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1979. L'augmentation démesurée du prix du carburant provoquée par le deuxième choc pétrolier n'empêche pas la jeunesse de se rendre dans les grands dancings : Le Club de Saint-Paul-en-Jarez, Le Tourbillon de La Sauvetat, Le Sporting de la Voulte-sur-Loire, La Guilde d'Yssingeaux, Les Cimes de Raucoules, L'Oasis du Monastier-sur-Gazeille, sans oublier les belles salles d'Estivareilles et de Vergongheon...

Le dancing de Rimeize proche de Saint-Chély d'Apcher attire les Lozériens, les Cantaliens et les Altiligériens. Ce samedi, l'orchestre arrive à 14 heures pour répéter. Après un gros travail, une pause-café s'impose. La mise au point musicale est terminée pour : Too much heaven (Bee Gees) Da ya think I'm sexy (Rod Stewart) et surtout le tube des Village People Y.M.C.A. (Young Men Christian Association). Pour former ce groupe, deux affairistes français, Jacques Morali et Henri Belolo recrutent six personnages curieux mais représentatifs des communautés sociales américaines : un indien, un marin, un policier, un ouvrier, un cow-boy, un rocker.

Rolande and Coco de formation gymnique et danse moderne ont préparé leur chorégraphie dans les moindres détails. La dizaine de tenues ultramodernes qu'elles ont imaginées et souvent réalisées pour leurs différents passages sont du plus bel effet à en juger par les réactions du public.

Sans prévenir, l'ami Gérard se précipite dans les loges et revient travesti en curé. Il vient d'apercevoir se promenant sur la route, deux bonnes sœurs qui portent cornettes. Il part lentement à leur rencontre. Les mains jointes, après un signe de tête révérencieux, il engage la conversation.

─ Mes hommages mes sœurs !

Méfiantes, elles se renseignent.

─ Bonjour Monsieur l'abbé ou

peut-être Monsieur le curé ?

─ Monsieur le curé ! (Tant qu'on y est).

─ Où exercez-vous votre ministère ?

─ À Menet près de Riom-ès-Montagnes.

─ Vous êtes Ménétois, nous connaissons bien cette belle région !

─ Oui ! Voyez-vous mes sœurs je chante dans une formation de variété. J'adore le chant populaire, celui qui va droit au cœur de nos paroissiennes et paroissiens les plus jeunes. Je ne perds pas une occasion de prêcher la bonne parole à chaque fois que Dieu m'en offre la possibilité. Où, mieux qu'ici, peut-on rencontrer cette jeunesse qui nous échappe, je vous le demande ?

Cette mission m'a été confiée par Monseigneur l'évêque de Saint-Flour, Maurice Pourchet en personne.

─ Monsieur le curé, toutes nos félicitations, nous avons une grande admiration pour votre courage sacerdotal, mais soyez prudent ! Le mal est partout, ne succombez pas à la tentation et délivrez-vous du bal. Ainsi soit il !

Mais il n'en a cure ce taquin.

Le duo de nonnes, (Sœur Edith et Sœur Michèle) prenant congé du jeune prélat, s'engage dans le boyau qui même au presbytère.

Le soir, le bassiste Jean-Louis Biogeau attend avec une jouissance non dissimulée le sermon du petit prêtre des montagnes écrit par Claude Moine (Eddy Mitchell). Ça ne s'invente pas ! Pas de Boogie Woogie.

Le pape a dit i i que l'acte d'amour / Sans être marié, est un péché.

Cette nouvelle il me faut l'annoncer / A ma paroisse : je suis curé...

Mes biens chers frères (to to to ton),

Mes biens chères sœurs (to to to ton)

Reprenez avec moi tous en chœur :

Pas de boogie woogie avant de faire vos prières du soir.

(Boogie woogie, pas de boogie woogie) Allez les chœurs !

Ne faîtes pas de boogie woogie avant de faire vos prières du soir...

(Boogie woogie, pas de boogie woogie)

Suivent de Boney M Ra Ra Rasputin l'usurpateur qui guérit les maux d'amour et le freak de Chic une autre valeur garantie. Le pompon est décroché par un Guadeloupéen chevelure bouclée, costume trois pièces, professeur d'Anglais. Patrick Hernandez, d'abord déçu par le show-biz, devient un paisible éleveur de chèvres. Deux ans se passent, puis il est sorti de sa quiétude par un producteur de disques qui se souvient de sa voix. Canne au pommeau d'acier en main, il fait le tour du monde avec Born to be alive, l'emblème incontesté du disco. (Vingt trois millions de disques vendus).

Yes, we were born born born

Born born to be alive.

