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1976. Pour travailler quelques jours de plus en semaine, avec ce principe musique enregistrée et musique en direct, les groupes-orchestres mettent le doigt dans un mauvais engrenage : celui de la boîte. Attirer et amener ses fans dans d’autres endroits est souvent prendre un risque inutile.

Au ‘‘Yoyo-club’’ d’Aurillac, le patron Jacky Gorgas et son bras droit Yves Monclus trouvent l’idée séduisante et l’utilisent à bon escient.

En province, dans les dancings importants ouvrent en sous-sol des night-clubs pour les plus jeunes et parfois des clubs privés pour une certaine clientèle plus aisée (‘‘quadra, quinqua, sexa’’) à la recherche d’un standing, qui n’a plus d’espace pour les divertissements de ce type.

Organisé par Roger le Président du comité des fête de Talizat, les ‘‘Planézards’’ se régalent ce soir-là en assistant au concert des Clermontois S.O.S. et leur super chanteur Boudu qui attire la foule, surtout depuis qu’il a été sauvé des eaux en 1932 par le cinéaste Jean Renoir. Le côté futuriste de ce groupe est encore accru par l’utilisation de stroboscopes (projecteurs), qui donnent l’impression d’un déphasage de la lumière (les mouvements paraissent saccadés et accélérés). L’essentiel de leur répertoire avant-gardiste est puisé dans les albums : d’AC/DC au son raboteux, des Sex-Pistols aux accents punk, des Who au rock pompeux et de David Bowie le caméléon londonien au timbre philadelphien. Des tubes plus commerciaux : Requiem pour un fou de Johnny, Je vais t’aimer de Sardou et Michèle de Gérard Lenormand sur des paroles de Didier Barbelivien touchent les admirateurs.

Michèle, c’est bien loin tout ça

Les rues, les cafés joyeux,

Même les trains de banlieue

Se moquent de toi, se moquent de moi, se moquent de moi !

Le journal La Dépêche de Saint-Flour annonce pour le bal à papa un grand orchestre de Douze, Les Clapier. En réalité il s’agit d’une entreprise familiale composée de quatre membres : le père, la mère, le fils et la fille. Ils habitent à Douze, un hameau proche de Paulhac. Auréolé par son passage au Casino de Vic-sur-Cère pour le gala ‘‘Vic-stock’’, The Clapers-Group jouit d’une popularité avérée. Le parquet-salon bourré comme une pipe en est la preuve.

Dans la salle des fêtes beaucoup de personnes regardent et écoutent le récital, ici sous les bâches on s’amuse. Comme au bon vieux temps du bal musette, on attaque par un paso et des marches. Les femmes, plus courageuses que les hommes et surtout meilleures danseuses, pour ouvrir les hostilités, ne s’embarrassent pas de préjugés et dansent entre elles.

Les deux musiciennes Marie et Mireille pendant l’hiver ont tricoté des pulls très seyants chinés gris et blanc, en pure laine ‘‘Pingouin’’ lamée d’un fil d’argent qui miroite sous les feux de la rampe.

Accompagnée, par son frère Edmond qui se débrouille pas mal à l’accordéon, (cadeau offert pour sa réussite au certificat d’études primaires par sa grand-mère) Mireille au chant dans Les Rois Mages de Sheila fait taper dans les mains tout le public conquis.

Comme les Rois Mages (Pouf, pouf !) en Galilée

Suivaient des yeux l'étoile du Berger

Je te suivrai, où tu iras j'irai

Fidèle comme une ombre jusqu'à destination

C’est une Love Story entre elle et eux, comme dans le film d’Arthur Hiller (Une histoire d’amour de Francis Laï 1971).

Avec Adieu jolie Candy, en voix de tête, elle nous transporte dans l’imaginaire du voyage de Jean-François Michaël.

Adieu jolie Candy / C'est à Orly / Que finissent / Les vacances à Paris.

Adieu jolie Candy / Une voix t'appelle / C'est l'heure / Déjà de t'en aller

Dans cet avion / Qui t'emmène vers l’Angleterre.

Pendant une courte pause, Marie la mère roule une cigarette qu’elle enfourne dans le bec du père René. Après trois tours de molette, le briquet à essence crache ses dix centimètres de flamme et sa fumée noire. Cette première ‘‘taffe’’ procure un bonheur simple au drummer qui ainsi a pu ne pas se séparer de ses baguettes de tambour. Sur le tard la fatigue se fait tout de même sentir. Si le bâillement est difficilement dissimulé, la cadence ne doit surtout pas en pâtir. René se fait remonter les bretelles par sa femme. Très à cheval sur les principes, elle lui fait sèchement remarquer :

─ Et le respect du public, qu’est-ce que t’en fais ?

