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1.45 31

Personne ne l’a suivi.

Il s’appuie contre un mur.

Les commerces se ferment déjà. Toutes les portes sont équipées de digicodes. D’un côté le calme, la chaleur, les familles et les bons repas, de l’autre la rue et ses dangers. C’est le domaine des misérables.

Dunant n’ose plus revenir dans une gare, ni même le métro.

Il s’enfonce dans les ruelles. Là aussi les portes sont bloquées. Il en pousse une plus délabrée qui s’ouvre sur un trou noir. Il cherche un interrupteur. L’ampoule qui pend au bout du fil découvre un escalier sous lequel s’entassent poubelles et cartons.

Il fait moins froid que dehors.

Il se glisse derrière les poubelles, étale des cartons sur le sol, s’allonge et se recouvre des emballages restant.

C’est plus confortable et tranquille que les bancs du métro.

Chaque fois que la porte s’ouvre, une bouffée de froid vient jusqu’à lui. Les pas montant l’escalier au ras de son oreille annoncent l’entrant : pieds légers d’un enfant, talons, choc lent et lourd…

Les bruits cessent. Il dort tranquillement.

« Dehors ! »

Ce cri le réveille brutalement.

Il ne sait plus où il est.

« Il faudra mettre une serrure pour se débarrasser des clochards. Un de ces jours il y en a un qui mettra le feu et nous grillerons tous dans nos lits. »

Un homme, plus grand que lui, le pousse vers la porte. Un pied l’atteint durement sur une cuisse. Il tombe sur le trottoir. Les passants le contournent sans s’intéresser à son sort. Son visage a heurté le pare-chocs d’une voiture en stationnement. Sa main est posée sur une crotte de chien. Le sang coule de sa pommette gauche. C’est l’odeur du chien qui le gène le plus.

Il traverse la rue pour laver la déjection dans l’eau du caniveau. Les employés municipaux qui nettoient le trottoir, regardent cet homme à genoux qui nettoie ses mains dans le courant emportant les papiers gras.

Dunant se met en route dans le flot des passants.

Alors qu’il entre dans un magasin, le vigile l’arrête : « tu ne peux pas entrer. Va te laver. Tu ferais fuir les clients. »

« Qu’est-ce que j’ai ? »

« Les restes de ta bagarre. Ton visage est plein de sang. »

L’homme entraîne Dunant devant un miroir dans lequel il découvre ses cheveux hérissé et son visage maculé. Le sang coule jusqu’à sa chemise et son imperméable. La barbe lui mange le visage.

« Allez ! Va-t-en ! » dit le gardien en l’accompagnant à l’extérieur.

1.46 3

Après avoir acheté une bouteille de lait et un demi pain dans une petite épicerie, il s’assied sur un banc pour reprendre des forces.

Le froid le remet en marche. Son sac en plastique pendant à sa main, il se décide à entrer dans une gare. La recherche d’un robinet le conduit au bout du quai, bien au-delà de la verrière. Il marche encore jusqu’à trouver un coin tranquille. Il baisse son pantalon et regrette de n’avoir pas ramassé un des nombreux papiers traînant dans la salle. Il est sale et malodorant. Ses vêtements ne l’ont pas quitté depuis plus de quarante-huit heures.

Il passe le reste de la journée de la salle d’attente au quai. Il a fini de manger son pain et de boire son lait. Il emplit sa bouteille d’eau. En observant les gens, il récupère quelques fins de sandwiches et des fonds de paquets de gâteaux abandonnés. Il n’ose plus solliciter les voyageurs par peur de la police. Comme les moineaux qui se chamaillent, il se contente de ce que les autres jettent.

Avec le soir, les SDF quittent les lieux. Dunant les suit. Ils s’approchent d’un fourgon stationné sur le trottoir pour recevoir de la soupe et du pain.

Une femme l’interpelle : « venez ! »

Elle lui tend un bol en plastique. « Vous venez d’arriver ? »

« Je suis là depuis quelques jours. »

« Vous avez besoin de quelque chose ? »

Il la regarde avec étonnement. « Oui. J’ai besoin d’un travail. Je suis cuisinier. Je peux balayer ou faire la plonge. N’importe quoi. J’avais une brasserie et… »

« Pour tout ça il faut que vous alliez à l’ANPE et aux services sociaux. Je parlais de nourriture. Notre association a peu de moyens. »

« Vous venez tous les jours ? »

« Tous les soirs. Á peu près à la même heure. Ne restez pas là. Retournez chez vous. »

Chez lui ! C’est où chez lui ?

Tous les soirs il aura de quoi manger. Boire chaud lui fait du bien. Il y a donc des gens qui s’intéressent aux pauvres.