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Electro-Pop.

1973. Le 17 Mai au festival de Cannes, Marco Ferreri reçoit le prix de la critique internationale. Le film fait scandale à cause des scènes scatologiques de La Grande Bouffe (Andréa Ferréol, Marcello Mastroianni, Ugo Tognazzi, Michel Piccoli, Philippe Noiret). Le support musical est signé Philippe Sarde spécialiste du genre.

Tout va de plus en plus vite, la durée de vie d’un ‘‘tube’’ dépasse rarement trois mois. Les radios RTL et Europe 1 y sont pour beaucoup, en faisant participer les auditeurs aux classements des hit-parades, basés sur les meilleures ventes de 45-tours. Le tourne-disque est concurrencé par son petit frère plus autonome, alimenté par piles : le mange-disque.

Cette boulimie se fait sentir au bal de L’E.N. d’Aurillac (école Normale d’Instituteurs et d’Institutrices). Le morceau sorti dans la semaine est inscrit sur les tablettes de l’orchestre. Le gymnase de l’établissement est pour l’occasion bien décoré par les ‘‘normalots’’. Sous la houlette du professeur de dessin Daniel Gadet, ils ont choisi comme thème : les années rétro. Le roi du pinceau, Jean-Michel Laumont, artiste complet (dans tous les sens du terme), prise particulièrement l’instrumental des Hot Butter Pop corn repris et chanté par Anarchic System et Antoine. A l’aide d’un synthétiseur Mini-Moog (rien à voir avec son ancêtre l’ondioline de Pierre Redon en 1958) doublé par le son étouffé d’une guitare et d’une batterie, la restitution par le septet est parfaite.

Té to té to to té to, té to té to to té to.

Te to ti to té to té, to té to ti té to té to.

─ Plus vite, plus vite ! Qu’en pensez vous ? Ça ne devient pas facile à suivre même pour un ‘‘musico’’ !

Les soufflés de maïs redevenus à la mode donnent une idée à notre jeune peintre. Les deux premiers slows permettent sa mise en forme. Hey Jude des Beatles tombe à pic.

Hey Jude, don’t make it bad. Take a sad song and make it better

Remember to let her in to your heart. Then you can start to make it better

Daa da da dadadadaa, dadadadaa hey Jude (Ad libitum).

L’orchestre a pour le final choisi la version chantée de Wilson Pickett’s, le roi de la musique Soul, doublée par les cuivres. Ça marche fort ! Le batteur Janick se surpasse tant il est à son aise dans la soul et le rythme and blues.

Cette séquence est reprise par toutes les familles des promos : enfants, parents, grands-parents. La constitution de la famille d’élèves-instituteurs est fonction de la place obtenue au concours d’entrée à l’école.

Après Le lac Majeur de Mort Schuman (parolier d’Elvis), la Drague de Guy Bedos et Sophie Daumier donne des ailes à Jean Michel et l’idée du pop corn a fait son chemin.

Qu’est-ce qu’il est collant ce type…

Mine de rien, j’suis entrain d’emballer moi…

Ça n’en finit pas, qu’est-ce que j’regrette d’avoir dit oui…

Elle est pas mal ma cavalière…

Pas du tout mon genre c’garçon...Berk, Berk, Berk…

Bardé d’un épi de maïs dans la poche droite de son pantalon et d’un deuxième dans la poche gauche, notre kamikaze invite la belle Annie à danser. Très vite, elle est un peu gênée par ce qu’elle identifie comme étant probablement un Laguiole. La danseuse chevronnée opère un changement de pied : idem de l’autre côté ! On sent l’inquiétude poindre dans son regard.

─ Qui c’est ce mec ? Il danse pas mal, mais il me paraît anormal et malsain qu’il ait deux couteaux. (Réflexion intérieure).

Malgré une demi conversion retour, la position centrale s’avère tout aussi surprenante. A la fois intriguée et flattée, elle s’interroge :

─ Est-ce Eros, ou Belzébuth en chair et en os, armé de son trident ?

‘‘Maïs costaud’’, n’étant pas de cire, excité comme un lupin en fleur, est pris à son propre piège par cette variété successive de positions. Il les interprète, parce que ça l’arrange, comme étant des contorsions significatives.

Sa curiosité aiguisée, Annie voulut en avoir le coeur net et ils eurent deux beaux enfants (Julietta et Milka).

