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Jean-Claude Champeil

"Moins de 2,5% des auteurs adressant un manuscrit aux éditeurs voient leur livre publié. Je ferai donc partie des 97,5% laissés pour compte : ceux qu’on appelle des écrivains ratés. Et pourtant j’aime écrire. J’accompagne des personnages ordinaires dans des situations vraisemblables. C’est ainsi que j’ai imaginé des enfants condamnés à n’avoir d’autre relation que la télévision. J’ai fait vivre à un quinquagénaire les bouleversements subis par un gagnant du loto. J’ai utilisé les annonces pour organiser une rencontre entre un paysan cantalien et une prof montpelliéraine. J’ai plongé dans un piège un jeune écrivain pour étudier le fonctionnement du pouvoir. Et... d’autres encore. Ecrire c’est aussi vouloir rencontrer des lecteurs. Les nouvelles techniques d’impression me permettent de faire imprimer mes romans à la demande, en petite quantité. L’évolution des moyens de communication peut m’aider par la création d’un site. Je vais informer... le monde entier (!) de la parution de mes romans. Si tout va bien, j’aurai peut-être ... deux ..., rêvons ..., même trois ou quatre lecteurs".

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Des vies de Cantaliens au XXIè siècle (1/3)

Jean-Claude Champeil

 Jean Claude Champeil, instituteur à Champs, Siran, Cézens, Sauvat, Saignes, Yolet, Aurillac, aussi responsable de la FAL, de la Cantal natation, créateur et animateur du Tour du Cantal Pédestre ... a rassemblé dans un livre les récits faits par des Cantaliens, ou leurs enfants, qui ont bien voulu dire leur vie.

Ce sont des textes avec photos qui permettent de découvrir, ou redécouvrir, des personnes qui ont contribué à faire du Cantal ce qu’il est aujourd’hui. Nés au début du XXe siècle dans un département sans automobile ni électricité, ils ont vécu les guerres et les transformations dues aux nouvelles technologies.

Ces vingt biographies font traverser le siècle. Certains des lecteurs retrouveront là ceux qu’ils connaissent ou ont connus, les plus jeunes découvriront ce que fut la vie de leurs parents et grands parents

Un deuxième et un troisième tomes ont été également publiés.

Commande :
Jean-Claude Champeil - 8 rue Croumaly - 15000 Aurillac.

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Se procurer le roman

La Chute

roman publié sur Cantalpassion

 Jean-Claude Champeil, auteur cantalien


1.1 11

Il arrive essoufflé chez le notaire où sa femme l’attend, dans le bureau du tabellion. Il répète ce mot qu’il trouve ridicule depuis qu’un client lui a dit qu’on nommait ainsi ces officiers ministériels. Tabellion ! Il se détend un peu. La voix de sa femme le hérisse très vite. Elle ergote. Elle hésite. Elle ne sait pas bien…

Lui, tient à sa brasserie. La colère va l’emporter quand elle se décide à signer.

« Tout est en ordre. Le reste est du ressort du juge » conclue le notaire en les raccompagnant.

Dunant se sent cocu deux fois parce que dépossédé. Il assène une gifle à sa femme, si violente qu’elle est projetée contre le mur. Le notaire se précipite pour l’aider à se relever.

« Vous n’auriez pas dû… »

« Ta gueule le tabellion ! Toi aussi tu la sautes ? »

L’histoire fait le tour de la petite ville. Dunant l’a racontée cent fois. De nombreuses variantes ont conduit sa femme à le supplier pendant que le notaire affolé rentrait par la fenêtre. Deux employés l’emportent, ivre mort, en fin d’après-midi. On parle de dents cassées, de fracture du crâne, d’intervention policière, d’internement psychiatrique…

Le lendemain, le bar ne désemplit pas. Dunant a retrouvé sa place, son rire et ses histoires. Il rabroue les indiscrets, bous cule ses serveurs et cuisiniers. Il est égal à lui-même, jovial et sûr de lui. Il est rassuré en voyant que les notables sont toujours là.

Les élections se préparent. Il est très sollicité. Le Maire lui propose un poste d’adjoint. Le chef de l’opposition sollicite son soutien. Une liste de commerçants pourrait être constituée. On lui demande d’en prendre la tête.

Il est ravi, mais il sait que ses clients viennent de tous les horizons. S’il choisit un parti, il est assuré de perdre les autres. Sa vie n’est pas à l’Hôtel de Ville. Elle est ici, dans sa brasserie où il règne sans partage. C’est sa famille et sa base de loisirs. Sept jours sur sept il est présent. Il s’est juste libéré pour se rendre chez le juge qui a prononcé le divorce.

Sa femme n’a pas déposé de plainte.

Il garde l’essentiel.

Une jeune caissière sourit aux clients. Elle le rejoint, les soirs où il le lui dit, dans sa chambre au-dessus.

Il ne lui manque rien.

Son horizon est limité à la terrasse.

Le monde entre chez lui.

Son banquier lui-même se déplace pour le conseiller.

Quand on lui parle de crise, il étale sa prospérité. « Du travail, il y en a pour ceux qui le veulent. Les feignants ont toujours existé. Et on leur donne des primes, des R.M .I., des allocations. C’est tout bénéfice pour moi puisqu’ils me l’apportent aussitôt. Ceux qui sont pauvres le veulent bien ! »

Pour ne pas perdre de client il sait adapter ses remarques aux idées politiques de chacun.

12

Un inspecteur des impôts vient contrôler ses comptes. C’était le domaine de sa femme et du cabinet comptable. Dunant sort ses registres. La jeune caissière est moins performante que jolie. Sa mission consiste simplement à taper les notes et rendre la monnaie. Vite lassé par les questions, Dunant hausse le ton et refuse de répondre en menaçant de faire intervenir ses amis hauts placés.

