Bookmaker Bet365.com Bonus The best odds.

Dur dur.

1968. Le diagnostic fait par Popaul le trompette-guérisseur n’est guère brillant, plutôt réservé. L’accordéon n’est pas atteint de la varicelle malgré tous ses boutons ‘‘attrapés’’ à force de traîner d’un clavier à l’autre. Un séjour, voire un exil est souhaitable dans la Verte campagne où je suis né (Green Fields de Varnay-Mamoudy & Miller 1960).

 

Pour alimenter la caisse de l’école de Montboudif le village natal du Président Georges Pompidou, l’amicale laïque organise un bal. Dans la petite salle des fêtes, la vente de sandwichs pâté jambon, de crêpes à la confiture de myrtilles faites par les mamans et la buvette (non déclarée) fonctionnent bien. Le petit orchestre à Néné fait de son mieux pour divertir les parents d’élèves et les sympathisants. Le folklore et le musette tombent parfaitement sous les doigts de ce bénévole. Par contre il a fort à faire avec Hello Pussicat le chaton de Richard Anthony et beaucoup de mal à capturer la Petite souris d’Henri Salvador.

Minnie petite souris puisque souvent tu bois mon vin
Viens boire petite souris cette bonne bouteille de chambertin…
Viens trinquer avec moi, petite souris sors de ton trou !

Pas facile de lui donner un coup de main, car avant d’avoir identifié ce fox, le quadrupède est déjà loin. Aucune importance, notre homme se rachète dans les jolies colonies de vacances. Sur la partition, Pierre Perret (Pierrot) l’auteur compositeur porte une chemise à carreaux et tient une marguerite entre les dents pour être à la fois champêtre et dans le vent. You kaï di aï di aï da.

Les jolies colonies de vacances, merci maman merci papa,

Tous les ans je voudrais qu’ça r’commen…en…en…ence

Pour montrer qu’il est là bien sur ses terres, tout en jouant, ‘‘l’accordéoneux’’ sifflote et chantonne Ghislaine de La Bourboule (Pierre Perret).

 

Elle m’a dit viens mon cœur, t’es beau comme un choux fleur,

T’as plus d’conversation, qu’une tondeuse à gazon.

Tout ce que fait Perret est vénéré par Néné qui termine par Le tord-boyaux.

Au tord-boyaux, le patron s’appelle Bruno

Il a d’la graisse plein les tifs, de gros points noirs sur le pif.

Le samedi 17 février 1968, le dancing de l’indépendance ‘‘chez Viargues’’ à Entraygues accueille la jeune formation de Martial Ténor et les Mate Players. Portée sur les fonds baptismaux par le père Marcel, elle se produit sur scène pour la première fois. Un programme bien dans la mouvance de ‘‘Salut Les Copains’’, une présentation soignée, costume beige, col roulé orange, chaussures marron, de la rigueur et de sérieux en sont les atouts majeurs.

Gus (Jean-Luc Laporte) guitariste consciencieux, planqué derrière ses grilles (schéma harmonique) et celles de la version originale du Pénitencier (The house of the rising sun d’Alan Price) vers deux heures du matin interroge le bassiste Bacchus (Jacques Delzangles).

─ Il y a eu du monde ?

─ Bondé à craquer et que des super ‘‘canons’’ ! (Très belles filles).

Il est vrai qu’il n’y a pas de temps d’arrêt, pas de temps pour gamberger : même les enchaînements sont préparés, Michel Lissorgues le batteur y veille.

L’aventure continue en mai et juin au casino de Vic-sur-Cère, placé sous la haute autorité de Camille Benet qui, toujours prêt à rendre service aux amis d’enfance, répond présent.

Le nombreux public accueille avec plaisir et intérêt, l’enregistrement en direct sur Radio Clermont-Auvergne, des tubes, d’Eric Charden Le monde est gris le monde est bleu et de Jo Dassin Siffler sur la colline.

