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Á l’ANPE on demande à Dunant des justificatifs des papiers d’identité. Il doit aller à la mairie, d’où on l’envoie au commissariat pour une déclaration de perte. Ne pouvant justifier de domicile ni de travail, il devient vite suspect. Pour gagner du temps, il donne l’adresse de l’hôtel de Francis. Un policier décide de l’y accompagner.

C’est Brigitte qui les accueille. Elle confirme son identité. Elle indique qu’un client violent a maltraité Dunant qui est serveur au restaurant.

Quand le policier est parti, Brigitte dit : « nous vous cherchons depuis hier. Denis va nous quitter. Il a obtenu un emploi à la cantine municipale. Francis est d’accord pour vous reprendre au service. Nous travaillerons ensemble. Vous m’apprendrez le métier. »

« Merci. Je ne sais pas pourquoi vous faîtes tout ça pour moi. »

« Parce que vous êtes un être humain. Parce que la solidarité est une valeur forte. »

« Jusque là, j’ai toujours vu qu’on aidait les puissants, tout comme on ne prête qu’aux riches. On espère toujours récupérer largement sa mise. Peut-être croyez-vous en un dieu qui vous demande… »

« Non ! Je suis athée. Tous les gens ne sont pas aussi égoïstes que vous le dites. La générosité existe, tout comme le geste gratuit. »

« Je me souviendrai de ce jour. Je me suis fait dépouiller, tabasser, humilier…j’ai reçu des dons d’inconnus…et vous… »

« Nous pourrions nous tutoyer puisque nous allons travailler ensemble. »

« Mais, Francis… »

« Il a ses raisons. Je ne suis pas la patronne. Juste une employée comme toi. »

« Alors tu l’as retrouvé » dit Francis en entrant « et dans un drôle d’état. »

« Il est d’accord pour travailler avec nous. »

« Tu lui as dit les conditions ? »

« Ça c’est ton affaire » dit la jeune femme en s’éloignant.

« Bien. Tu seras payé au SMIC. Et déclaré bien sûr. Pour les horaires de travail, c’est sans changement. Brigitte m’a convaincu que j’avais intérêt à être en règle. Je serai à l’abri en cas de contrôle ou d’accident. J’aurais préféré quelqu’un d’ici, Cafre ou Métis, quelqu’un qui parle créole…tant pis. L’image du Métro reste toujours un gage de sérieux. Tu commences tout de suite. Pas la peine de te dire que si tu bois encore… »

«  Vous pouvez compter sur moi. Je veux vraiment m’en sortir. »

« Où vas-tu loger ? »

« Je chercherai. Maintenant que j’ai un travail ce sera plus facile. »

« Je peux te laisser la petite pièce derrière la réception. Tu t’occuperas de l’accueil avec Brigitte quand je serai en courses ou en cuisine. La nuit tu contrôleras les entrées comme je le faisais au début. »

« D’accord. Puisque je serai sur place. Et pour ce travail de nuit… »

« Tu es logé, nourri, payé, déclaré, n’en demande pas trop. J’aurais été heureux d’avoir tout ça quand je travaillais chez toi. »

« C’est parfait. Je peux m’installer ?

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Brigitte prépare les tables quand Dunant la rejoint: « je vous dois beaucoup. Grâce à vous j’ai un travail et un logement. Je ne comprends toujours pas… »

Elle rit : « il n’y a rien à comprendre. Mes amis m’ont toujours soutenue et je les aidais. Si le monde a pu évoluer c’est grâce à ces soutiens réciproques. Les gens se sont toujours réunis pour se protéger et travailler. »

« Parce que c’était leur intérêt. J’ai connu ces journées de corvées quand j’étais enfant. On s’échangeait des heures de travail pour les battages ou le déneigement parce qu’on ne pouvait pas s’en sortir seul. Les moissonneuses-batteuses et les chasse-neige ont rendu les gens à leur individualisme. La solidarité n’existe pas sans contrepartie. »

« Alors dis-moi quel intérêt j’aurais à t’aider ? »

« Je ne sais pas. Je trouverai. Pour l’instant j’en profite. Je suis un bon professionnel. Nous avons les mêmes intérêts. Ça je le comprends. »

« Tu es incorrigible. »

Les premiers clients arrivent. L’équipe se met au travail. Dunant observe Brigitte. Elle va nettement moins vite que lui. Elle écoute et parle. Il sait qu’elle a raison. Les gens viennent pour boire et manger, mais aussi pour se confier et être reconnus. Ils reviennent autant pour l’accueil que pour la qualité de cuisine.

Il pense à sa femme qui paraissait toujours s’ennuyer derrière sa caisse. Francis ne sait sans doute pas combien il a de la chance. Un jour elle partira avec un aventurier ou un notable. Peut-être même avec une épave qui donnera un sens à sa vie.

Á la fin du service et lorsque tout est en ordre, Dunant gagne son abri.

Un petit lit occupe la moitié de la pièce séparée de la réception par un rideau. Une penderie complète l’équipement. Aucune aération ne chasse l’air chaud.

Il monte se doucher au premier étage et sombre dans le sommeil

Deux fois, la sonnette l’arrache à son lit dans lequel il replonge aussitôt.

Tôt le matin, Dunant facture les départs et accueille les arrivants. Il enchaîne par la mise en place de la salle à manger.

Brigitte lui dit : « tu peux aller prendre l’air ou dormir un peu. Je veillerai sur l’accueil et le bar. »

« Je serai là dans une heure. »

Dunant boit un café que Smet lui offre.

« Alors tu as repris le boulot. »

« Tu ferais un bon flic. Tu es déjà informé. »

« C’est que tu es remarquable avec ta gueule cassée. Quand on m’a dit qu’un Z’oreil couvert de bleus travaillait chez Francis, j’ai su que c’était toi. Je savais que tu t’en sortirais. Nous pourrons reprendre nos projets quand tu auras fait des économies. »

Dunant rit. Il pourra raconter à Brigitte ce qu’est l’entre aide. Sans le sou il n’était bon qu’à ramasser les déchets. S’il s’en sort il sera un associé.

« Tu n’es plus d’accord ? » s’étonne Smet.

« Bien sûr que si. Mais il peut encore y avoir un cyclone. Le volcan peut se réveiller. Un raz de marée emportera peut-être ton camion. Je ferai des projets quand j’en aurai les moyens. J’attendrai au moins que mes plaies soient cicatrisées.

« La poisse ne s’accrochera pas indéfiniment à toi. Tu en es sorti. Je serai prêt à travailler avec toi dès que tu auras les moyens de payer ta part. »

« Merci de ta confiance. »