Fidèles à leurs us et coutumes, les Lozériens comme les Aveyronnais préservent avec pugnacité leur culture ancestrale. Le folklore déchaîne toujours des ardeurs terriennes fortes. Le ‘‘Bouge’’ reste stable.

Louis Rispal, le dernier des cabretaires, fait figure de fossile. Sous la direction musicale de Claude Rey et René Guy pour ce qui concerne les variétés, la cote de l’orchestre est au rendez-vous, malgré quelques piques virulentes lancées çà et là par de ‘‘vrais de vrais’’. S’agrippant solidement à la portière du minibus qui roule au pas pour se frayer un passage dans la foule, un authentique rural brut de décoffrage, menaçant, prévient sèchement les ‘‘rispaliens’’ :

─ Si c’est pour jouer comme dimanche dernier à Soulages-Bonneval, ce n’est pas la peine de déballer votre bastringue ! Ici, on n’aime pas le moderne, les casseroles, on n’en veut pas ! On n’est pas chez les zoulous ! Attention, vous êtes prévenus ! Il a au moins le courage de ses opinions : sincère mais sectaire.

Bozouls à l’heure du dîner. La fine équipe Claude et Guy est toujours prête à taquiner Louis. Paul Barrier, Gaby Chiva, sans oublier Marcel Borie attachent la cabrette (bien protégée dans sa valise) à un gros crochet situé à trois mètres au-dessus de la scène puis ils regagnent le restaurant. Au retour du sextet à 21heures précises, pour attaquer par un air du terroir, Louis est complètement affolé.

─ On m’a volé la cabrette !

─ Il ne faudrait pas qu’on te l’ait mise au trou ! sourit Claude, d’un regard indiquant le trou De Bozouls.

─ Pauré nichiat ! (Pauvre nigaud) dit Louis dans un haussement d’épaules en tournant la tête, suivi d’un rictus qui en dit long.

Après plusieurs minutes de désarroi, la supercherie est découverte. Un escabeau permet de récupérer l’engin et rapidement Les fiancés d’Auvergne (André Verchuren 1961) peuvent s’élancer sur la piste.

J’ai quitté mon cher pays,

Mais j’ai laissé mon cœur,

Dans mon Auvergne jolie,

Parmi les bois, les monts, les vallées et les fleurs.

Louis n’aime pas bien ce genre de taquineries, même s’il sait qu’elles sont sans méchanceté. Se tournant discrètement vers ses gars pour ne pas être vu des clients (il faut rester commercial), il leur fait la morale et marmonne sèchement entre les dents :

─ On ne plaisante pas avec les instruments de travail ! Vous ne savez pas ce que c’est que de trimer pour gagner sa vie ! Pour vous pardi ! C’est toujours tombé du ciel ! Il n’est pas au bout de ses peines avec ces ‘‘cocos là’’. En attendant la fin de cet épisode, La chanson de Lara (Maurice Jarre, père de Jean-Michel) du film Docteur Jivago (1966) convient à tous.

Louis, est bien mis en valeur par l’annonce faite par Claude :

─ Et maintenant voici celui que vous attendez toutes et tous : Louis Rispal et sa cabrette enchantée.

René Guy ne peut s’empêcher d’ajouter un complément d’information :

─ Qui enregistre sur disque ‘‘Riviera’’, qui ne raye pas, raye pas, raye pas…

Après réflexion et par définition, seul Claude Rey ne raye pas, il règne.

Le cabretaire, concentré, sûr de lui, maîtrisant parfaitement la technique de l’instrument, souhaite attaquer par l’une de ses compositions Le chant des Auvergnats. Stupéfaction, impossible de produire le moindre couinement avec cette ‘‘foutue’’ cornemuse. Le soufflet gonflé voire en surpression reste bloqué. Au bout de maints efforts, courroucé, il découvre le bouchon de liège qui obstrue le conduit au fond du ‘‘pied’’ : Souci ! Impossible de retirer l’intrus. Il faut tout démonter, enlever l’anche pousser délicatement le bouchon avec une baguette et ajuster à nouveau l’instrument.