Elle m’a diiiiiit

Elle m’a dit d’aller siffler là-haut sur la colline

De l’attendre avec un petit bouquet d’églantines

J’ai cueilli des fleurs et j’ai sifflé tant que j’ai pu

J’ai attendu, attendu, elle n’est jamais venue

Zaï zaï zaï zaï (l’orgue : tou dou tou tou tou) Zaï zaï zaï zaï (l’orgue…)

Oh ! Oh ! (Tou dou dou dou tou tou tou) Oh ! Oh !... (Tou dou…)

‘‘Baby’’, l’agréable directrice affectionne tout particulièrement d’Anne Ségalen, de Jacques Lanzmann et Jacques Dutronc Il est cinq heures, Paris s’éveille.

Je suis l’Dauphin d’la place Dauphine

Et la place Blanche a mauvaise mine…

Les camions sont pleins de lait, les balayeurs sont pleins d’balais…

Il est cinq heures, Paris s’éveille,

Il est cinq heures et je n’ai pas sommeil.

Je ne résiste pas au plaisir de vous rapporter l’anecdote de la superbe partie de flûte, fruit du hasard, faite par Roger Bourdin, dans les studios Vogue. Voyant le chanteur dubitatif face au résultat de son enregistrement de Il est cinq heures qu’il juge pauvre, le flûtiste virtuose classique lui propose au pied levé d’ajouter une variation : on connaît la suite !

Mai 68. ‘‘Il est interdit d’interdire’’. Ce slogan emprunte le titre de la chanson du guitariste Brésilien Gaetano Véloso E Prohibido Prohibir.

La manifestation du 22 mars à l’université de Nanterre contre les conditions de vie et d’études, avec en fond la guerre du Viêt-nam, aboutit à l’arrestation de plusieurs étudiants. Un meeting de protestations est organisé le 3 mai dans la cour de La Sorbonne qui est aussitôt évacuée avec violence par la police à la demande du recteur Jean Roche. Immédiatement la défense s’organise au quartier latin sur le Boul’Mich, c’est le début de la période des barricades et des grèves qui dureront tout le mois. Le président Charles de Gaulle, qualifie ces évènements de chienlit et confie le 19 mai à Georges Pompidou :

─ La réforme oui ! La chienlit non !

L’anarchiste Léo Ferré déclare :

─ Les hommes politiques passent, les bonnes idées restent !

Il oublie de dire que les bonnes chansons aussi traversent les époques : la preuve !

Georgette Plana se voit propulsée à l’Olympia en reprenant Riquita (Ernest Dumont & Ferdinand Bénech) des années vingt.

Jean Calvet, l’accordéoniste de la vallée de l’Authre, retrouve ce thème cette fois sans difficulté. Lorsqu’il était tout jeune, son physique ne lui permettait pas de résister au poids de l’accordéon qui l’attirait vers l’avant jusqu’à la chute, mais son père avait solutionné le problème. Il sanglait le gamin à la chaise et ainsi les grands yeux langoureux de Riquita ne l’ensorcelaient plus.

Au ‘‘baluche’’ à Marmanhac, J. C. venu en voisin, annonce dans le micro Beyer de la sonorisation Bouyer la présence dans l’assistance du médiatique coureur cycliste ‘‘La vapeur’’. D’un seul coup le sociétaire de l’Union Cycliste Aurillacoise se sent valorisé même s’il termine les courses en bon dernier et souvent à plusieurs heures du vainqueur comme dans le tour du Cantal. Ses performances ne sont pas au niveau de celles d’André Angelvy (Angelo le roi du vélo) ou de Lily Bergaud (la puce cantalienne 7ème du tour de France 1954), mais il est pugnace et les primes d’encouragement pleuvent. Il n’y a pas qu’un revers à la médaille. Pour ‘‘La vap’’ notre lanterne rouge, la lumière se tamise (ça va de soi), lorsque Jean lui dédie le bouquet du futur vainqueur Les Roses blanches (Léon Ratier), une reprise des Sunlights. Ce fut la première chanson diffusée à partir de l’émetteur de la tour Eiffel en 1925, chantée par Berthe Sylva.

C’est aujourd’hui dimanche

Tiens ma jolie maman,

Voici des roses blanches

Que ton cœur aime tant.

