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1.39 23

Où coucher ?

Il frissonne.

Il reprend sa marche. Il ne veut pas organiser une survie misérable. Il travaillera.

Il regarde les annonces dans un bureau de l’ANPE. Toujours il faut une voiture ou un diplôme, parfois les deux.

Son tour vient de s’asseoir face à l’employée qui demande : «où habitez-vous ? »

« J’arrive de la Réunion Je n’ai pas de domicile. »

« Que faisiez-vous là-bas ? Pourquoi êtes vous parti ? »

« J’étais serveur dans un hôtel restaurant. Et aussi réceptionniste. On m’a proposé la gestion d’un hôtel à Paris. Et…ça ne s’est pas fait. »

« Pourquoi ? »

« Parce qu’en fait l’hôtel n’était pas libre. La vieille femme qui me l’avait promis n’a plus toute sa tête. »

« Vous auriez pu vérifier. »

« Comment aurais-je pu penser ? Le nom du propriétaire était bon, puisque c’est son neveu qui l’a repris. »

« Donnez-moi vos attestations d’emploi, votre C.V et votre carte d’assuré social. »

« J’étais patron d’un brasserie avant de partir à la Réunion. Mon divorce et une enquête fiscale m’ont tout fait perdre. »

« Vos papiers ? »

« Je les ai perdus. Ou plutôt on me les a volés après m’avoir battu. Voilà l’attestation du commissariat. Je vais les faire refaire. Mais ce n’est pas gratuit et mon argent aussi a disparu. »

« Revenez me voir lorsque vous aurez réglé ce problème. »

« Comment vais-je vivre si je ne travaille pas ? »

« Allez à la mairie. Demandez les services sociaux. »

Elle s’adresse à un jeune homme debout derrière lui : « asseyez-vous. »


Dunant va s’asseoir sur le banc où attendent les autres.

Il frissonne toujours.

Il est perdu.

Son esprit est vide. Il n’arrive pas à penser.

Un homme tape sur l’épaule de Dunant : « il faut partir. On ferme. Rentrez chez vous. »

Chez lui !

Il se retrouve sur le trottoir, devant le rideau qui descend.

Chez lui. Il y est. Ce trottoir. Cette rue. C’est là chez lui. Dans le froid de cette fin de journée hostile.

Chez lui. Il répète ces deux mots qui rythment son pas lourd. Chez lui. Chez lui.

Et s’il sautait dans la Seine ? Ou sous une voiture ?

Il a de quoi tenir encore un peu. Il va trouver une solution.

Il entre dans un supermarché. Un vigile lui demande de laisser son sac. Des clients passent près d’eux portant des cabas et des sacs à main sans qu’aucune remarque ne leurs soit faite. Aurait-il déjà l’allure d’un miséreux ?

Il sent qu’on le regarde. Des caméras le guettent sans doute.

Reprenant son sac il retourne à la rue.

Il achète un pain et un litre de lait.

La nuit tombe.

Il parcourt les petites rues à la recherche d’un hôtel bon marché.

Il faut qu’il se repose. Demain il sera mieux.

1.40 26

« Je n’ai que quinze euros » dit Dunant à l’homme debout derrière le comptoir.

« C’est bon. Prenez la 1. Á droite en haut de l’escalier. »

Un petit lit occupe toute la chambre minuscule.

Il ouvre sa bouteille de lait et boit à grandes gorgées. Le pain ne le tente pas.

Il se couche sans ôter sa chemise ni son pull. Il ne parvient pas à se réchauffer. Ses jambes sont douloureuses.

« Trouver un travail ! Un travail ! Un travail… » Il s’assoupit en répétant ces mots.

Des gens parlent dans l’escalier. Les portes claquent. La chasse d’eau est fréquemment tirée tout contre la cloison. Il se sent quand même protégé par sa porte fermée à clé.

Chez lui.

Ici personne ne le voit.

Il s’est réchauffé, recroquevillé dans le lit étroit dont les ressorts pénètrent sa peau.

Quand il se réveille, il fait encore nuit. La double ligne des phares parcourt de plus en plus fréquemment le plafond. Il essaie de comprendre dans quel sens vont les véhicules par rapport au parcours de la lumière.

Il se décide à s’asseoir pour manger un bout de pain et boire une timbale de lait avant de retomber dans un sommeil entrecoupé de rêves. Il est derrière un comptoir. Brigitte tient la caisse. Smet et Francis servent les clients.

Des coups frappés à la porte l’arrachent au lit : « il est dix heures ! Dehors ! »

Il se trouve face à l’homme qui l’a reçu la veille. « Tu ne paies même pas le prix et tu voudrais rester deux jours ? »

« Excusez-moi. Je m’en vais. Je n’ai pas l’heure. C’est pour ça… »

« Et bien moi je l’ai. Bon vent ! »

Une petite pluie qui fait presser les gens l’accueille sur le trottoir. Il referme son imperméable et avance rapidement. Il garde sa brique de lait à la main pour ne pas la renverser. Comme le froid engourdit ses doigts, il avale ce qui reste. La prochaine fois il choisira une bouteille avec un bouchon à vis.

Ne trouvant pas de poubelle, il laisse tomber l’emballage au sol.

« Salaud ! » dit un homme qui le croise.

On le chasse de l’hôtel dont il avait payé la chambre, on l’insulte dans la rue. Et lui le violent ne réagit pas.

Il est redevenu transparent. L’homme invisible que les regards traversent. Si c’est le regard des autres qui nous fait homme, il est à nouveau un animal. L’envie lui vient de s’allonger sur le trottoir sous les pas. Il rit : « personne ne s’arrêtera. Ils s’essuieront les pieds sur toi. »

Le voilà qui parle seul. Comme ceux qu’il observait depuis sa vitrine. Perdus dans leurs pensées. Seuls au monde. Avec ses clients il se moquait de ces solitaires. Peut-être l’observe-t-on même s’ils sont très nombreux à errer ici.