Quel Big Bazar ! Pas celui de Michel Fugain qui nous délecte avec Une belle histoire, paroles de Pierre Delanoë auteur de : Attention Mesdames et Messieurs, L’orange, Stewball, Les Champs-Élysées…

C'est un beau roman, c'est une belle histoire

C'est une romance d'aujourd'hui
Il rentrait chez lui, là-haut vers le brouillard
Elle descendait dans le midi, le midi

Malgré cet épisode burlesque, la soirée continue avec Autant chercher à retenir le vent de Richard Anthony, Ouvrez la cage aux oiseaux de Pierre Perret et Mon credo de Mireille Mathieu, ce qui a pour but de détendre l’atmosphère et elle en a besoin !

Oui je crois, qu’une vie ça commence avec un mot d’amour.

Louis, l’œil noir, d’une voix aigrelette, raconte la suite… avec les mots de tous les jours.

Ces départements sont également sensibles au passage de la tournée Suze. Ce mardi d’août le podium est installé sur la place de Mur-de-barrez. L’animateur, à l’heure de l’apéritif concert de 18h, organise des jeux ‘‘questions-réponses’’ avec le public et distribue aux gagnants des mignonnettes de la fameuse liqueur de gentiane. Il s’appuie sur l’orchestre officiel de la marque : André Thivet. Le chanteur Jean-Claude est très apprécié dans Elle je ne veux qu’elle de Ringo Willy Cat et Kiss me de C. Jérôme.

Il y avait un drapeau américain, sur son sac déchiré
Un blue-jean qui ne valait plus rien, mais je crois que je l'aimais bien.

Kiss me, as you love me, ne t'en va pas, souris un peu
Kiss me, as you love me, dis-moi good bye mais pas adieu

Aux compositions d’André Thivet, qui n’a plus son groupe de six danseuses les ‘‘Pretty’s Girls’’, succèdent les Chansons populaires, Ça s’en va et ça revient (Nicolas Skorsky & Jean Pierre Boutayre) et Le lundi au soleil (Patrick Juvet & Franck Thomas) de Cloclo. Dans son costume de lumière, il crève le petit écran, entouré par ses superbes Claudettes, aisselles épilées, propres sur elles. Le corps glabre est à la mode, la femme à barbe a vécu.

Le lundi au soleil, on pourrait le passer à s'aimer
Le lundi au soleil, on serait mieux dans l'odeur des foins

On aimerait mieux cueillir le raisin, ou simplement ne rien faire
Les musiciens, sans traîner comme à l’accoutumée, vont se coucher vers trois heures à l’hôtel du Barrez, afin d’être en forme pour le lendemain. Tout ne se passe pas aussi facilement pour l’un d’entre eux sans cesse importuné par des personnes qui essayent de pénétrer dans sa chambre. Toutefois elles n’insistent pas trop, trouvant porte close. Au petit matin, il se lève ‘‘de mauvais poil’’ et va répondre en direct au loustic qui cherche à entrer.

Il sort de sa chambre, ouvrant vivement la porte, bien décidé à régler le problème efficacement. Oh stupeur ! Il se trouve nez à nez avec son chef.

─ Tu as l’air bien nerveux et fatigué, tu avais trouvé une fiancée ? dit André sur un ton ironique.

─ J’ai passé la nuit blanche, une vraie pantomime, pas besoin de réveil… Puis il raconte son histoire.

C’est à ce moment précis que, de concert, ils s’aperçoivent que la plaque indiquant le numéro de la chambre a été inversée avec celle des toilettes.

─ Si je comprends bien, la sentinelle de la nuit c’était toi ! Tu as fait la chasse…aux importuns !

Ils se mettent à rire, l’un rit jaune (couleur de la fleur de gentiane).

─ Encore une mauvaise plaisanterie de Claude, Billy, Mouly ou Coquil. Ils me le payeront, ils ne perdent rien pour attendre ces asticots ! Oh ! Hé ! Hein ! Bon ! (Nino Ferrer).

Oui je sais, je perds tout, mais c’que j’veux pas

C’est qu’on se moque de moi. Oh ! Hé ! Hein ! Bon !

Après les excuses réfléchies du carré d’as, l’amitié reprend le dessus. Monsieur ‘‘pipi’’ est dispensé de corvée de… matériel. Il peut ainsi profiter d’une petite sieste compensatrice.