L’alouette de Gilles Dreux, intriguée par le ‘‘coucouroucoucou’’ poussé par La Paloma de Nana Mouskouri nous conduit à Luc d’Ussel au dancing ‘‘Le Ranch’’ de Lino Barthel. Jean-Marc Soleil ‘‘Le Prince de l’accordéon’’ anime la matinée et la soirée, au total une bonne dizaine d’heures.

Les tubes, rythmés des Beatles Lady Madonna, saccadés des Equals Baby come back laissent la place à Tom Jones et son Delilah, aux Irrésistibles avec My year is a day et au Rain and tears des Aphrodites’s child de Demis Roussos. Ce slow est une très belle adaptation des ‘‘canons’’ de Johann Pachelbel (organiste classique Allemand). S’appuyant sur le tube du Suédois Peter Holm, Jean-Marc en costume blanc, dirige et contrôle en kapellmeister averti le chœur spontané des danseurs. Cette dédicace vocale fait mouche.

Mo O nia, dans tes yeux, J’ai trouvé, le bonheur.

Monia, dans mon cœur, Je t’ai trouvé pour la vie.

Le passage parlé est plus que ravageur. Essayez-le en mettant un peu de sentiment et de persuasion dans la voix. Si de surcroît vous utilisez le prénom de vote partenaire, cela peut-être drôle. Vous m’en ferez écho !

Aussi longtemps que je vivrai, Monia (ou Blaise ou Thérèse…)

Je me souviendrai de toi, Monia.

Chalinargues (Jean-Pierre, le trépané de Fournels) assure la surveillance de nuit après la fermeture du Ranch. Il se réchauffe auprès d’un gros ‘‘cubilot’’ appareil électrique à gasoil qui souffle de l’air chaud, un peu comme un tuyau d’échappement de camion. Assis sur un banc, de profil par rapport à la bouche d’air pulsé, le veilleur de nuit bercé par le ronron de la machine s’endort.

Au petit matin il est réveillé par l’arrivée du livreur de boissons qui, à la vue du vigile, après un pas de recul tant la surprise est grande, ne peut contenir son rire.

─ Oh ! Black and White qu’est-ce qui t’arrive ?

Jean-Pierre surpris par ce pseudonyme part se regarder dans une glace et se rend à l’évidence : le coté gauche de son visage est noirci par les rejets carboniques du chauffage, le côté droit est normal, blanc. Un décalaminage s’impose, sauf pour séduire La Mouralliado.

1969 commence par le mariage en grandes pompes, dans la pure tradition auvergnate, du fils Jaquet et de la vacancière Kate Hardy. Seuls les musiciens ne sont ‘‘pas à noce’’. À la sortie de la cérémonie religieuse, le cortège se forme pour aller prendre l’apéritif (Perroquet, Tomate, Salers-cass’, Raphaël-citron) dans tous les bistrots du village avec à sa tête l’accordéoniste et le cabretaire. Entre deux rasades, les airs anciens fusent, mais aussi les plus récents Adieu Monsieur le professeur et Santiano, d’Hugues Aufray.

Tiens bon la vague et tiens bon le vent,

Hisse et ho, Santia a no.

Si Dieu veut, toujours droit de evant,

Nous irons jusqu’à San Francisco.

La Californie (Julien Clerc & Etienne Roda-Gil) est la destination à la mode. Le voyage est très rapide avec le nouvel avion (le Concorde) est rendu agréable par l’hôtesse de l’air de Jacques Dutronc qui rêve, d’avoir, d’avoir, les fesses en l’air. Lo i lo i lo i lo

Pendant les dégustations, Cuisses de mouche de Pierre Perret qui tient bon le cap permet de trottiner et d’éliminer un peu.

On l’appelle cuisses de mouche fleur de banlieue,

Sa taille est plus fine que la retrait’ des vieux.

