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1.41 27

Arrivé à la gare, il se rase à l’eau froide avant d’aller s’accroupir au bout du quai. Il n’a pas eu le temps d’utiliser les toilettes de l’hôtel.

Les mêmes miséreux sont affalés sur les bancs ou tendent la main sans succès devant les voyageurs trop pressés.

Dunant s’approche d’une femme de son âge qui range sa monnaie « pourriez-vous me prêter de quoi acheter un ticket de métro ? On vient de me voler mon portefeuille. »

« Bien sûr. Avez-vous signalé le vol ? Vous devez être bien ennuyé. »

« Laissez-moi votre adresse, je vous renverrai… »

«  Je vous en prie. Si cela m’arrivait, je serais trop contente qu’on me dépanne. »

Il reste avec ses cinq euros dans la main, la regardant s’éloigner. C’est la première fois…non ! Les jeunes touristes, à Saint-Pierre lui avaient aussi donné…c’est facile. Il a trouvé le bon filon.

Il entre dans un café et commande un café.

De retour dans la gare, il redit son histoire à des voyageurs. Ça marche une fois sur cinq. On lui donne un ou deux euros. Certains ne le regardent même pas. Un jeune homme lui dit durement : « c’est facile ton truc. Moi je travaille pour gagner de l’argent. Tu n’as qu’à t’y mettre. »

Deux policiers qu’il n’a pas vu venir l’encadrent soudain : « suivez-nous ! »

Ils l’entraînent dans une petite pièce : « vos papiers ».

Il leur présente l’attestation de perte du commissariat Saint Pierrois.

« C’est tout ce que vous avez ? »

«  On m’a tout volé là-bas. »

« Où habitez-vous ? »

« Á l’hôtel. Je cherche du travail. » Il commence à raconter l’histoire de la vieille femme qui lui avait promis…

« Ouais. Des histoires bizarres, on nous en raconte tous les jours. Vide tes poches. »

Ils retournent son sac sur la table. Les chaussures tombent avec le pantalon et le pain.

Celui qui compte les pièces dit : « tu ne t’embêtes pas. En quelques heures tu gagnes autant que moi en une journée. Reprends ça et disparais. On ne veut plus te voir ici. »

Dunant ne dit rien. Il sait qu’il n’est pas le plus fort. Il récupère son argent : trente six euros ! Il décide de changer de gare et de reprendre son travail. Il rit en se disant qu’il a pensé « travail ». Le travail est une activité qui procure de l’argent. Il raconte une histoire. On le paie. Les acteurs ne font pas autre chose et sont bien mieux payés que lui.

Il descend dans le métro et répète son histoire. Les Parisiens, sans doute trop sollicités, sont plus rares à donner.

Deux jeunes le poussent vers un distributeur. L’un d’eux tient un couteau ouvert.

« Ton fric Pépé. Á toi ils donnent facilement parce que tu leur ressembles. C’est pas juste. »

Il ne résiste pas et les laisse fouiller ses poches.

Personne ne s’arrête.

Les voyous ne lui laissent rien.

C’est la loi de la jungle. Les plus forts triomphent toujours.

1.42 28

Il va s’organiser. Avec un plan il programmera ses lieux de collecte. Il doit soigner son apparence. Moins il aura l’air d’un mendiant, plus il recevra. Il s’offre un repas dans le petit restaurant voisin. Le patron, septuagénaire, a sans doute renoncé à faire fortune. Il prend le métro avec un ticket resté au fond de sa poche. Il pourra dire son histoire avec plus de conviction. Ce ne sera plus un mensonge. Il va devoir se méfier des voyous et des flics. Il y a tant de gares, de stations de métro et d’arrêts de bus, il pourra survivre tant qu’il sera présentable. Il va devenir un professionnel de la manche.

De temps en temps il change de lieu, boit un chocolat et s’offre même un sandwich.

Le soir il possède trente trois euros. Il choisit un hôtel semblable à celui de la veille : « vingt euros la chambre. Les WC et les douches sont sur le palier. Vous avez un broc et une cuvette dans la chambre » dit la vieille femme qui le reçoit.

«  Je vais rester quelques jours. Je cherche du travail. »

« Mon pauvre, ce n’est pas facile. Surtout à votre âge. Que faîtes-vous ? »

Dunant raconte sa brasserie, le service, la cuisine …

« On embauche plus facilement des jeunes. Ça coûte moins cher. Avec toutes les charges…Regardez, moi, j’ai soixante-huit ans et je travaille encore parce que ma retraite ne me fait pas vivre. Je ne peux pas payer les réparations…la vie est dure pour tout le monde. »

La chambre est propre. La rue est calme.

Dunant se sent bien.

Il a un gîte et le moyen de gagner assez pour que ça dure.


Pour huit euros, il mange comme il ne se souvenait plus de l’avoir fait.

Il lave sa chemise, son slip et ses chaussettes dans la grande cuvette en faïence. Il nettoie son pantalon et son imperméable et s’endort tranquillement.

Á son réveil, tout est sec. Sa logeuse repasse la chemise pendant qu’il savoure le petit déjeuner fait de tartines de beurre et confiture.

Laissant son sac dans la chambre, Dunant quitte l’hôtel ragaillardi et impeccable. Il achète un attaché cas d’homme d’affaires.

Il n’a plus un sou mais il se sent fort. Il commence sa journée à un arrêt de bus où il reçoit dix euros en petite monnaie. C’est l’heure des ménagères et des vieux.

Malgré les risques, il décide de privilégier les gares.

Á midi il a plus de trente euros.

Il mange un steak frites et se promène dans ce Paris qu’il ne connaît pas.