 

1974. L’orchestre Ténor s’oriente de plus en plus vers l’attractif, costumes satin argent pour réagir aux couleurs des sunlights. Avec l’arrivée de l’organiste rythmique Jo Lacan, du batteur Fifi, du bassiste Thierry Coudry, du fin trompette Henri Vaux (Moumoune) et de l’excellente chanteuse Tina, le répertoire s’ouvre aux duos : Made in Normandie, L’aventura de Stone & Charden.

─ Un petit essai en famille serait des plus bénéfiques !

Monsieur en solo :

L’aventura, c’est la vie que je mène avec toi

L’aventura a c’est dormir chaque nuit dans tes bras.

Madame émue :

L’aventura a c’est tes mains qui se posent sur moi

Et le duo tant attendu :

Et chaque jour que Dieu fait mon amour, avec toi, c’est l’aventura.

─ Pas mal, remettez le couvert !

Sylvie avoue à son idole de mari, J’ai un Problème, je sens bien que je t’aime (Jean Renard et Michel Mallory) Johnny en grand seigneur la rassure aussitôt.

ooOOOH ! J’ai un problème, c’est que je t’aime aussi...

Ringo et Sheila (Guy Bayle, Annie Chancel, ce qu’on leur reprochera souvent) au retour de leur voyage de noces n’ont pas de souci et louent leur bonheur Les Gondoles à Venise.

Dans Angie des Rolling Stones et Le premier pas de Claude-Michel Schönberg, Thierry au chant est adulé par la toute jeune Éliane et ses copines, mais il répond comme Michel Sardou et c’est sans risque, la majorité vient d’être portée à l’âge de dix-huit ans, Je veux l’épouser pour un soir.

Je veux l'épouser pour un soir, mettre le feu à sa mémoire,
L'épuiser d'amour et disparaître dans la nuit,

Comme un voleur, comme un bandit.
Je veux l'épouser pour un soir, et l'oublier un peu plus tard.

Thierry est sensible et il n’est pas le seul, à la provocation de Patti Labelle dans Lady Marmalade.

Coochie, coochie, yaya, dada / Coochie, coochie, yaya, here
Mooka-chooka, latta, yaya / Where d'you think you're sleeping tonight? OOOOOOOOOOOOOOOO
h!

Voulez-vous coucher avec moi ce soir ?

Voulez coucher avec moi ?

Toujours attentif Au bonheur des Dames, encore plus qu’Emile Zola, le bassiste savoure l’introduction dans Oh les filles ! de Marty Robbins & Eddy Vartan, (vous connaissez sa sœur).

Ça commence bien :

Je suis sorti avec Hélène… Monique… Karine, (Il est sorti avec…)

Mais ça se gatte.

Je suis sorti Avec Marcel (Il est sorti avec Marcel)

Oh les filles, oh les filles
Elles me rendent marteau
Oh les filles, oh les filles
Moi je les aime trop

Soutenu par trois puissants cuivres, Gérard (Gégé) qui utilise à la perfection le micro, ‘‘s’éclate’’ dans l’étrange composition Prisencolinensinainclusol du rocker italien Adriano Celentano à la fois réalisateur du film Yuppi Du, et acteur en compagnie de Charlotte Rampling.

Fifi, (Bernard Filet) au feeling incontesté, toujours prêt à mettre une note de bonne humeur, s’adresse à son ami le trompette :

─ Allez Vaux, fais le bœuf ! C’est ton tendre Filet qui te le demande !

Faire le bœuf c’est jouer d’une manière spontanée avec d’autres musiciens. Dans le cas présent, c’est improviser.

Moumoune est ‘‘bardé’’, habitué à cette plaisanterie bihebdomadaire. Après une impro’ remarquée, bien ficelée, il donne la main au solide batteur (qui dépasse largement le quintal) et claironne en se tapant sur le ventre :

─ A toi mon Filet mignon ! Et Allégro !

Filet garnit admirablement son solo en utilisant à la perfection tout son matériel : ses deux grosses caisses, ses quatre cymbales, sa charleston et ses six toms. Il faut avouer qu’il en impose encore plus, confortablement installé sur son estrade surélevée et éclairée.

Sur le petit écran Arlette Thomas et Georges Aminel prêtent leurs voix aux chansons du dessin animé ‘‘Titi et Grosminet’’ qui passe en tête des ventes (Titi à la neige, au Mexique).

