Bookmaker Bet365.com Bonus The best odds.

1.23 6

Dunant regarde l’océan. Il ne connaît rien de l’île. Tout est allé trop vite. Quoi qu’il en soit, il ne sera jamais un touriste. Les paysages l’intéressent peu. Les monuments encore moins. Il ne sait que travailler pour gagner de l’argent et se sentir fort.

Il demande à Smet : « tes parents étaient riches ? »

« Non. Je n’ai pas connu mon père. Nous étions trois enfants et ma mère travaillait rarement. C’était la misère. C’est maintenant que j’ai le plus d’argent. Tu vois que ce n’est pas formidable. Et toi ? »

« Je suis né pauvre. Mes parents avaient une toute petite ferme. J’ai bossé. J’ai réussi à faire partie des gens riches de ma ville. J’ai tout perdu mais je recommencerai. Je n’ai que quarante-trois ans. Je me sens costaud malgré la faillite, les coups et mon dos brûlé par le soleil. J’aurai ma revanche. »

« Tu veux te venger ? »

« C’est ce qui m’a tenu au début. Je les voyais me taper à nouveau sur l’épaule, m’appeler par mon prénom…tous ces notables…ces minables…Non. C’est fini. Je ne sais pas pourquoi je veux redevenir riche…je n’y ai jamais vraiment pensé. Lâche-moi un peu. La psychologue de Francis passe son temps à me questionner. Alors si tu t’y mets aussi… »

« Elle est bonne celle-là. Qui a commencé ? C’est toi qui voulait savoir si j’étais né riche. »

« Excuse-moi. Ces mois de galère n’ont pas arrangé mon caractère. J’ai dérouillé mais je suis là. Rien ne me descendra. »


Alors que son regard se perd sur l’océan, Dunant sent ses paupières devenir de plus en plus molles. Il se met debout. Il doit regagner son poste. Son dos douloureux l’a réveillé plusieurs fois au cours de cette nuit trop courte. Il se sent très fatigué.

En arrivant au bar il se sert un café suivi d’un grand rhum.

Brigitte le surprend quand il pose la bouteille : « tu ne devrais pas. Ça te fait du mal et si Francis te voyait… »

« Au travail ! » dit Francis en entrant « ce soir il y a du monde. Toutes les tables sont retenues et l’hôtel est complet. Un groupe de retraités. Je serai bloqué à la cuisine. Vous devrez vous débrouiller. »

« Tu aurais pu prendre un serveur de plus » remarque Brigitte.

« C’est ça ! Pour perdre le bénéfice. »

« Oh ! Trente euros ! Pour une recette de plus de mille cinq cents… »

« La recette n’est pas le bénéfice. Il y a les fournitures, les impôts, les amortissements, l’électricité…tu verras quand tu te mettras aux comptes. »

La jeune femme dépose un baiser sur la joue de son compagnon : cesse de toujours compter. Détends-toi. Vis. »

« Au boulot ! Pour la détente on verra plus tard. »

« Il a raison » dit Dunant « il ne faut pas mélanger les choses. Au travail il ne faut penser qu’à ce qu’on fait. Après on peut décider de sa vie. »

1.24 7

Brigitte rit : « Après ? C’est quand après ? Á quatre-vingt-dix ans ? Il travaille dix-huit heures par jour sans un jour de fermeture dans l’année. Il dort les six heures qui restent. Il n’a rien vu de la Réunion. Il veut gagner encore plus pour agrandir l’hôtel. Il aura alors plus de charges et encore moins de temps libre. C’est ça la vie ? »

« La sienne oui. Comme la mienne. Nous ne savons pas rester sur une plage à bronzer les yeux fermés. »

« On peut nager, marcher, lire, rencontrer des gens, voyager… »

« Une heure reste une heure. Une année a trois cent soixante cinq jours pour tout le monde. L’essentiel est d’aimer ce qu’on fait. »

« Dès que les clients vont arriver, plus rien n’existera que le service : se souvenir de la commande, vérifier s’il reste du pain, ne pas entendre la remarque blessante, courir, rendre la monnaie, desservir…et recommencer. »

« C’est la vie que j’aime. Surtout quand l’argent entre dans la caisse. Peut-être parce que ça ne me laisse pas le temps de penser. C’est mon territoire. L’argent me rassure pour l’avenir parce que j’ai été pauvre. Voilà Docteur. Ma réponse te satisfait ? »

« Non. Nous aurons l’occasion d’en reparler. Toutes les heures ne se ressemblent pas. Il y a le temps qu’on nous vole et qui appartient à ceux qui décident pour nous : à l’école, à l’usine, dans le salon d’attente…Et celui dont nous disposons nous-mêmes : le temps libre. »

« Celui-là je le connais. Je viens de vivre libre pendant des mois. Tellement libre qu’il me fallait l’alcool pour oublier. Avant, le temps libre m’amenait les clients cherchant une oreille et d’autres personnes qui s’ennuyaient autant qu’eux. Ils oubliaient leur liberté en buvant. Pour d’autres c’est la drogue ou la déprime. »

« C’est aussi la méditation, la conversation, les loisirs, les amis…il est vrai qu’il faut apprendre à le vivre. Dès la naissance on impose au petit d’homme ce qu’il doit faire : ranger ses affaires, de dépêcher pour aller à l’école ou au lit, abandonner ce qui pourrait l’intéresser.

Peu à peu, ce dressage nous rend infirmes. Nous ne savons plus rien faire par nous-mêmes. Les vacances sont collectives, tout comme les autres moments de loisir. La retraite est un gouffre vide qu’on tente d’occuper par de nouvelles obligations à horaires fixes. On devrait apprendre l’autonomie aux enfants pour qu’ils sachent décider par eux-mêmes et choisir ce qu’ils veulent être. »

« Ta société serait drôle. On en serait encore à l’âge des cavernes. »

« Il ne s’agit pas de tout arrêter. Juste refuser la course au fric et au pouvoir. Ne pas se laisser imposer des choix par la société de consommation et les modes. »

« Pour l’instant nous devons bosser. Voilà les premiers clients. »