Pris en faute, tout penaud, il redouble de vigueur et de puissance, ce qui lui vaut un rappel de la part du fiston :

─ Oh le père, on s’entend plus et tu accélères !

─ Toi, pipeau, doucement les basses !

L’on raconte que dans les années quarante, René déporté en Allemagne s’est évadé en emportant une partie de sa batterie (sa vache à lui). S’appelait-elle Marguerite comme la compagne de Fernandel dans le film d’Henry Verneuil, ce qui est sûr c’est qu’elle est une perle (Pearl) ?

Info ou intox ?

Ce sera toujours le secret de cette saga !

Pour cette soirée d’exception au bowling d’Aurillac, l’émotion est à son comble. Le public de jeunes n’est pas du goût des Clapier, mais ils ont de la ‘‘bouteille’’ et se sortent aisément de ce mauvais pas, qui n’en était pas un.

Les chanteuses se succèdent à la barre des mesures. Sur un registre différent, certes moins moderne que celui de sa fille, Marie supporte facilement la comparaison. De profil, poitrine insolente, l’œillade andalouse qui lui confère une attitude distinguée presque hautaine, le tambourin solidement empoigné, elle martèle Sombreros et mantilles.

Je revois les grands sombreros / Et les mantilles,

J'entends les airs de fandangos / Et séguedilles,

Que chantent les señoritas / Si brunes,

Quand luit, sur la plaza / La lune.

‘‘La Fréhel’’ en 1938, après avoir tenté d’assassiner l’infidèle Maurice Chevalier qui n’avait d’yeux que pour les jambes de Mistinguett (Il est vrai qu’elle a de belles gambettes) fait son grand retour à l’Olympia avec ce paso-doble de Jean Vaissade et Chanty.

Marie la mère les cordes vocales bien échauffées, après un Ricard pris en compagnie de Ténor et de son copain Jean-Pierre R. qui convainquant lui chaparde un autographe, nous gratifie de la valse Le dénicheur (Léon Agel et Léo Daniderff).

On l'appelait le dénicheur

Il était rusé comme une fouine

C'était un gars qu'avait du cœur

Et qui dénichait des combines,

Il vivait comme un grand seigneur

Et quand on rencontrait sa dame

On répétait sur toutes les gammes

Voilà la femme à dénicheur.

Un beau dimanche, à la sortie de la messe, Edmond après mûre réflexion, la sagesse de chez nous, demande à sa sœur :

─ Mireille, il te faut m’accompagner à la guitare !

─ Je suis d’accord, mais il faut que tu m’apprennes la musique !

Il l’initie à cet art en un après-midi et une veillée. La leçon est efficace et séduit toute la famille qui au grand complet part acheter une guitare et un ampli chez Gardelle le marchand de musique d’Aurillac. Après un essai plus que satisfaisant, le père conseille à sa fille, et il a raison, de ne pas se servir de la manette vibrato :

─ T’occupe pas de ça, c’est un truc pour les jerks !

Mireille, dubitative, acquiesce malgré tout : le respect.

Les Clapier se positionnent dans l’univers cinématographique avec la chanson du film Un clair de lune à Maubeuge de Jean Chérasse, écrit en 1962 par le scénariste Pierre Perrin.

Tout ça n'vaut pas, un clair de lune à Maubeuge

Tout ça n'vaut pas, le doux soleil de Tourcoing (coing, coing)

Tout ça n'vaut pas, une croisière sur la Meuse

Tout ça n'vaut pas, des vacances au Kremlin-Bicêtre.

Antonin, un chauvin du village voisin, par surprise s’empare du micro qu’il teste en soufflant et en le tapotant du doigt pour s’assurer de son bon fonctionnement.

Puis d’une voix de centaure il chante sa variante du tango de Perrin ‘‘Le clair de lune d’Alleuze’’.

Tout ça n’vaut pas, le clair de lune d’Alleuze.

Tout ça n’vaut pas, nos fricassées dans le foin. (foin, foin)

Tout ça n’vaut pas, les roploplots de ma gueuse.

Tout ça n’vaut pas, sa couenne et son popotin. Biquette.

─ Essayez la version terroir ! Soir de goguette ou pas, c’est sympa.

Pour l’émission ‘‘Bon dimanche’’ de Jacques Martin, Pierre Bonte et ses techniciens font le déplacement dans le Cantal pour enregistrer la famille Clapier.

Quelques mois plus tard, le passage dans ‘‘La lorgnette’’ qui succède au ‘‘Petit rapporteur’’ avec Pierre Desproges et Stéphane Collaro consacre notre quadrette locale au plan du grand échiquier national. La séquence, d’un intérêt certain, est redemandée par de nombreux téléspectateurs et passera une deuxième fois.

