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« Alors les bavards ! Vous travaillez de temps en temps ? » intervient Francis sortant de sa cuisine.

« Après la journée d’hier » dit Brigitte « nous pouvons peut-être prendre quelques minutes. »

« Du moment que tout sera prêt pour le repas vous pouvez faire ce que vous voulez. J’espère qu’il y aura beaucoup de journées comme celle d’hier, sinon nous serions moins nombreux à travailler ici. »

« Si ce n’est pas une menace, ça y ressemble » dit Dunant « on dirait que vos relations changent. Pour ce qui est du travail, il exagère. Il faut bien deux personnes pour la salle, même en dehors des coups de bourre. »

Dunant se rend à la Poste. Il trouve bien les deux hôtels de la vieille. L’un est un simple hôtel de tourisme de seize chambres, l’autre est un deux étoiles de vingt-huit chambres. Elle lui a parlé du second, mais le premier lui suffirait si elle confirmait son projet. Il pense un moment appeler le président de la chambre de commerce ou le président du syndicat des hôteliers de son département. C’étaient deux amis…avant… Ils informeraient peut-être la propriétaire… Il a le temps. Il vérifiera la comptabilité avant de signer.

Ce temps d’errance lui a appris la patience. La modestie et une autre forme de courage font aussi partie de ses nouveaux atouts. Sa vision du monde a changé. Il comprend Francis qui lui ressemble beaucoup, mais ses conversations avec Brigitte le font réfléchir.

Attendre.

Les journées passent sans à coup. Parler avec Brigitte aide le quadragénaire à mieux se connaître.

« Je suis ta psychanalyste » s’amuse-t-elle « et tu me rends le même service. En fait, il suffit de rencontrer quelqu’un qui nous écoute. »

« Je suis donc devenu psychiatre. »

« Psychanalyste, ça suffira. Grâce à toi j’ai évolué. Je vais bientôt partir. Je veux vivre. »

« Á l’époque où l’on travaillait du matin très tôt jusqu’à la nuit, on n’avait pas besoin de ces guérisseurs de l’âme. »

« C’est vrai. Quand on meurt de faim et de froid, on va d’abord vers cette urgence. Les sociétés anciennes étaient plus accueillantes pur les vieux et ceux qu’on appelait les fous. On les gardait souvent dans les familles, même si rien n’était simple. Maintenant chacun s’enferme et s’isole, laissant à la collectivité le soin de veiller sur les faibles. »


Dunant est à l’accueil lorsque madame Morlou appelle : « pourrais-je parler à monsieur Dunant ? »

« C’est moi. Bonjour madame. »

« Madame Morlou. Vous vous souvenez de moi ? Je me suis renseignée. On m’a confirmé vos dires. Quand pouvez-vous venir ? »

« Pas avant un mois. Mon préavis… »

« Ce sera trop tard. J’ai besoin de vous dans huit jours. Après je devrai choisir quelqu’un d’autre. Les candidats ne manquent pas. »

« Je m’en doute. Puis-je vous rappeler ? »

« Ce n’est pas la peine. Dans huit jours je prendrai ma décision. Avec ou sans vous. Au revoir. »

Il n’a pas le temps de répondre. Elle a déjà raccroché.

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Il sent la peur monter en lui. Un an plus tôt il se serait mis en colère.

Il lui faut l’argent du billet.

« Une mauvaise nouvelle ? » demande Brigitte.

