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« Fous le camp ! »

Un balai frappe son dos.

Un gros bonhomme rougeaud hurle : « dehors ! Salaud ! Je devrais te faire manger ta merde ! Si j’avais su que tu te cachais là ! »

Dunant titube jusqu’à la porte. Le gardien le pousse avec son balai jusqu’à ce qu’il s’effondre sur le trottoir.

Les passants contournent cet ivrogne drogué. Ils vont à leur travail ou rapportent leurs courses. Ils sont si nombreux ces rebuts de la société.

Deux policiers sont plantés à côté du corps qui se relève. « Ça va ? Vous ne pouvez pas rester là. Donnez-nous vos papiers. »

Fouillant ses poches, Dunant retrouve l’attestation réunionnaise.

« Ce n’est pas valable. Vous auriez dû faire refaire une carte d’identité. Où habitez-vous ? »

« Là » dit Dunant en montrant la porte du parking « le gardien vient de me jeter dehors. »

Il ne reconnaît pas la voix rauque et sifflante qui sort de ses lèvres.

Depuis quand n’a-t-il pas parlé ?

« Relevez-vous. Suivez-nous au commissariat» dit le policier qui n’ose pas toucher ce clochard malodorant.

Dunant parvient à se mettre debout. Le sol fuyant sous ses pieds rend son pas incertain.

Quand il entre au commissariat, il est en sueur et complètement épuisé.

« Assieds-toi. On va s’occuper de toi. »

« Dunant. Henri Dunant. On a quelque chose. »

La peur tord son estomac vide. Ils vont lui reprocher ce qu’il faisait à l’aéroport. Quelqu’un a peut-être porté plainte contre lui.

Il doit fuir.

La porte est trop loin. Ils le rattraperont tout de suite.

« Un avis de recherche :Madame Folet. Souhaitez-vous que nous l’informions ? »

« Je ne la connais pas. Je n’ai rien fait à personne. »

« C’est une dame qui aurait travaillé avec vous à la Réunion. Brigitte Folet. »

Brigitte.

Elle s’appelle donc Folet. Il ne l’avait jamais su. Elle veut récupérer son argent. Que risque-t-il ? Elle ne lui fera pas de mal.

« Alors ! Tu réponds ? »

« C’est d’accord. »

« Il signe le papier tendu par le policier sans même savoir de quoi il s’agit et retourne s’asseoir sur le banc.

La chaleur l’engourdit. Il s’endort, la tête appuyée contre la cloison.

« Henri ! Dans quel état ! »

Ouvrant les yeux, Dunant devine un corps devant lui.

« Viens. Je vais m’occuper de toi. »

Cette voix !

C’est Brigitte !

Depuis combien de temps est-il là ? Comment l’a-t-elle retrouvé ?

Elle prend sa main pour l’aider à se lever.

« Viens. »

« Pensez à lui faire faire des papiers d’identité. »

« Je m’en occupe. »

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Elle le soutient jusqu’à un taxi en attente devant la porte du commissariat.

« Si j’avais su que vous récupériez un clochard, je ne serais pas resté » proteste le conducteur « laissez la vitre ouverte pour chasser les odeurs. »

La course n’est pas longue.

« J’ai vu de drôles de choses » grogne le chauffeur de taxi quand la jeune femme le paie « mais des jeunes nanas qui récupèrent des clochards pour les emmener chez elles, ça ne m’était pas encore arrivé » il crie en démarrant : «  Pensez à le laver avant de vous en servir. Á moins que ce soit la crasse qui vous attire.»

Dunant regarde l’immeuble blanc vers lequel Brigitte l’aide à marcher.

« C’est vrai que tu ne sens pas très bon. Nous allons jeter tout ça à la poubelle. »

Il se tait en entrant dans l’appartement. Il est fatigué.

« As-tu faim ? Bien sûr, c’est une question idiote. Prends un bain. Je prépare le repas. Prends mon peignoir. Il doit être assez grand.»

Brigitte règle la température de l’eau qui coule dans la baignoire.

Dunant reste longtemps immobile.

Il a chaud. Il a soif.

Il boit l’eau chaude dans le creux de sa main.

Il entreprend enfin de se débarrasser du manteau, de la veste, de la chemise et du pantalon.

Il s’allonge dans la baignoire.

Ses muscles se dénouent douloureusement. Ses articulations sont traversées par des aiguilles. Il laisse glisser doucement sa tête sous la surface avant de se redresser en suffoquant et toussant.

Il reste assis.

« Le repas est prêt » crie Brigitte.

Il ne répond pas.

Elle découvre la tête posée sur le bord de la baignoire. La barbe grise et les cheveux collés rendent Henri méconnaissable.

« Je vais te laver la tête. Tu frotteras un peu le reste. »

La jeune femme savonne la barbe et les cheveux en frictionnant vigoureusement.

Le corps décharné et anguleux que les mains de Dunant découvrent lui paraît étranger.

« Rince-toi et viens manger » dit Brigitte en sortant de la salle de bains.

L’eau dégoutte derrière lui quand il entre dans la cuisine. Il s’assied et regarde la viande posée dans l’assiette.

Il n’a plus faim.

Il rêve.

Tout va s’arrêter. Il va se réveiller dans son trou.

« Brigitte ! C’est vrai ? Tu es revenue ? »

« Mange. Je te raconterai. Je te cherche depuis trois semaines. Je suis allée à l’hôtel que tu m’avais indiqué. Le patron m’a raconté l’histoire de la vieille folle. J’ai visité les hôpitaux. J’ai fouillé les gares. Des policiers se sont souvenus de ton nom. Je t’ai fait rechercher en disant que tu étais mon oncle. Ne t’inquiète pas. Il ne t’arrivera plus rien. Depuis une semaine j’ai trouvé un poste d’enseignante dans un centre de formation continue. Je viens de louer cet appartement. »

Elle lui sert de la purée qu’il mange lentement. Il boit beaucoup.

Installé au salon, Dunant semble apprécier le café.

« Raconte-moi… »

Il vient de s’endormir.