La boisson préférée des jeunes filles, en plus du Coca-Cola, est un soda à la pulpe d’orange inventé par l’espagnol Trigo Mirallès docteur en pharmacie. Présenté en 1936 à la foire de Marseille sous le nom de Naranjina, il est rebaptisé Orangina après son rachat par Léon Beton. Produit à Boufarik, il séduit l’Algérie toute entière. Le slogan ‘‘secouez-moi, secouez-moi’’ (1972) est percutant mais les rondeurs de cette bouteille fascinent.

Une scène du film de Michel Lang A nous les petites Anglaises nous révèle tout son pouvoir de séduction. Même dissimulée dans un pantalon elle ne passe pas inaperçue.

S’il est normal que Mort Schuman perçoive des droits d’auteur pour la musique de cette comédie, il me paraîtrait juste que notre ‘‘normalot aux épis de maïs’’ touche quelques dividendes pour son gag récupéré et joyeusement interprété par l’acteur Rémi Laurent.

En ce début de décennie les fêtes votives perdurent mais évoluent. Il est de plus en plus rare de voir la matinée du dimanche débuter à 15heures comme par le passé. On s’oriente vers un apéritif concert qui joue un rôle de bande annonce : présenter au mieux les multiples facettes de l’orchestre.

On est loin de la journée de vingt heures commencée par les aubades, souvent pas très flatteuses pour les formations divisées en petits groupes de deux ou de trois afin de quadriller la commune. Les conscrits ont pour mission d’organiser la fête annuelle, de récolter suffisamment d’argent pour leurs successeurs, ceux de la classe biberon et perpétuer ainsi la coutume.

Rentrer dans toutes les maisons, jouer un air, boire un coup pour ne pas offenser, n’est pas une sinécure.

Dans le lot à Teyssieu, je me souviens d’avoir suivi la procession matinale de plusieurs musiciens. Logés à l’hôtel place de l’église, ils sont réveillés vers huit heures par le klaxon agressif d’une Matra Rancho. Après un périple à travers des raccourcis caillouteux, à très vive allure pour déjà rattraper le retard, le trio (accordéon-cabrette, caisse claire, guitare), déboule dans une des plus grandes exploitations agricoles des environs et donne l’aubade.

Le fermier, un parvenu ventripotent, commande et il en a l’habitude :

─ Pour moi, Une partie de pétanque d’André Montagard et Léo Nègre, chantée en 1941 par Darcelys.

Une partie de pétanque / Ça fait plaisir

La boule part et se planque / Comme à loisir

Tu la vises et tu la manques / Change ton tir !

Une partie de pétanque / Ça fait plaisir !

─ Ça va, vous n’êtes pas trop mauvais, y a mieux, mais c’est plus cher ! Pour la femme, avant qu’elle ne parte à la messe prendre le corps du Jésus, jouez-lui en vitesse le truc de son chéri le bigleux. Vous savez, celui qui a un œil qui dit m... à l’autre ! Ça parle de mélancolie, son nom est mélancolie ou quelque chose d’approchant.

L’ouaille de Sainte Madeleine ‘‘pique un fard’’ et intervient timidement :

─ C’est plutôt Si tu t’appelles mélancolie.

─ C’est bien ce que je disais ! C’est compliqué les femmes, toujours en train de chipoter. Va voir ton curé ! Je ne sais pas ce qu’il leur raconte celui-là ! Un de ces jours j’irai lui en toucher deux mots.

On sent bien que le guitariste préfèrerait jouer La vieille de Michel Sardou, plus adéquat, mais !

Elle a des cerises sur son chapeau, la vieille

Elle se fait croire que c'est l'été, au soleil, on s'sent rassuré.

─ Alors le ‘‘gratouilleur’’ t’attends le regain ?

Pressé par notre hôte il obtempère :

Si tu t’appelles mélancolie / Si l’amour n’est plus qu’une habitude

Ne me raconte pas ta vie / Je la connais ta solitude

En remerciement, la gnôle 50° est servie sans faux col dans d’épais verres à vin.

Dur dur à jeun, c’est un métier à risques !

L’expérience aidant, après avoir légèrement trempé ses lèvres dans le liquide, l’accordéoniste permute très adroitement son verre avec celui de Manuel le conscrit ‘‘Fangio’’ qui a déjà fait cul sec. Celui-ci, ne se rendant compte de rien,

Empoche le billet de deux cents francs et termine à la hâte son breuvage.

Il prend congé poliment :

─ Un grand Merci pour nous et les morveux de la classe 77.

