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Elle l’allonge sur le canapé.

Quelle maigreur !

Malgré le bain, des traces suspectes apparaissent au milieu des griffures et des cicatrices.

Comment se peut-il ? En aussi peu de temps…

Si le corps a souffert, l’esprit doit être lui aussi en piteux état.

Comment sont ceux qui survivent ainsi depuis des années ?

Combien sombrent dans la folie et à se laissent mourir ?

Et leurs compatriotes poursuivent leur vie comme si ces pauvres n’existaient pas. Ils vont en vacances et au cinéma. Ils font des banquets et visitent les restaurants gastronomiques. Ils festoient à Noël et pour les anniversaires. Ils ne savent pas qu’ils sont eux-mêmes au bord d’un précipice qui les attend peut-être.

Elle somnole dans le fauteuil quand l’ouverture de la porte des toilettes la fait bondir.

Il vomit.

Elle l’accompagne dans la chambre. Il s’effondre sur le lit en tirant le drap sur sa tête, comme pour se cacher.

La jeune femme s’installe sur le canapé pour regarder la télévision avant de s’endormir.


Le bruit de la douche et de la cafetière ne réveillent pas Dunant.

Lorsque Brigitte entre dans la chambre, il est toujours sous le drap. Il semble ne pas avoir bougé depuis plus de quinze heures.

Sa respiration est paisible.

Elle laisse un mot : « mange. Bois. Fais ce que tu veux. Je serai là à midi. »


Quand il ouvre les yeux, Dunant ne comprend pas où il est.

Il ne bouge pas.

Le réveil indique neuf heures.

Brigitte.

Elle va lui dire de s’habiller et de partir.

Que peut-il attendre de plus ?

Il lit le mot posé sur la table.

Après avoir bu un grand bol de café dans lequel il a trempé du pain beurré, il reste à rêver, la tête posée sur ses mains.

Un claquement de porte le fait bondir.

On vient le chercher.

Il va être chassé.

Comme rien ne se passe il retourne dans la chambre et tire à nouveau le drap sur son visage. Il a chaud. C’est comme quand il revenait de l’école et qu’il se pelotonnait sous son édredon pour oublier les enfants qui s’étaient moqués du pauvre mal vêtu.

Toute sa vie il a eu besoin de se retirer quelques heures, parfois quelques jours, oubliant tout.

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« Le déjeuner de Monsieur est servi. Si Monsieur veut bien venir à table. »

La voix joyeuse et le rire frais le rassurent.

Posant un survêtement gris sur le lit, elle dit : « c’est tout ce que j’ai osé choisir pour l’instant. Tu achèteras ce que tu souhaites pour tes sorties. »

« Mais je n’ai pas d’argent. »

« Moi j’en ai. J’ai ce que j’ai gagné à la Réunion. Comme mes parents veillent sur leur fille unique je ne manque de rien. Ce que tu portais était vraiment hors d’état. Je l’ai jeté. Tu me donneras ta pointure pour que je prenne une paire de chaussures. »

« Pourquoi fais-tu ça ? Tu ne me dois rien. »

« Oh ! Si ! Bien plus que tu ne penses. Grâce à nos conversations j’ai compris ce que devenait Francis. Le patron était si différent du jeune cuisinier que j’avais connu. J’ai surtout appris à me connaître. J’ai toujours eu besoin d’être utile. C’est sans doute la conséquence de ma vie d’enfant unique trop gâtée mais toujours seule. Allez ! Viens à table. »

La barbe et les cheveux longs ne parviennent pas à cacher son mauvais état général.

« J’ai demandé à un médecin de venir t’examiner. Tu as sûrement besoin de remontants. »

« Merci » dit-il en s’installant devant son assiette.

Elle n’ose pas l’interroger. Elle raconte son départ de l’Hôtel de l’Océan. Elle évoque Smet. Elle décrit ses recherches. Elle parle de son nouveau travail.

Il ne l’écoute pas. Il est reparti vers un ailleurs vide et cotonneux. Il voudrait retourner se coucher mais il ne veut pas la mécontenter de peur que le miracle ne se brise.

« Va t’allonger en attendant le médecin. »

Il se terre dans le lit.

Le médecin ? Pourquoi un médecin ? Il n’est pas malade.

Si c’était celui qu’il a fui sans payer ?

Si on décidait de l’hospitaliser ?

Il somnole sous son drap. Il a trop chaud dans son survêtement mais reste dans son abri jusqu’au moment où une main tire le drap. Un homme jeune lui sourit. « Ne craignez rien. Je veux simplement vous examiner. Déshabillez-vous. »

« Je ne suis pas malade. J’ai juste besoin de me reposer. »

« On va voir ça. »

Le médecin le soumet à un examen complet : le cœur bien sûr et les poumons, les réflexes et la tension, les yeux et les oreilles…

« Ce n’est pas brillant mais pas catastrophique. Votre tension est trop basse. Il faudra vous laver plus à fond. La crasse est une excellente réserve de microbes. Allez donc à la salle de bains. Je vais laisser l’ordonnance à votre fille. »