Dans la troupe qui l'accompagne pour sa tournée, on note la présence de la sulfureuse Louise Véronica Ciccone, connue sous le pseudonyme de Madonna. Elle lui porte chance sans se faire prier : c'est normal.

Pour son retour sur les ondes, le romantique et ténébreux Hervé Vilard lance Nous, ce qui débute bien la série de slows.

Nous, c'est une illusion qui meurt

D'un éclat de rire en plein cœur

Une histoire de rien du tout

Comme il en existe beaucoup.

Ce passage doucereux est complété par Ti amo D'Umberto Tozzi. Par crainte de ne pas être entendu, il martèle son cri d'amour, de détresse et de pardon.

Si elle ne comprend pas, c'est qu'elle a la tête dure ou qu'elle est sourde !

Ti amo ti, amo, ti amo ti, amo ti amo ti amo ti amo...

Eruption avec son entrée originale au synthé' dans I can't stand the rain, captive le public. Souvenez-vous : Ta ga da ga da k'ta, Ti Ti. (2 fois).

L'éclairagiste se sert de ce morceau pour allumer ses feux d'artifices. Les regards sont alors braqués sur les soleils, les fontaines, les bouquets d'étoiles, les feux de Bengale...

─ Oh la belle bleue ! Vous savez tous que le zinc produit la couleur bleue.

Un léger incident se produit. Une fusée mal calibrée ''Jack in the box'' sort de sa boîte en sifflant, monte plus haut que prévu, s'éclate contre le plafond et retombe sur la peau de la caisse claire et la transforme en une véritable passoire. Le batteur change de teint et de peau, mais pas de tempo !

La fumée dégagée est utilisée pour une mise en scène qui surprend encore. Comme venus d'outre-tombe, sortant de derrière ce rideau opaque filtré par une lumière noire et froide, deux fantômes (les danseuses) créent une atmosphère lugubre voire macabre. Soudain un squelette (le chanteur) surgit des ténèbres. Le frisson traverse le public. La face ''A'' du microsillon de Robert Carpentier Réincarnation (Cutugno/Pallavicini/ Guarnieri/Delanoë) est fort à propos.

Ce n'est pas facile à croire,

Dans une autre vie j'étais mercenaire.

Tailleur de pierre, cheval d'une reine...

Réincarnation, réincarnation,

Mais c'est la dernière de mes renaissances

Réincarnation, réincarnation, réincarnation

Après quoi ce s'ra la fin et le néant.

La face ''B'' parlée, Auto de Michel Lefort est tout aussi impressionnante. L'attaque dans le noir par un lourd battement de tom-basse et des chœurs funèbres d'un grave monocorde donnent la chair de poule.

Auto auto-o, auto auto-o, Auto auto-o, auto! (Chœurs)

C'est un dieu sanguinaire qui boit le sang humain.

C'était son tour hier, ce sera toi demain

Sur l'hôtel du goudron sacrifié comme l'agneau. Auto

Les musiciens qui se donnent au maximum sont fiers d'être considérés et un peu admirés. Le spectacle est total.

Je me permets de faire une remarque qui me paraît d'importance :

Personne ne danse ! Est-ce une bonne chose ?

On s'éloigne encore un peu plus des fondements du bal musette, de la gambille de Philippe Clay (Guy Béart & René Fallet 1957).

Viens à la gambille, tu verras des filles

Qui frétillent des gambettes, viens danser au bal musette

Viens à la gambille, écouter les trilles

De ma petite java, la java c'est ça qui m'va

Y a pas ! Y a pas ! Y a pas ! Y a pas !

Y a pas ! Y a pas ! Y a pas au-dessus de ça

Au bout de la nuit, le casse-croûte et La soupe aux choux (René Fallet) font souvent défaut. Ces moments de franchouillardes rigolades disparaissent les uns après les autres.

Pour se justifier, les organisateurs se plaignent de la multiplication et de l'augmentation des frais : le droit d'emplacement ou de location de salle, le branchement électrique, l'achat d'extincteurs pour la sécurité, le prix des orchestres (une vignette sécurité sociale par exécutant), le personnel à déclarer... Les sociétés servent de prête-nom. Elles le louent à un affairiste et gardent le bénéfice de la buvette. Il faut tirer au plus fin.

Nous sommes entrés dans une époque de vaches maigres !

Sept ans plus tôt, à Lorlanges je me souviens avoir assisté lors d'un de ces en-cas d'après bal vers trois heures du matin, à un supplément de musique totalement imprévu. Les musiciens apprennent par la femme du patron du dancing que son mari Monsieur Cavard prend un an de plus. Pour faire plaisir, Marcel ressort spontanément son biniou et son fils sa cabrette. Tout le monde chante Joyeux anniversaire, On n'a pas tous les jours vingt ans (Charles Pottier & Léon Ratier) et des chansons à boire. Le patron heureux a oublié l'altercation de l'après-midi avec Bacchus, bassiste barbu, planteur de pointes de 140 dans les lambris fraîchement vernis. Il propose même un nouveau contrat.

