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1.43 29

Les policiers sont partout. Il quitte rapidement ce terrain fructueux.

Dans le métro, comme aux arrêts de bus, les gens sont pressés, fatigués et irritables. Dunant retourne à son hôtel. Il paie sa chambre à la vieille femme qui dit : « vous avez le temps. Je vous fais confiance. Je vois bien que vous êtes un honnête homme. Vous me paierez à la fin de chaque semaine. Je vous ferai un prix puisque je ne changerai pas vos draps tous les jours. »

Dunant se réconcilie avec l’humanité. L’aubergiste lui offre un petit alcool de poire de sa propriété limousine en lui racontant sa vie. C’est comme s’il trouvait une famille.

Il va rationaliser son travail, économiser son argent et, dans quelques temps…

Il dort comme un ouvrier fatigué qui sait qu’une dure journée l’attend.


Le lendemain, Dunant décide de ne pas perdre de temps aux arrêts bus et dans le métro. Il part pour Orly.

Les bagages enregistrés, les voyageurs ont du temps libre. Ils sont détendus puisqu’on les prend en charge. Bon nombre d’entre eux sont des gens aisés. Dunant modifie son discours : «Excusez-moi. Je suis vraiment très mal à l’aise de vous déranger, mais on vient de me voler mon portefeuille et mon téléphone. Je n’ai plus ni argent, ni carte de crédit, ni chéquier. Il faut que je prenne un taxi pour rejoindre ma famille à la gare… »

Ça marche. Au début de l’après-midi, il a plus de cent cinquante euros. Il ne s’arrête pas pour manger. Se méfiant des policiers, il change souvent d’étage. Ce sont deux civils qui l’encadrent soudain. Il est conduit vers une porte ornée de la plaque « police de l’air et des frontières ». Plusieurs personnes sont assises dans le petit local.

« Vos papiers ! » Il dit à nouveau son histoire.

« Envoie un message à Saint-Pierre » dit le plus âgé à son collègue.

« Où étiez-vous avant ? » Il parle de la brasserie et de sa vie d’avant. Le policier note tout.

« Demande confirmation au commissariat. » Revenant vers Dunant : « de quoi vivez-vous depuis que vous êtes à Paris ? »

Dunant parle d’économies et donne l’adresse de son hôtel.

« Nous allons vous garder le temps de vérifier. »

Il se retrouve sans ceinture et sans lacets dans une pièce dont un côté est fait de barreaux. Trois hommes sont déjà là qui parlent une langue gutturale.

On leur sert bientôt un potage et une purée en leur donnant une couverture.

Dunant s’allonge sur la planche qui sert de siège. Quelques heures plus tôt, il était le plus heureux des hommes, sûr de lui et de son avenir.

Tout recommence.

Il ne peut plus penser. Ces coups répétés l’ont fragilisé.

Quel mal faisait-il ? Il ne volait personne. Ses donateurs étaient des nantis. C’était juste de la solidarité. Qui va tirer avantage de son retour à la misère ?

Il n’a pas de colère. Juste une grande lassitude. Que peut-il faire contre ceux qui se liguent contre lui ? La police, les voyous, l’État…

1.44 30

Les deux policiers viennent le chercher à la fin d’une nuit sans sommeil : « On sait tout. Á la Réunion tu t’es battu. Tu as laissé ton travail en cours de contrat. Avant, dans ta ville, tu étais un clochard alcoolique. Te voilà devenu escroc. Tu as de la chance que le procureur ait décidé ne pas lancé d’action contre toi. Nous avons réglé ton hôtel, avec ton argent bien sûr. Tu n’as pas intérêt à ennuyer la patronne. Elle nous préviendrait aussitôt.

Tu vas où tu veux mais tu cesses tes histoires de vol. Ton argent reste consigné ici pour le cas où on aurait des plaintes de tes victimes.

Voilà quinze euros.

Tu sais qu’on t’a à l’œil. Tous les commissariats ont ton signalement. »

Ils le raccompagnent à la porte de l’aérogare.

Un pâle soleil perce la brume du matin. Il fait froid.

Dunant demande à un chauffeur de taxi qui dépose un client de le ramener à Paris : « je n’ai plus rien. Ni argent ni bagages. Puisque vous repartez… »

« C’est ça ! Je vais vivre de quoi ? Fais du stop. »

Après avoir essuyé plusieurs refus, il s’adresse à un jeune homme qui accepte de l’emmener à Paris.

« J’ai tout perdu » a simplement dit Dunant.

Au cours du trajet, le chauffeur ne pose aucune question à ce passager taciturne.

« Voilà la Porte d’Italie. Vous avez le métro et des bus. Bonne chance. »

La ville est animée. Les gens marchent, courent, parlent et rient.

Il reste comme un pantin dont on a cassé le ressort.

Le froid le pénètre peu à peu.

Il marche pour se réchauffer. Droit devant lui. Il ne voit rien ni personne. Le temps n’existe plus. Les autres ont disparu.

Il descend dans le métro. Il s’assied au bas des marches. Le froid glisse de l’escalier. Il voit des voyageurs sauter parfois par-dessus la barre au lieu de glisser un ticket. Ce sont des jeunes le plus souvent, mais parfois des hommes d’âge mûr. Quelques femmes se risquent aussi à cette acrobatie.

Dunant attend d’être seul, et, posant ses mains de part et d’autre du portillon, il saute. Il court pour échapper à un contrôle. Les policiers le connaissent. Il ne veut pas…

Sur le quai, la température est plus supportable. Il s’affaisse sur un banc et n’entend plus passer les rames.

Endolori, la tête lourde, il émerge d’un sommeil qui ne l’a pas reposé.

Il a soif. Il a faim.

Une jeune fille sale et mal vêtue lui demande : « donnez-moi un peu d’argent. Je n’ai rien mangé ni bu depuis hier. »

« Moi non plus. J’ai faim. J’ai soif. Je n’ai rien. »

« Menteur. Tu es trop bien fringué. »

L’attaché case de Dunant a disparu. Son voleur sera déçu. Les vêtements de rechange, les rasoirs et les bottes sont restés à l’hôtel. Sa logeuse les lui rendrait peut-être ? Elle appellerait peut-être la police.

Il n’est pas rasé. Ses vêtements sont froissés. Il ressemble de plus en plus à un SDF.

Il pousse la porte d’un bar. Les serveurs s’affairent. Il commande un grand chocolat qu’il savoure en dévorant un croissant.

« Les toilettes s’il vous plaît ? »

« Au bout du comptoir à gauche » répond le barman engagé dans une conversation avec deux clients.

Dunant découvre son image. Il paraît soixante ans. Des rides creusent son visage cireux. Sa barbe lui donne un air sale accentué par ses yeux rougis. Il se frotte avec ses mains mouillées. L’essuie mains lui sert de serviette.

En montant l’escalier, il se demande s’il aura assez d’argent pour régler sa consommation. Le bar paraît chic…

Des jeunes qui entrent le bousculent. Sans réfléchir il file par la porte restée ouverte. Il court comme il ne l’a plus fait depuis longtemps. Jusqu’à ce que ses poumons en feu lui interdisent d’aller plus loin.