Ce soir là, au dancing de La Grafouillère, situé au pied de La roche de Vic (Corrèze), l’occasion est donnée au chanteur ‘‘sec’’ (libre de tout geste et de tout instrument d’accompagnement pour améliorer sa performance) de charmer l’assistance avec Mon vieux de Daniel Guichard, paroles de Jean Ferrat.

Dans son vieux pardessus râpé

Il s'en allait l'hiver, l'été,
Dans le petit matin frileux

Mon vieux.

Il vient aussi à la rescousse de Serge Lama mal en point qui clame haut et fort et ce sans micro Je suis malade (Alice Dona).

Je suis malade, complètement malade.

Comme quand ma mère sortait le soir

Et qu’elle me laissait seul avec mon désespoir

Je suis mala-a-de.

A-t-il contracté La maladie d’Amour de Michel Sardou ? (Yves Dessca & Jacques Revaux).

Elle court, elle court / La maladie d’amour

Dans le cœur des enfants / De sept à soixante dix sept ans.

Elle chante, elle chante / La rivière insolente

Qui unit dans son lit / Les cheveux blonds les cheveux gris.

Léo Ferré ne rassure pas vraiment. Avec le temps on n’aime plus.

Avec le temps / Avec le temps va, tout s’en va,

On oublie le visage et on oublie la voix

Tina prend un malin plaisir dans la variété : Can the can (Suzy Quatro), Gigi l’amoroso (Dalida), Il est mort le soleil (Nicoletta). Elle montre ainsi l’étendue de ses capacités vocales et scéniques, tantôt en robe longue, tantôt en minijupe, tantôt en jeans...

Venu spécialement de Paris pour l’auditionner, avec son ami Marc Décima, le trompettiste de jazz Yvan Julien produira son premier disque.

Un arrangement instrumental particulier sur une œuvre originale de Ringo Formule 1 et Claude Carrère Tentation clôt les réjouissances.

Le chanteur succombe lui aussi à la tentation. Il est réceptif aux charmes africains de la danseuse Lisa qui n’est pas farouche. Ça tombe bien ! Pensant être tranquille, il l’emmène passer deux jours dans sa maison de campagne. C’est sans compter sur la perspicacité de sa compagne qui retrouve les tourtereaux en virée amoureuse cheveux au vent dans la décapotable. Se voyant découvert, le volage au cœur d’artichaut stoppe sa Triumph Spitfire blanche. Sans attendre le gong, ce qui peut valoir une disqualification, en furie, la jeune femme délaissée se précipite sur sa rivale pour un crêpage de chignon digne de chez Carita (coiffeur styliste). Dès le premier round, le scalp de son adversaire lui reste dans la main. La belle métisse porte perruque. La surprise provoque une chute de tension et le calme revient après une sérieuse mise au point.

A l’écran, le trio Miou-Miou, Gérard Depardieu, Patrick Dewaere, défraye la chronique. Sur une musique de Stéphane Grappelli, la tentation, toujours elle, est mise en bobine dans le film tiré du roman de Bertrand Blier Les Valseuses.

Le samedi 16 octobre 1974, C. Jérôme (Claude Dhotel) au volant d’une superbe Jaguar XJ qu’il vient de racheter à Eric Charden, arrive avec ces accompagnateurs au Bowling d’Aurillac pour une soirée spectacle en compagnie de la formation Martial Ténor. Devant un auditoire attentif de 1700 personnes, les tubes s’enchaînent : Manhattan, La petite fille 73, It’s so long, Baby Boy, Jérôme c’est moi (Jean Albertini & Sylvain Garcia).

Oui, Jérôme, c'est moi, non je n'ai pas changé
Je suis toujours celui qui t'a aimée

Qui t'embrassait et te faisait pleurer…

Vers la fin du show, un client va voir Ténor pour une petite requête :

─ Il chante bien ton gars ! Demande lui Le téléphone pleure de Claude François, il doit bien la connaître !

─ Certainement, mais je ne sais pas s’il se souvient du numéro !!!

L’artiste parfait sa prestation par une série de vieux rocks d’Elvis qu’il affectionne particulièrement. La sympathie et la simplicité dégagée par Claude forcent le respect. La séance de dédicaces s’éternise et pourtant il doit rouler cinq heures (pas d’autoroute) pour se rendre le lendemain à Orléans.