─ Marcel, tu me gardes la date pour l'an prochain !

L'accordéon ne fait plus recette, le nombre de petits bals est aussi en baisse. Cela n'arrange pas les gens du même âge qui éprouvent le besoin de se retrouver chaque année pour le banquet de la classe. Ils fêtent leur quarantième anniversaire en privé et sont obligés de louer les services d'un orchestre pour espérer danser sur les morceaux de leur époque, le bal du village ayant disparu.

A la fin du repas gastronomique, entre les délices de nos monts et l'omelette norvégienne, le chevronné Loulou Barbance à l'accordéon et ses trois acolytes, batterie, guitare, saxo débutent par un classique du paso Si vas à Calatayud (Salvator Valverde & Ramon Zarzoso). Ils font swinguer la belle valse de François Deguelt Le petit bal de la marine.

Je me souviens très bien / Du petit bal de la Marine...

Puis le temps a passé / Sur nos jeunes années,

Et tout a bien changé / Les petits bals perdus

Les petits bals perdus / Ne se fréquentent plus.

Maurice Farges le sax', préparateur en pharmacie, trouve opportun de caser :

─ C'est une bonne graine de vals', ce qui n'est pas monnaie courante !

L'alcool n'aidant pas, La Guitte un des ''classards'' fan de Nino Ferrer s'avance vers le guitariste. Il lui demande le plus sobrement possible sans trop bafouiller :

─ Je veux être noir.

La réponse prévisible ne se fait pas attendre :

─ Tu veux être noir ? Je crois que c'est déjà pas mal comme ça !

En souriant, il lui donne satisfaction.

Du même compositeur, le jerk qui suit Madame Robert, accélère la digestion.

Dans le cas présent, le ''Hue'' est plus approprié que le Yé yé. Il s'agit de la deuxième et dernière exception à la règle. J'en fais mon mea-culpa.

Mon père est un homme de bien...

Le dimanche avec des amis / Il fait des parties de rami.

Ils boivent le vermouth et la bière

En parlant de Madame Robert (Hue).

Même le bal du 14 juillet, consacré fête nationale en 1880, perd de son caractère populaire et familial. Le côté spectaculaire l'emporte sur la partie dansante. La retraite aux flambeaux emboîte le pas derrière la clique qui conduit au feu d'artifice. Le bal dans sa version attractive complète bien les réjouissances.

Maurice, le clavier, un accro de la fête foraine a gagné une trompette de gamin au stand de tir. Avec son briquet, il brûle légèrement un bouchon de liège et noircit l'embouchure de l'instrument qu'il pose bien en vue sur le devant de l'estrade mal éclairée. Sans trop attendre J.B. (Jean-Baptiste) un jeune flambard, s'empare du jouet, sort son mouchoir et se contorsionne pour singer Louis Armstrong. Il amuse bien son entourage. Il jubile. Ç'est parfait jusqu'à ce que ses copains s'aperçoivent qu'un gros rond noir s'est décalqué sur les lèvres du pseudo trompettiste et le lui font savoir. Se sentant piégé et il n'aime pas ça, J.B. se met à courir après les filles pour leur faire un big bisou bouchonné et se venger ainsi de leurs moqueries. Maurice, radieux, fredonne de Vincent Scotto & Lucien Boyer La trompette en bois :

Oh ! Dis chéri,

Oh ! Joue moi z en

D'la trompette, d'la trompette...

Comme ce doit être amusant !

Le gag est reproduit plusieurs fois avec succès au cours de la nuit. Maurice trouve des alliés parmi les spectateurs. Même les victimes tentent de faire naître de nouvelles vocations chez les copains qui n'ont encore rien vu.

31 octobre 1979, veille de Toussaint, ça sent le sapin ! Comme Laurent Voulzy, J'ai le cœur grenadine. Il bat la chamade rien qu'à l'idée d'aller voir l'orchestre Martial Ténor à Laissac en Aveyron pour ''sa dernière''. Malgré un carnet de bals bien rempli, la décision d'arrêter est prise. Bouleversé, j'en oublie la sortie annoncée dans les prochains jours d'Internet : A quoi cela peut-il servir ?

La descente après Montsalvy paraît encore plus tortueuse qu'auparavant, en passant à Entraygues, souvenirs souvenirs (j'y étais pour la première le 17 février 68 !)

