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1978. Les associations sportives, les amicales, les œuvres de bienfaisances, les comités d'entreprises, les syndicats, toutes les organisations ont recours à ce type d'animation dans le but avoué d'améliorer leur trésorerie. Les subventions des pouvoirs publics sont souvent trop faibles en cette période pour mener à bien les missions de chacun. Cela commence à poser quelques problèmes entre les bénévoles des sociétés et les entrepreneurs de spectacles patentés. Une concurrence s'établit lentement entraînant une érosion des recettes, donc une diminution du nombre de grands bals et ce au détriment des formations.

Ce n'est pas la Lettre à France de Michel Polnareff qui m'est adressée ce mardi, mais une invitation personnelle :

Lino Barthel & Martial Ténor

Sont heureux d'inviter Monsieur : Anatole Chabada

Le 15 octobre 1978 au Ranch de Luc d'Ussel sous chapiteau géant

Au gala extraordinaire de la Saint Luc

Avec : La star N° 1 en France

Plastic Bertrand

Et l'orchestre Inter-Danse

Martial Ténor

Anatole VIP, je n'y crois pas ! Durant toute la semaine, Ça plane pour moi (Lou Depryjck & Yvan Lacomblez). Le grand jour approche.

Ça plane pour moi / Ça plane pour moi

Ça plane pour moi moi moi moi moi

Ça plane pour moi / Hou ! Hou ! Hou ! Hou !

Ça plane pour moi

A mon arrivée dans le sas d'accès, je suis scotché par les mètres cubes de matériel sur scène. Tout est en double : amplis, sono, projecteurs, batterie... Le plus ahurissant est la présence dans la salle de deux régies d'éclairages. Pour le spectacle, Thomas baptisé évidement Edison manipule les curseurs. Je suppose qu'il doit être le roi du projecteur de poursuite, car pour avoir vu Plastic Bertrand à la télé, je sais que ça va sauter et courir dans tous les sens. Pour l'orchestre, l'impassible Daniel Garcia maîtrise parfaitement son sujet : programme et enchaînements sont au point, dignes d'une précision suisse.

L'autobus orange et blanc de l'orchestre accolé au chapiteau (2500 places) sert de loge à Plastic Bertrand (Roger Jouret, formé au conservatoire de Bruxelles).

Il vient de dissoudre son groupe Hubble Bubble après la sortie discrète de leur 33-tours Éponyme. L'échauffement de Roger est surprenant, digne d'un émule de la savate (boxe française) chère à Eugène Sue : moulinets de bras, montée de genoux, lancers de jambes, assouplissements, sursauts, pas la moindre vocalise.

Dans le compartiment voyage, je suis avec les accompagnateurs de Plastic qui répliquent aux blagues belges de Jean-Michel Picat le nouveau guitariste de l'orchestre. Le leader du groupe flamand pose une devinette :

─ Quel est le moyen le plus sûr de faire fortune ? Vous ne trouvez pas ?...

Et pour cause : c'est simple, tu achètes un Français à sa juste valeur et tu le revends au prix auquel il s'estime.

Le show attaque par une guitare brillante avec une grosse distorsion du son sur Pogo Pogo. Repris par toute la salle, Bambino (1956) retrouve une deuxième jeunesse. Dans Pognon Pognon le bondissant Plastic chevauche un énorme tuyau qui crache des spécimens de dollars à son effigie. Le public d'abord ravi, se fige légèrement lors de l'interprétation en avant première de Tout petit la planète. Il est vrai qu'avec l'effet réverbération et la puissance des baffles on a l'impression qu'il se moque en nasillant Tout petit la Planèze. Le final tonique avec son gros succès plane encore dans ma mémoire et fait oublier le futile malentendu. Le plus extraordinaire est à venir. Comme toujours pour remercier, l'orchestre commence la deuxième partie de soirée par l'une des dernières réussites commerciales de l'artiste Le Petit Tortillard. Surgissant des coulisses en même temps que les danseuses Rolande and Coco, tous les ''Plasticiens'' se joignent aux musiciens déjà en place. On a l'impression d'assister à un deuxième concert avec une quinzaine d'exécutants. La foule est en transe et ce n'est pas du toc, mais du direct, du vrai !

J'suis Le petit tortillard qui se pointe jamais en r'tard (à méditer !)

Le champagne est servi dans le salon ''SAVIEM''. J'ai l'honneur d'être invité à cette réception confidentielle.

La fête continue encore trois bonnes heures : un grand moment !

L'imprésario de la tribu des Marouanis, grippe-sous, ''constipé chronique'' (avare), dans une tenue qui rappelle celle de Mister Kane, compte l'argent du contrat visiblement agacé. Et pour cause ! Martial lui a remis la somme en coupures de deux cents, cent, cinquante, vingt francs et en pièces de cinquante, vingt, dix, cinq et un francs, contenue dans une boîte à chaussures ''Sioux'' préparée par Lino Barthel. Le compte est bon.

Un pochtron mélomane à ses heures, face au bar, dos à ''la musique'', surpris d'apercevoir Ténor qui vient recueillir les impressions du patron du Ranch, l'interroge :

─ Qu'est-ce tu fous là ?

─ Ça fait cinq heures que je fais le guignol sur les planches spécialement pour toi et tu ne m'as pas encore vu ? (''Commartial'' Ténor !)

─ Ah bon, c'est toi qui sèmes ce bordel, on s'entend plus ! C'est pas grave, qu'est-ce tu bois ?

A ses pieds, dans la caisse de bière qu'il a l'habitude d'acheter dès l'ouverture, de peur d'en manquer, il ne reste que deux bouteilles pleines.

─ Avec tous ces soiffards, je me méfie !

