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1.25 8

Dunant répond aux questions concernant son visage marqué. Il évoque le cyclone. Les touristes sont ravis. Certains le prennent en photo pour emporter des preuves de la violence du cataclysme.

Á chaque nouvelle interrogation il en rajoute un peu : sa case a été emportée par le torrent…les arbres s’abattaient autour de lui…les requins étaient en embuscade à l’embouchure de la ravine…la planche providentielle à laquelle il s’est agrippé… il a tout perdu…

Les pourboires sont importants. Alors que la règle veut qu’ils soient partagés entre ceux qui travaillent en salle, en cuisine et à la plonge, Dunant en détourne une partie. Il n’a jamais rien reçu quand il faisait la vaisselle. Il sait que Brigitte le voit mais qu’elle ne parlera pas.

Il regagne son coin dès que la salle est remise en ordre.

Personne n’entre cette nuit. Les vieux touristes dorment paisiblement. Il est plus de neuf heures et les petits déjeuners ne sont toujours pas demandés.

Dunant se sent bien. Les traces commencent à s’estomper. Son dos pèle et ne lui fait plus mal. Assis devant la porte il respire l’air venant du large.

Brigitte s’assied près de lui et murmure : « c’est ça le temps libre. »

« Je l’apprécie parce qu’il est exceptionnel et court. Parce que je sais que je vais travailler à nouveau. »

« Tu verras. Tu apprendras le bonheur. Un jour tu sauras apprécier chacun des instants de ta vie. »

« O.K. Professeur. En attendant je vais m’occuper des petits déjeuners. Je te laisse goûter les joies de cette matinée enchanteresse. »

La fatigue du voyage, la chaleur, la bonne chère et les alcools rendent le réveil des retraités difficile. Les considérations sur les lourdeurs digestives et les vieilles douleurs l’emportent sur les plaisirs de l’exotisme. Le miracle n’a pas eu lieu : ils se retrouvent comme chaque matin. Après la douche et le maquillage, la volonté reprendra le dessus. Les gais voyageurs monteront dans le car de l’aventure. Pour l’instant, en short ou en peignoir, c’est un groupe de vieux qui a triomphé de la nuit. Une fois encore. Les grognons trouvent le café froid ou le thé trop chaud ; le pain brûlé ou pas assez grillé ; les fruits trop durs ou trop mûrs…Quelques bons vivants plaisantent ou s’extasient sur la température et la vue sur l’océan.

Une grande et grosse octogénaire, bagues et bracelets au vent, retient Dunant : « J’ai deux hôtels restaurants. L’un de mes gérants ne me convient pas. Je vous ai observé hier. Comment se fait-il que vous soyez là ? »

Il raconte sa brasserie prospère, le départ de sa femme, le fisc, le comptable incompétent…il parle de ses projets.

« Laissez-moi votre nom et votre adresse ainsi que l’endroit où vous aviez votre brasserie. Je vous écrirai bientôt. Si ce que vous avez dit est vrai je vous confierai mon hôtel. »

1.26 9

Dunant se sent porté par des ailes inconnues. Il ne veut pas y croire. Et si…

« On courtise les grands-mères ? » rit Brigitte.

« C’est peut-être une fée. Elle possède deux hôtels et cherche un gérant. Tu te rends compte ! »

« Tu vois que la chance existe. »

« Il vaut mieux attendre avant de boire le champagne. Je n’ai de toutes façons pas de quoi le payer, pas plus que le billet de retour. Il m’a été volé avec le reste. Heureusement je travaille. Comme j’aime ça je ne me plains pas. »

Au moment de la coupure, Dunant dit à Smet les promesses de la vieille femme.

« Et tu abandonnerais nos projets ? Là-bas tu ne seras que gérant. Ici tu serais patron. »

« Á moitié puisque nous serons associés. »

« Tu seras vite à ton compte. Le tourisme se développe et la population augmente. Nous pourrons sans doute acheter un restaurant… »

« Je vais reprendre mon boulot. De toutes façons je n’ai pas de quoi payer le billet. »

« Je suis sûr que tu reviendras. On est mieux ici. »


Dunant a la tête ailleurs. Il se trompe de plat…oublie les notes…Brigitte le supplée. Pendant qu’ils rangent elle lui dit : « heureusement que j’étais là. »

« Excuse-moi. Merci encore. Tu es la personne qui aura fait le plus pour moi. Je te devrai sans doute ma nouvelle vie. »

« N’exagère pas. Je suis juste là au bon moment. »

« Sans toi je serai encore dans la rue. Ou en prison. La vieille veut peut être simplement se donner de l’importance. Au mieux elle va se renseigner et tenter d’obtenir que je travaille pour presque rien. Elle n’envisage pas de m’aider mais de régler son propre problème au mieux de ses intérêts. Toi c’est différent. Je ne comprends toujours pas pourquoi tu m’aides. »

« Parce que j’ai besoin d’être utile pour me sentir exister. Disons que c’est une infirmité. C’est quand je donne que je me sens bien. Tu m’apprends ton métier et beaucoup de choses sur la vie. N’oublie pas que je voulais être psychologue… »

« Donc c’est moi qui te rends service. »

« Peut-être plus que tu ne crois. Sans toi je serais sans doute repartie. »

« Et Francis ? »

« L’homme qu’il devient ressemble de moins en moins à celui que je connaissais. Il était désireux de réussir, mais il ne pense plus qu’à gagner de l’argent. Travailler toujours plus pour agrandir son entreprise et devoir travailler plus encore et encore. Ce n’est pas la conception que j’ai de la vie. Je veux partager le temps. Pour moi, l’unité de mesure de l’amour est le temps partagé. On entend trop souvent des parents dire à leurs enfants qu’ils laissent à une nounou ou une crèche : c’est pour toi que je le fais. Tu trouveras plus tard…De la même manière un homme dit à sa femme que s’il n’est pas auprès d’elle c’est pour gagner de quoi lui offrir des bijoux ou des robes…Les cadeaux ne sont pas des preuves d’amour. Juste des compensations et des dédommagements. »