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Le froid le réveille. Une petite pluie fine dégouline dans son cou. L’imperméable entr’ouvert a laissé passer l’eau sur ses jambes. Il grelotte. Les camions poubelles emportent les ordures. Il se recroqueville dans l’encadrement d’une porte.

Lorsqu’il décide de pousser la porte d’un hôtel, le veilleur de nuit lui demande de payer d’avance. Il est cinq heures. Il devra libérer la chambre pour midi.

Non ! C’est trop bête !

Les premiers clients arrivent dans le bistrot où il vient de s’installer pour savourer un chocolat près du radiateur.

Quatre-vingt dix euros ! C’est tout ce qui lui reste. Il a bu quarante euros. Il pleure dans ses bars repliés. Il est seul. Mouillé. Á Paris.

Il achète du pain qu’il mange en marchant.

La pluie a cessé.

Á treize heures, Dunant choisit un hôtel modeste : vingt euros la chambre.

« Comme vous n’avez pas de bagage je dois vous demander de payer d’avance. »

Il prend la clé que l’homme pose sur le comptoir et trouve la petite chambre indiquée. Le radiateur est à peine tiède. Il suspend ses vêtements humides et s’allonge sous la couverture. Il met longtemps à se réchauffer. Les bruits de la rue disent que la vie continue. Il n’arrive pas à fixer ses pensées. Dans son rêve, une vieille femme dit : « je n’ai besoin de personne ». Smet lui offre son camion.

La pendule de la réception affiche dix-sept heures lorsque Dunant accroche sa clé. Il n’a plus froid. Ses vêtements sont presque secs.

Il a faim. Il commande une omelette et une bouteille de vin dans une brasserie. Il ne veut plus penser que l’argent file de ses doigts. Il est bien. Il fait bon. Le patron essuie son comptoir d’un geste machinal. Une grosse femme trop peinte trône derrière sa caisse.

Moins d’un an !

C’est tellement lointain. Comme une autre vie.

« Vous voulez autre chose monsieur ? »

« Non merci. »

Quand l’homme revient avec la note, Dunant dit : « j’avais une brasserie il y a quelques mois. Un divorce… le fisc…J’ai tout perdu. Connaîtriez-vous quelque chose ? »

« Vous voulez acheter ? »

« Oh ! Non ! Il n’en est as question. Juste travailler. Je peux tout faire. De la cuisine au bar en passant par la salle ou même la plonge. »

« Vous en êtes là ? Ça fait combien de temps » dit l’autre en s’asseyant.

Dunant raconte ses années de travail, son divorce, les procès. Il passe rapidement sur l’alcool et la rue.

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« Apporte-nous un calva » dit le patron d’un ton sec.

La caissière dépose devant eux la bouteille et deux verres.

« Tu te rends compte ! Il était comme nous. Le fisc lui a tout pris parce que son comptable n’avait pas fait son boulot. Nous devons nous méfier. Avec tous ces va nu pieds, ces fainéants et ces minables qu’il faut nourrir, on n’arrête pas de payer des impôts. Ils nous feront jeter hors de chez nous.

« Tu ferais mieux de vendre » dit la femme « je te le dis depuis longtemps. On se retirerait chez nous. »

« Facile à dire. Encore faudrait-il trouver un acheteur. Là encore, au moment de la vente, ils vont nous prendre une part importante de ce qui nous appartient. »

« Ça vaut mieux que de tout perdre ! » murmure Dunant.

« Bon ! C’est pas tout ça ! Les clients vont arriver. Encore un verre ? » propose le patron en quittant la table pour rejoindre son abri. Derrière le comptoir il est à l’abri de ce malheureux qui porte peut-être la poisse.

Dunant sort, sans même finir son alcool. Il marche en évitant le regard de ceux qui lui tendent la main ou restent assis derrière une casquette ou une affichette rappelant leur sort. Arrivé à l’hôtel, il s’enfonce sous la couverture et remonte ses jambes, l’esprit vide.

Il a chaud.

Il voudrait que le temps s’arrête.

Il ne veut plus se battre. Aucune lutte ne l’intéresse plus.

Avoir chaud et manger. Voilà ses seules ambitions.