Lino Barthel, grand sourire, visiblement très amusé :

─ Tu vois Ténor, ce n'est pas la peine de te casser le bonnet en faisant venir de Belgique cette bande d'agités. Ce zigue s'en tamponne complètement !

L'orchestre acquiert une bonne expérience après plusieurs passages avec Eddy Mitchell, Sophie Darel, C. Jérôme, Sandie...et en profite pour soigner un peu plus sa mise en scène et ajouter des sketches de music-hall.

Gérard avec l'accent marocain de Khouribga, déguisé en émir turban blanc et burnous noir, sur un fond sonore empesé, nous fait savourer la parodie de Pierre Péchin la Cèggal et la foôrmi. La moralité est laissée à votre appréciation :

Ti bouf', ti bouf' pas, ti crève quand même.

Des applaudissements nourris raccompagnent Gégé en coulisses.

Les décors, cigale, fourmi, palmier portent une signature reconnue, celle de Jean-Michel Laumont. Peints sur du contre-plaqué de plus de deux mètres de haut, découpés ils ajoutent à la mise en scène une touche supplémentaire de perfectionnisme.

Une poignée de secondes s'écoule. Le conteur-humoriste réapparaît en tenue de magicien-prestidigitateur sous le pseudonyme de Maître Gérard Manvuça.

D'un simple foulard, il sort deux œufs. Dans son gibus, d'un coup de baguette il les transforme en œufs au plat et après quelques simagrées en confettis. Le numéro est bien rodé.

Le tour de magie suivant surprend l'assistance. Le Maître demande à une volontaire : premièrement de choisir un nombre entre 1 et 107 ; deuxièmement d'allumer une cigarette ; troisièmement de souffler la fumée dans une tasse qu'il recouvre d'une coupelle. Après une longue concentration, il devine le nombre par transmission de pensée et à l'aide de cartes sur lesquelles se trouvent inscrits des numéros. Puis, il dessine les chiffres trouvés avec la fumée qu'il a décuplée (y a un truc) en la laissant s'échapper lentement de la tasse dans un large faisceau de lumière. Une grande partie du public surprise s'interroge, l'autre est sciée. Elle est assurément composée de badauds qui ont un lien de parenté avec le ''bleu'' de Teyssieu.

Ces épisodes divertissants sont réalisés sur un fond de musiques de films : Dolannes mélodie (Paul De Senneville & Olivier Toussaint) joué à la trompette par Jean-Claude Borelly dans le policier de Jean-Pierre Mocky Un linceul n'a pas de poches et Un été de Porcelaine de Mort Shuman tiré de la comédie L'hôtel de la plage (Michel Lang). La danse reste la préoccupation majeure.

Même les plus paresseux sont ''reboostés'' par Cé-Cé-Cé-Célimène (David Martial & Gilles Sommaire) aux accents caribéens dévastateurs et les incontournables Magnolias for ever, Alexandrie Alexandra de l'équipe à Cloclo (Jean-Pierre Boutayre & Etienne Roda-Gil).

Les sirèn's du port d'Alexandrie

Chantent encore la même mélodie wowo

La lumière du phare d'Alexandrie

Fait naufrager les papillons de ma jeunesse.

Pour surchauffer une salle, il n'y a pas mieux que les tubes de Johnny Hallyday. Au final du rock La première pierre, Gégé, dans un saut final trop dynamique, passe au travers du plancher : deux lattes ont cédé. Sans s'émouvoir, en grand pro, le chanteur réussit à s'extirper de la fosse tout en chantant le morceau de Tim Hinkley et Michel Mallory prévu, arrangé par Marc Bozonnet dit le Touriste chez Johnny.

Si j'étais un charpentier / Si tu t'appelais Marie

Voudrais-tu alors m'épouser / Et porter notre enfant

Ma maison ne serait pas / Le palais d'un grand roi...

L'orchestre pour ''brancher'' et enfoncer le clou, enchaîne Si j'avais un marteau dans la version de Trini Lopez (If I had a hammer Pete Seeger).

On a l'impression que Gérard s'est blessé, car il marche de guingois. Par bonheur, il n'en est rien. L'explication est simple. Le changement de costume se fait souvent dans la précipitation et la pénombre, pour éviter un blanc et assurer la continuité du programme. Il a chaussé des sabots dépareillés, un droit un gauche certes, mais de couleur et de hauteur différentes.

It's a heartache de Bonnie Tyler à la voix éraillée suite à une opération de la gorge, Backer Street de Gerry Rafferty avec une intervention envoûtante d'un sax', Tu d'Umberto Tozzi au timbre charmeur, font tomber les ultimes barrières de vertus. Le vaillant Michel Sardou est à la conclusion En chantant Toto Cutugno & Pierre Delanoë.

La première fille de ma vie / Dans la rue je l'ai suivie

En chantant.

Quand elle s'est déshabillée / J'ai joué le vieil habitué

En chantant.

J'étais si content de moi / Que j'ai fait l'amour dix fois

En chantant

Mais je n'peux pas m'expliquer / Qu'au matin elle m'ait quitté

Enchantée.

♪♫ Une quantité industrielle de 45-tours sort toutes les semaines. Le vinyle prend de la couleur pour se singulariser et se rénover. Il devient blanc pour Eagles (Please come home for Christmas), bleu translucide pour le groupe Space de Didier Marouani (Just Blue)...

Le compact-disc à lecture rayon laser pointe son nez. Les journaux spécialisés vantent sa qualité, sa durabilité, sa lecture une seule face, sa capacité et sa facilité de rangement. Une seule remarque, la sonorité paraît métallique. Les Japonais depuis 1974 expérimentent l'enregistrement numérique sur des sonates de Wolfgang Amadeus Mozart.

Sommes-nous à la veille d'une révolution dans ce domaine ?

Mystère et boule de gomme !