Dès le lendemain, il est convoqué à la Direction des Services Fiscaux, alors que deux inspecteurs viennent vérifier la régularité des embauches et les stocks.

Les déclarations apparaissent très vite insuffisantes ou même fausses.

Plus les jours passent et plus la gestion de l’entreprise semble douteuse. Il a beau expliquer que l’achat de sa maison et celui de la villa d’Arcachon l’ont conduit à prélever beaucoup sur les fonds de la brasserie, que ces maisons appartiennent maintenant à sa femme, que c’est donc vers elle qu’il faut se tourner… Le redressement annoncé assomme Dunant : il doit près de trois millions pour les quatre dernières années. Il se précipite chez le Maire qui promet son soutien. Le Député annonce à son tour qu’il va s’occuper du dossier.


Les employés, informés des conditions légales de travail, se sont plaints. Les horaires étaient toujours dépassés. Les heures supplémentaires n’étaient pas payées.

La réaction de Dunant est violente : « est-ce que je compte mes heures moi ? Je vous donne du travail ! Vous n’avez qu’à partir. Je trouverai facilement des remplaçants. »

Les Prud’hommes sont saisis. L’URSSAF intervient pour les salariés non déclarés. Le patron nie le travail au noir : « j’aidais ces jeunes en les formant et en leur donnant un peu d’argent ! »


Bientôt, c’est le banquier qui s’inquiète. Il refuse tout découvert. Les fournisseurs de la brasserie n’acceptent plus de livrer qu’après avoir été payés.


Dunant s’assombrit et accable de ses plaintes les clients désireux de passer un moment paisible. Ils ne reviennent plus.

Les dossiers s’épaississent. Les échéances ne sont plus honorées.

La faillite est prononcée par les juges du Tribunal de Commerce.


Dunant, qui n’avait fait aucune distinction entre ses fonds personnels et ceux de son entreprise, perd tout dès l’énoncé de la décision. Le gros 4X4 qu’il aimait montrer à ses clients est saisi lui aussi.

Ses anciens amis ferment leur porte à celui qui est décrit par tous comme violent, noceur, abusant des jeunes femmes et des pauvres gens. Ils savaient tout de lui depuis longtemps, mais il était riche. Ces abus sont devenus intolérables maintenant qu’il n’a plus rien. « Moi aussi j’ai des frais…La vie devient de plus en plus difficile…j’aimerais pouvoir t’employer mais je licencie déjà mes salariés… »

1.2 13

Dunant se réfugie dans un hôtel à bas prix en sortie de la ville.

Plus personne ne le salue.

Le voilà devenu transparent.

Le regard des autres le transforme à ses propres yeux. Sa démarche s’alourdit. Ses épaules s’affaissent. Des poches sous ses yeux surmontent la barbe qu’il ne coupe plus. En fin de journée, dans les petits bistrots des ruelles sombres, il lui arrive de retrouver les ivrognes qu’il chassait de sa brasserie.


Ce matin, il se lève bien décidé à remonter la pente. Il va se venger. Il reprendra son bien.

La brasserie a rouvert. La décoration est refaite. Une partie du personnel est là. La petite caissière a repris sa place.

Il n’ose pas entrer. Il reste sur le trottoir, de l’autre côté de la rue.

Il s’éloigne tête basse.

Un jour il retrouvera sa place.

Ils verront !


Les courriers adressés en réponse à des annonces ou à des amis demeurent sans effet.

Il est trop vieux.

Il n’a pas le bon profil.

La plupart du temps aucune réponse ne lui est faite.


Un de ses cuisiniers, installé à la Réunion, lui dit qu’il est prêt à le prendre comme maître d’hôtel. Il se souvient de ce jeune sortant de l’école. Il l’avait gardé quelques mois. C’était au tout début. Il travaillait sans discuter ni compter les heures. Considérant qu’il était en formation, Dunant ne le déclarait pas et le payait très peu. Il était parti un jour en laissant sa cuisine en ordre. Son patron, désemparé, avait dû annuler les repas de cette soirée.

Francis !

Il lui était donc reconnaissant. Sans doute regrettait-il son départ cavalier.


Dunant se renseigne. Le voyage coûte neuf cents euros. Il essaie de mettre en avant sa situation difficile, mais rien n’y fait.

Il entreprend la tournée de ses amis. Certains donnent dix euros, la plupart évoquent leur propre situation difficile.

Il décide d’aller voir sa femme.

« Que veux-tu ? » Demande la voix sortant de l’appareil qu’il avait fait installer pour éviter les importuns. Il sait qu’elle le voit par l’intermédiaire de la caméra toujours en place.

« J’ai besoin d’argent. Je suis au bout du rouleau… »

« En quoi ça me regarde ? »

« Pardonne-moi. Je regrette de t’avoir giflée. »

« S’il n’y avait que ça. Tu oublies les années de mépris, tes maîtresses affichées, tes contrôles de mes moindres dépenses… »

« Laisse-moi au moins entrer. »

« Nous n’avons rien à nous dire. Tu as cessé d’exister pour moi. Ça ne me fait même pas plaisir que la vie te mette à ta vraie place. »

« J’ai trouvé un travail. Chez Francis. Tu te souviens du jeune cuisinier qui nous avait laissé tomber. C’est à la Réunion. Il me faut mille euros pour le voyage. »

Le grésillement de l’appareil lui signifie qu’elle n’écoute plus.

Il entre dans une épicerie pour acheter un litre de vin. Il ne veut pas dépenser dans un bar ce qu’il a reçu dans sa quête.

Il boit son vin au goulot, assis sur un banc. Il ne se cache même plus.