15 heures, direction la salle de restaurant. Le maître de cérémonie, légèrement éméché, secoué par l’émotion et les responsabilités, d’un geste ample du bras, sans bien regarder si on le suit, donne le signal du rassemblement d’une manière qui se veut originale :

─ Allez, suivez le bœuf ! (Expression empruntée à une publicité de 1961)

Le repas est prévu pour durer au moins jusqu’à sept ou huit heures du soir. Entre les plats, le père de la mariée met à contribution l’oncle Roger, l’amuseur de la famille pour raconter quelques blagues.

─ Roger, t’en connais bien une !

─ OK ! une courte. Vous connaissez la dernière ? Celle du photographe ?

─ Non !

─ Normal, elle n’est pas encore développée !

Les trois musiciens se sont préparés pendant ce bref intermède. Comme dans les maisons de la culture, la dérision en plus, l’annonce de la marche-fox est faite par Bébert Salat l’accordéoniste qui balance bien (jouer en finesse) :

─ De Boris Vian et Magali Noël, Pan pan pan poireaux pomm’ de terre sera suivi du Paso de los amigos d’Emile Décotty et si vous me le permettez, j’ajouterai simplement, qu’il vaut mieux avoir un ami gosse, qu’un pote âgé ... Je sais, elle est un peu tirée par les ‘‘chleus’’ !

Après les entrées, le poisson, la volaille, la viande rouge, nous arrivons au plateau des délices de nos monts. Le premier témoin du mariage se glisse sous la longue table pour s’emparer de la jarretière de la mariée. Ce petit coquin sème la panique en touchant de ci de là les jambes des dames. Au passage il récupère quelques coups de pieds. Pour la forme, la fébrile épouse à demi surprise pousse des cris effarouchés.

L’objet de convoitise est mis en vente aux enchères. Le bénéfice va alimenter le bas de laine des époux, il sera utilisé pour améliorer encore un peu plus leur lune de miel (une semaine à Palavas-les-Flots).

Entre le fromage et le croquembouche orné des rituels figurines représentant un couple de mariés, les musiciens reprennent du service. Pour bien marquer son territoire, Bébert montre toute sa modernité dans le Casatschok (Dimitri Dourakine) : danse inspirée du folklore Russe, (bras croisés, sursaut pied droit, lancé jambe gauche, pied gauche jambe droite et suivi d’un passage lent). Tous les noceurs fredonnent Oh Lady Mary du Hollandais David-Alexandre Winter (Valse lente ou Boston).

Oh Lady Mary, petite fille aux yeux bleus…

Oh Lady Mary, la la la la la la la…

Le trio dispose d’un court instant de repos, le temps d’engloutir à la va vite, trois ou quatre choux à la crème, une portion de tarte aux fruits, le tout arrosé par deux coupes de champagne.

Le moment est venu pour les invités de pousser la romance. Instant de plaisir attendu par les anciens des deux familles ; redouté par l’accordéoniste et le guitariste, car il faut essayer d’accompagner les ritournelles au pied levé : c’est le cas de le dire ! Ça ne se passe pas mal pour Louitou qui ouvre les hostilités avec Les filles du bord de mer (Adamo). A part un changement de ton, une reprise ratée et un léger trou de mémoire dans un couplet, le refrain passe bien. Bras dessus bras dessous les convives se balancent de droite à gauche reprenant tous ensemble :

Z’étaient chouettes les filles du bord de mer (ouin, ouin)

Z’étaient faites pour qui savait y plaire.

Louitou recueille des applaudissements bien mérités, récompensant le talent et surtout le courage : faut l’faire !

Jules encouragé par le succès obtenu par son devancier prend la parole pour marquer la différence :

─ Chers amis je vais vous chanter une chanson de Patachou écrite par Jamblan sur une musique d’Alec Siniavine La bague à Jules (1957) revue et corrigée modestement par votre serviteur, (petit sourire, légère courbette main droite sur le cœur) ‘‘On a fauché les bragues à jules’’ (pantalons).

La surprise est surtout dans le titre, mais il est face à un bon public. Dans ces moments là, le rire est communicatif. Viennent ensuite ceux qui se font prier pour chanter sans prendre le moindre risque La pastourelle, Le petit vin blanc, Jeanneton (chanson populaire du XVIII ème reprise par Aristide Bruant en 1890) : des valeurs sûres !

