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1.5 16

Sous le choc de cet accueil et de la fatigue accumulée, Dunant va vers le jeune Noir qui met en place les nappes.

« Je m’appelle Henri. Henri Dunant. Je viens de… »

« Je sais. Le patron nous a parlé de toi. Pose ta valise derrière le comptoir. Ta chemise mouillée fait mauvais effet. »

« Où est-ce que je peux m’habiller ? Dis-moi où est ma chambre. »

« Ta chambre ? Tu verras avec le patron. Change-toi dans les toilettes. »

Dunant se rase. Il aurait aimé prendre une douche et dormir un peu. La fatigue commence à peser.

Quel accueil !

Francis l’aurait-il fait venir pour se venger ?

Il doit se taire. Accepter. Travailler. C’est sa seule chance.

Après avoir passé sa tête sous le robinet d’eau tiède, il revient dans la salle à manger.

Francis est là. « Tu feras ce que te dira Denis. Il s’occupera des Créoles et toi des Z’oreils et des touristes. Nous mettrons les choses au point après. »

Dunant suit les instructions du grand Noir.

« Alors tu as fait faillite. »

« Oui. Enfin c’est le fisc qui m’a tout pris. J’avais créé une brasserie…une belle affaire… »

« Il paraît que tu étais un patron plutôt dur. Si c’est toi qui as formé Francis, je veux bien le croire. »

« Dur ? Je ne crois pas. Je bossais. Mes employés devaient en faire autant. »

« Moi aussi j’ai tenté ma chance. En France. Mais je suis Black. On dirait que l’esclavage n’a pas été aboli. Ici c’est par toujours super, mais c’est chez moi. J’ai les copains. La famille. »

« Tu es bien payé ? »

« Tu vas voir. On contrôle encore moins qu’en France. Les boulots sont rares. Quarante pour cent de chômeurs dans l’île. Les patrons ont le beau rôle. On apprend à fermer sa gueule. »

Les premiers clients arrivent. Les deux hommes se relaient au bar et dans la salle. Dunant a parfois du mal à comprendre les commandes. On se moque de lui. « Alors Z’oreil, tu parles pas le créole ? Il va falloir t’y mettre. »

« J’y compte bien. Dans huit jours je le comprendrai. »

Malgré le dépaysement et les clients inconnus, Dunant est à l’aise. Les bouteilles sont les mêmes. Les assiettes aussi. Il plaisante. Il accepte les moqueries.

Á la fin du service, Francis vient dans la salle. Il fait le tour des tables et parle avec les derniers clients. Le bon cuisinier a appris l’accueil.

« Tu te débrouilles bien. Ton affaire a l’air de marcher. »

« Merci. Je t’ai dit de ne pas me tutoyer. »

« Il n’y a personne. »

« Je suis toujours le patron. Souviens-toi comment c’était chez toi. Finis de débarrasser et occupes-toi de la vaisselle. Après tu seras libre jusqu’à dix-sept heures. »

« J’ai besoin de repos. L’avion et le car m’ont fatigué…où est ma chambre ? »

« Où tu voudras. Tu ne me logeais pas. Débrouille-toi ».

1.6 17

Denis lui conseille de faire la sieste sous les filaos au-dessus de la plage : « tu ne seras pas le seul. »

Insensible à la beauté des lieux, Dunant s’affaisse au pied d’un arbre. Le sommeil le terrasse d’un coup.

Denis le secoue : tu vas te faire engueuler. Il est cinq heures et demie. Le patron m’a envoyé. »

Francis est au bar : « c’est la dernière fois que j’accepte un retard. Si tu veux rester, tu devras respecter les horaires. »

« J’étais crevé… »

« Je m’en fous. C’est mon hôtel qui compte. Et les clients. Je t’ai fait venir parce que tu connais le boulot et que tu ne comptais pas tes heures. Les candidats à ton poste ne manquent pas. »

« Excusez-moi. Ça ne se reproduira pas. »

Après une toilette aussi brève que celle du matin, Dunant reprend le travail.

Il n’a pas le temps de penser. Ils ont moins de repas à servir mais les clients sont plus nombreux au bar. Á minuit, les derniers s’en vont.

Les verres sont essuyés. Les tables sont propres et le sol balayé.

Il fait nuit noire. Dunant ne sent plus la fatigue. Sur les nerfs comme il disait lorsque s’enchaînaient les journées difficiles.

« Je t’ai trouvé un endroit où habiter. C’est près de chez moi. Chez une cousine. »

« Pas trop cher j’espère ? »

« Non. Pas luxueux non plus. Ça va peut-être choquer le Z’oreil qui débarque. On est nombreux à vivre dans ces conditions. Ici les bidonvilles sont cachés. »

Ils atteignent une « ravine », comme dit Denis, sur les pentes de laquelle s’accrochent quelques cabanes en tôle éclairées par la lune.

Denis pousse une porte dont le grincement fait aboyer un chien qui en réveille dix alertant les autres. La ville entière est secouée par les cris de la meute. La lueur de la flamme du briquet laisse apercevoir un matelas posé à même le sol. De l’autre côté d’une table, un homme ronfle.

« C’est Ary. La case lui appartient. Il est Rmiste, et amateur de rhum et de zamal. C’est un brave type. Il sait que tu viens. »

La porte fait le même bruit sinistre en se refermant, déclenchant à nouveau les hurlements en cascade.

Les ronflements continuent.

Dunant s’effondre dans le sommeil sur le matelas baigné d’odeurs multiples.

Le soleil entrant par le trou qui sert de fenêtre est déjà brûlant.

Dunant cherche les toilettes. L’odeur le guide vers une baraque faite de planches disjointes. Deux pierres encadrent un trou.

En retournant à la case, il découvre un tuyau terminé par un robinet en plastique. Le tout est accroché à une branche basse de l’arbre qui ombrage la cour. L’eau coule sur sa tête et son corps sans parvenir à le rafraîchir.