.

Je ne sais pas vivre seule.

Il faut que je me sente utile. C’est sans doute ce qui m’avait conduit vers Francis.

Tu retrouveras l’envie de te battre et de réussir. Tu auras ton bar ou ta brasserie. Je viendrai manger chez toi. »

Il ne dit rien.

Il peut rester. C’est la seule chose qu’il retient.

Loin de la rue.

Au chaud.

« Regarde ce que j’ai acheté. Ce n’est pas très beau mais tu choisiras quand tu voudras. »

Elle étale sur le canapé la chemise et les chaussettes, les slips et le pull over.

« J’ai trouvé un imperméable. J’espère qu’il est à ta taille. Essaie les chaussures. »

Elle est à genoux sur la moquette pendant qu’il marche.

Hier il était moins qu’un animal, un déchet, et voilà qu’une femme s’agenouille pour lui mettre ses chaussures.

« Merci. Si tu savais… »

« Ne me remercie pas. J’ai tellement de plaisir à tout ce que je fais…je serai si heureuse quand tu seras redevenu toi-même. »

« Me retrouver…c’est impossible…je me suis perdu…complètement. »

« Ce n’est pas possible. Pas en si peu de temps. »

« Tout ça dure depuis un an. Les échecs et les coups. Les abandons et les rejets. Le froid. La faim. Les flics. Je croyais que mon enfance m’avait fait fort et je me retrouve aussi faible, plus même que lorsque j’étais petit. C’est à croire que le malheur est fait pour moi. »

Elle ne veut pas l’interrompre. Elle sait qu’il faut qu’il parle. Sa guérison est à ce prix.