« C’est plutôt une bonne. J’ai l’accord de la vieille pour l’hôtel restaurant. Elle me donne huit jours. Mais je n’ai pas de quoi payer le billet. »

« Je peux te le prêter. »

« Tu ferais ça ? »

« Mais bien sûr. Combien te faut-il ? Mille euros ? Un peu plus avec les frais ? »

« Mille euros ! Ce serait parfait. Je vais essayer d‘avoir un billet revendu. Je te signerai une reconnaissance de dette. »

« Non. Je sais que tu me le rendras. Tu n’es pas un voleur. Je ne me vois pas te poursuivant devant un tribunal. Dans quelques temps ce sera une petite somme pour toi. »

« Merci. Encore merci. Je te le rendrai bien sûr. J’espère pouvoir t’aider à mon tour. Quoi qu’il arrive, de n’importe où, tu pourras compter sur moi. C’est la première fois que je le dis mais tu peux me croire. »

« Je te crois. »


Lorsque Dunant annonce son départ à Francis, il s’entend répondre : « il n’en est pas question. Tu peux revoir ton contrat. Tu me dois un mois de préavis. C’est la contrepartie de la sécurité. Je n’ai personne pour te remplacer. »

« Tu trouveras facilement. »

« Je t’ai dit de ne pas me tutoyer. »

« Tout ça c’est fini. Je te tutoie si je veux. Je pars. Un point c’est tout. Je vais faire cette journée et peut-être demain si je n’ai pas de place dans l’avion pour que Brigitte ne soit pas seule. »

« Je te poursuivrai devant le tribunal de Prud’hommes ! »

« Oui. Je leur parlerai de la plonge et du travail au noir, comme de tes aides cuisiniers non déclarés. Tu sais bien que tu ne peux rien me faire. »

« Ça m’apprendra à écouter Brigitte. Quand je pense à ce que je te donne… »

« Justement ! Tu me dois dix jours. »

« Elle est bonne celle-là ! Tu peux courir. Tu vois l’avantage d’être payé à la journée ? Tant pis pour toi. Tu peux partir. Tu n’auras rien. »

« Tu ne veux pas que je finisse la journée ? »

« Tu ferais ça ? »

«  Je te l’ai dit. Je ne veux pas laisser Brigitte seule avec tout le boulot. »

« Je n’y comprends rien. »

Dunant parcourt les annonces, à la recherche d’un billet revendu. Il appelle plusieurs personnes, mais c’est toujours trop tard ou les billets sont pour la semaine suivante. Enfin : « Oui. Pour après-demain. J’en demandais cinq cents euros. Mais comme on se rapproche de la date je l’ai baissé à quatre cents. Vous pourrez partir après demain ? »

« C’est parfait. Où pouvons-nous… ? »

« Donnez-moi votre adresse et je vous l’apporte. »

Avec l’argent de Brigitte, Dunant complète sa garde-robe pour ne pas choquer sa future patronne.

La soirée se passe dans le calme. Comme s’il craignait quelque débordement, Francis vient souvent surveiller le travail. Il ne peut comprendre le zèle de son employé qui ne sera pas payé.

Au matin, alors que Dunant se prépare à quitter l’hôte, Francis lui tend cent euros. « Tu me laisses tomber, mais tu as bien travaillé. »

Les deux hommes se quittent sans un mot de plus.

« C’est toi… » dit Dunant à Brigitte.

« Je voulais qu’il te paie toutes tes journées mais il a refusé, comme il refusait que je te conduise à l’aéroport. J’ai répondu que j’étais libre. J’ai dû le menacer de partir moi aussi. Je ne le reconnais plus. Je vais bientôt rentrer. Je reprendrai peut-être mes études. Nous nous reverrons. »

Le trajet se fait au plus vite. Brigitte doit rentrer pour le service. Elle laisse Dunant devant un hôtel de Saint-Denis. Il se sent plus ému qu’il ne l’a été depuis bien des années. Brigitte essuie une larme en disant : « merci. Tu m’as beaucoup appris. »

« C’est le bouquet ! Tu m’as sans doute sauvé la vie en me rendant un travail …tu me donnes de quoi redémarrer…et c’est toi qui me remercie. »

« Écris-moi. J’ai l’adresse de ton hôtel. Je viendrai bientôt te voir. Francis et moi c’est fini. Je vais le lui dire en rentrant. »

La voiture démarre brutalement pour disparaître au croisement des rues.