21h30. Dans la salle des fêtes au premier étage, il y a déjà affluence. Tous sont au rendez-vous, mais presque personne ne sait qu'une page se tourne. Depuis une demi-heure le minicassette branché sur la sono donne le ton avec le 45-tours du groupe Queen (We are the champions et We Will Rock You) et celui de Gloria Gaynor (I will Survive).

La présentation des musiciens est toujours aussi clean, pantalons et gilets jaunes, chemises noires. Chez eux, on sent le désir de finir proprement, en beauté.

Un succès chasse l'autre : The logical song de Supertramp, Sultan of swing de Dire Straits. Le bon temps du rock'n'roll de Tom Jones & de Gary Jackson sur un texte de Michel Mallory, attaque de plein fouet le disco. Johnny en porte-parole courageux, n'hésite pas à déclarer qu'il en a une indigestion de ce boum boum.

J'en ai assez d'entendre à la radio,

Les mêmes sons et les mêmes tempos.

Il faudrait que la musique s'affole,

Tout comme au bon vieux temps du rock and roll.

Le retour d'Aline ''reliftée'' par Christophe, les succès de Deborah de Michel Sardou, Aimer la vie de Julio Iglésias, Où est ma ch'mise grise de Patrick Topaloff & Sim, Rosalie de Carlos, Le chanteur de Daniel Balavoine ébranlent l'empire disco qui semble pourtant taillé dans du teck dur comme un roc.

Je m'présente, je m'appelle Henri

J'voudrais bien réussir ma vie, être aimé...

Et partout dans la rue / J'veux qu'on parle de moi

Que les filles soient nues / Qu'elles se jettent sur moi

Qu'elles m'admirent, qu'elles me tuent

Qu'elles s'arrachent ma vertu.

Valérie, la belle Parisienne ultra maquillée, Valé pour ses adorables copines et ''la farisienne pot de peinture'' ou ''Silicone Valé'' pour les garçons, à cause de la refonte justifiée de son nez aquilin, demande avec un irrésistible sourire et un léger clignement de ses persiennes à l'italienne (faux cils) :

─ Don't cry for me Argentina s'il vous plaît !

(Chanté superbement en 1976 par Julie Covington dans le Rock Opéra Evita d'Andrew Lloyd Webber & Tim Rice).

Elle souhaite aussi entendre Quand on arrive en ville un extrait de Stramania (Michel Berger & Luc Plamondon) interprété par Daniel Balavoine et Nanette Workman, Johnny Rockfort et Sadia dans la comédie musicale.

Quand on arrive en ville / Préparez-vous pour la bagarre

Quand on arrive en ville / Quand on arrive en ville...

Daniel l'éclairagiste ne résiste pas à la douceur du léger strabisme convergent de ses yeux vairons qui confère à Valé un regard sensuel que seuls les hommes peuvent savourer.

Ses amies hypocritement disent d'elle :

─ Elle serait pas mal, mais elle louche !

Une autre opération est à envisager !

Delco le mécano qui est du voyage propose de lui refaire le parallélisme gratis.

Miss Valé exulte lorsque Daniel lui glisse à l'oreille, ce soir tu es La plus belle pour aller danser (Charles Aznavour).

Pour les oreilles c'est bon !

Dans sa tombe Sainte-Beuve rit en voyant ce ''Portrait de femme''.

Venant de Toulouse sans prendre Les chemins de traverse, Francis Cabrel jette également sa pierre contre l'édifice ''Cérronien'' avec Je l'aime à mourir.

Moi je n'étais rien / Et voilà qu'aujourd'hui

Je suis le gardien / Du sommeil de ses nuits

Je l'aime à mourir.

Ce style discothèque moins onéreux, qui fait la part belle à l'industrie du disque est en voie d'assassiner la musique jouée en direct, et se révèle être un péril pour la profession. La clientèle y trouve son compte pour l'instant, mais le retour aux valeurs ''bio'' ne saurait tarder.

2h. Les huit musiciens et le technicien enflamment la dernière demi-heure : Tragedy des Bee Gees, In the navy de Village People, Rock Rider du groupe Kiss, SilverBoy de Cherrie V-Smith, Apollo une création-adaptation en''nachbro'' (paroles phonétiques, éloignées de la langue Shakespearienne) du chanteur de l'orchestre...

Sans aller jusqu'à l'Apocalypse Now de Francis Ford Coppola, la preuve par neuf d'une mission bien accomplie est faite.

2h30. Dernier solo de cuivre sur l'indicatif Hot Caramel des Peppers, le rideau tombe. Sans dire mot, une simple poignée de main symbole d'une fin de complicité est échangée entre les membres du groupe. Mal posé sur son pied, ou simplement par peur d'être délaissé, le sax' ténor Selmer Mark VI chute sur la piste de danse, heureusement sans gravité...

Martial Ténor pose les sacs.