Tous les habitants rencontrés ont des personnalités très différentes mais le rituel ‘‘chanson-canon-pognon’’ est respecté.

D’un premier abord bourru, l’acariâtre instituteur, sourcils épais et grisonnants, en retraite depuis vingt-cinq ans, questionne :

─ Je suppose que vous avez le certificat d’études primaires (Le certif’) ou le brevet supérieur ? Bon ! Le chant du départ de Méhul & Chenier était au programme ? Bon ! Le chant des partisans de Joseph Kessel, Maurice Druon et Anna Marly aussi ? Bon ! L’internationale également ! Bon alors, allons-y pour celle là !... sinon rien pour la caisse de la ‘‘coopé’’ !

Reprenant du service comme au bon vieux temps, joignant le geste à la parole, le regard droit, il prend une bonne inspiration et attaque :

─ Silence ! D’Eugène Potier et Pierre Degeyter (1871) l’Internationale. Tous ensemble, messieurs, trois, quatre :

C'est la lutte finale / Groupons-nous et demain

L'Internationa- a- a-ale / Sera le genre humain.

Le vieux Colonel, droit comme la justice, en souvenir d’une expédition en Belgique, demande au garde-à-vous l’hymne national La Brabançonne. Le texte écrit en 1830 par le révolutionnaire Jenneval (Alexandre Dechet) est lu (une fois) par lui-même au café ‘’A l’aigle d’or’’ de Bruxelles. Séduit aussitôt, le ténor, écrivain et compositeur François Van Campenhout le met en musique.

Pour soutenir ses amis artistes, croyant les sortir d’un mauvais pas, Manu le futur appelé déjà antimilitariste, un instant abasourdi par la requête, chauffé par le mélange des alcools, réplique :

─ Et pourquoi pas le brame du cerf le soir au fond des bois tant que vous y êtes, vous savez tout vous Monsieur Glandu ?

Le ‘‘Colon’’ dur d’oreille, ne perçoit pas bien la réflexion et ne retient pas le motif grave : insolence envers un supérieur. Fangio, l’excité de la ‘‘coucourle’’ (nerveux du champignon), déjà plus ‘‘raide’’ que le rallye du Bandamma de Côte d’Ivoire, échappe de justesse au mitard. Par le plus pur des hasards, l’accordéoniste connaît le refrain et le gradé satisfait, crache au bassinet un vieux ‘‘Bonaparte’’ (100Frs). Manuel est admiratif :

─ Alors là, Messieurs, je suis scié ! La Brabançonne, je savais même pas que ça existait !

Je suis certain qu’il va raconter cette aventure à ses enfants, petits enfants et peut-être sera-t-il le digne successeur du colonel ?

Si par malheur les baladins des temps modernes ne connaissent pas l’hymne du plat pays, il leur glissera avec une joie non dissimulée son histoire :

─ En 1976, j’ai connu des musiciens, des bons qui savaient tout jouer...

Je vois que je vous retarde avec mes sornettes alors pour les gosses, faites A la pêche aux moules ! (Marc Provance & André Paté).

A la pêche aux moules, moules, moules

Je n'veux plus y aller maman

Les gens de la ville, ville, ville,

M'ont pris mon panier maman…

Le retour au village vers midi n’est pas triste. Pas de problème pour la fin du circuit, juste une légère erreur de coordination.

Coïncidence ou pas, deux équipes se retrouvent au même endroit, chez le premier magistrat de la commune. La mélodie d’André Verchuren Bonjour Monsieur le Maire est toute indiquée.

Bonjour, bonjour, bonjour Monsieur le Maire

Bonjour, bonjour, on revient au pays…

Vive la France et les joueurs d’accordéon.

Devant un tel professionnalisme, un nouveau coup d’assommoir est porté au conscrit. Pour la seconde fois en quelques minutes, il est de nouveau scié.

Le Maire, la main posée sur l’épaule de son administré, voyant ses yeux brillants, lui fait remarquer sur le ton de la raillerie :

─ Avec un gars comme toi, le pays sera bien défendu l’an prochain ! Enfin, l’important pour moi, est que tout se passe bien jusqu’à lundi soir.

Les jeunes profitent de la fermeture des bals vers deux heures du matin (souvent par arrêté municipal ou préfectoral) pour terminer leur soirée dans les boîtes. L’entrée y est gratuite la dernière heure. C’est le moment choisi par le spécialiste des platines, qui après avoir envoyé quatre heures de ‘‘sauce aux décibels’’, place son coulis de douceur, Shine on you crazy Dianond des Pink Floyd et Europa de Carlos Santana : tout pour plaire !