Comme pour finir la soirée en beauté, une bagarre éclate entre gens du voyage et citadins. Le cran d’arrêt n’est pas de sortie, donc pas de problème. Tout commence par une volée de marrons, des chemises déchirées et se poursuit dans les escaliers par quelques roulés-boulés provoqués par Alain Dalmon qui incite les pugilistes à régler leurs différends à l’extérieur en annonçant :

─ Et roulez petits bolides !

Il peut-être fier, car il n’est pas loin de réaliser un strike.

La raison du conflit est souvent la même : le regard trop pesant d’un anatomiste de la ville sur les contours d’une belle manouche, mais cette fois, Elie Curt le dragueur y est allé un peu fort :

─ Je vais te la secouer la Bohémienne aux grands yeux noirs (Charlys & Henry Himmel). Tu vois Anatole, même Richter n’a pas prévu assez grand sur son échelle.

Bohémienne aux grands yeux noirs

Tes cheveux couleur du soir

Et l’éclat de ta peau brune

Sont plus beaux qu’un clair de lune.

Compte tenu du succès obtenu par ce concept bal-gala, malgré l’épisode musclé partie intégrante du bal, Jacky Gorgas et Ténor décident de renouveler cette expérience avec en vedette le groupe Les Clapiers. Un solide quatre heures (du matin) : soupe gratinée à l’oignon, cassoulet, tarte aux pommes arrosée d’un vin de Bordeaux cèle ce nouveau contrat.

Les orchestres cherchent à diversifier leurs actions, pour ouvrir d’autres champs commerciaux.

Si l’on voit fleurir des fêtes de la bière en Auvergne, Limousin et dans beaucoup de régions du sud de la France, c’est certainement dû à l’originalité et au tempérament espiègle du multi instrumentiste (59), Karl Erhard.

Allez cherchez, qui peut se cacher derrière ce phénomène ?

Il revient de Berlin auréolé d’un titre de meilleur orchestre bavarois. Un petit bonjour à la famille en passant à Mulhouse et voilà nos chapeaux tyroliens, bretelles culottes de peau, chaussettes à pompons de retour en corrèze.

Les serveuses robes à manches bouffantes et tabliers de couleurs vives deux Mass dans chaque main étanchent la soif des clients, qui bras tendus à l’horizontale, la chope d’un litre fermement empoignée, debout sur les bancs en un balancement saccadé entonnent le classique :

Ein Prosit, Ein Prosit, der gemiitlichkeit
Ein Prosit, Ein Prosit, der gemiitlichkeit
(Cheer !) Eins, zwei, Drei g’suffa !
Zicke, zacke, zicke, zacke, hoi, hoi, hoi,
Zicke, zacke, zicke, zacke, hoi, hoi, hoi,
Prosit

Sous le grand chapiteau, cet hymne à la bière résonne de mille cuivres. Beer Barrel Polka ─ titre original Tchèque Skoda Lasky ─ comme disent les américains, ajoute des années à votre vie, et de la vie à vos années.

"Polka adds years to your life, and life to your years!"

La bière étant diurétique oblige bon nombre de danseur à se brancher sur le tout à l’égout de ’’la prairie de Thérèse’’ comme à Munich.

Jo, chapeau feutre vert et plume de paon, chante sa valse, La Tyrolienne, composée par Alphonse Erhard.

Troulala ---- ï ---- ou ! Troulala ---- ï ---- ou !

Même les plus affamés laissent tomber leur choucroute et poulet Bretzel, simplement parce que c’est beau.

Ludwig fait tourner sa Bertha, et lâche :

─ Ce que fait Karl ‘‘est rare’’ !

─ Alors ! Qui est Karl ?

Vers minuit, changement de costume et l’orchestre reformaté reprend ses droits : Jo Sony.

♪♫ Durant ces dernières années, l’entrée en puissance dans les formations est offerte au piano électrique (Rhodes Fender) et surtout aux claviers synthétiseurs (Korg, Roland, Wurlitzer). Les ‘‘synthés’’, de par leurs grandes possibilités et leur quantité impressionnante de sons nouveaux, soutiennent les cuivres (brass). Ils donnent ainsi les sensations fortes d’un big band. Leur capacité de remplissage permet aux guitaristes de s’exprimer en solo et aux bassistes de jouer plus librement une partition orientée vers des riffs répétitifs. Ce matériel est très performant et peu encombrant, branché sur des amplis individuels. Il permet un ‘‘repiquage’’ et un mixage équilibré de tous les instruments.