Jeanneton prend sa faucille, larirette, lariret è te

Jeanneton prend sa faucille et s’en va couper des joncs

Un café, un digestif sur le pouce et les choses sérieuses commencent : cinq heures non-stop débutées par le Sirop Typhon (Richard Anthony)

Bu…uuuuuuuuu...vons buvons buvons

Le sirop typhon typhon typhon

L’universelle panacée eh ! eh ! (Se termine souvent en panaché)

A la cuillère ou bien dans un verre,

Rien ne pourra nous résister.

Tout se passe pour le mieux hormis le pléonasme excusable : la panacée étant inévitablement universelle.

Bébert après Céline d’Hugues Aufray se régale dans l’Amsterdam du grand Jacques qui pendant l’enregistrement du disque motive Marcel Azzola par le fameux ‘‘Chauffe Marcel’’ emprunté aux Charlots. Cette formule restera dans les annales.

Dans le port d’Amsterdam / Y a des marins qui chantent

Les rêves qui les hantent / Au large d’Amsterdam.

Dans le port d’Amsterdam…

Dans une très bonne ambiance on s’achemine vers minuit. C’est l’heure du copieux souper. Aux alentours de deux heures du matin, les plus âgés se retirent et la fête continue jusqu’à plus soif. Pendant ce dur labeur, le guitariste enchanteur a séduit Rose une demoiselle que l’on dit d’honneur et l’invite discrètement à faire une petite promenade nocturne. Ce n’est pas du goût du père qui s’aperçoit trop tard du manège. A leur retour, il apostrophe sa fille aux joues pourtant assez rouges comme ça et s’adresse à celui qu’il juge être un malotru. Le pointant d’abord du doigt, lui indique ensuite la porte d’un geste clair, net et précis qui n’admet pas de réplique :

─ Vous ! Dehors !

Pour satisfaire pleinement la jeunesse et permettre aux musiciens de se reposer, le tourne-disque stéréo Philips (2x10w, 2 enceintes) prend le relais. La fatigue se fait sentir. L’ambiance tombe vite. Les efforts des Bee Gees I Stardet a joke et des Beatles Ob-la-di, ob-la-da n’y pourront rien.

─ Toutes ces émotions, ça creuse ! affirme Louitou. Il suggère d’abord de combler un petit creux, une soupe au fromage (Cantal jeune), un morceau de ‘‘Pogne’’ (brioche aux pralines) un ‘‘chti canon’’ pour éponger et ensuite de prolonger la fête.

Dès potron-minet, en catimini les deux pigeons Jaquet fraîchement bagués se sont éclipsés grâce à la complicité de leurs témoins.

Les infatigables noceurs décident d’aller rendre une visite de courtoisie et de réconfort aux deux tourtereaux déserteurs. Ils se précipitent chez le boulanger pour acheter des croissants chauds et des petits pains en chantant de JDassin :

Tous les matins il achetait

Son p’tit pain au chocolat la la la la

La boulangère lui souriait

Il ne la regardait pas la la la la

Les viennoiseries accompagneront la collation qu’il faut préparer avec attention avant de l’offrir aux jeunes époux. Une bouteille de champagne vidée dans un pot de chambre non usagé (première main), quelques biscuits à la cuillère, une banane, du chocolat fondu et quelques feuilles de papier toilette feront l’affaire.

L’aspect final n’inspire guère confiance à la mariée qui a l’immense honneur de porter à ses lèvres l’œuvre éphémère.

Le guitariste entre à son tour dans la chambre nuptiale. Il est encore là par conscience professionnelle ou par intérêt… (L’altercation avec le père de Rose s’étant bien terminée après présentations d’excuses pas vraiment réfléchies). Il accompagne une version préparée par le noyau dur de la bande Vous les copains je ne vous oublierai jamais d’Annie Chancel (Sheila) originaire de Chaussenac.

Vous les copains, on n’ vous oubliera jamais.

Di doua di di doua di dam di di dou.

Toute la vie nous serons vos amis.

Di doua di di doua di dam di di dou.

Tous ensemble (tous ensemble) on est bien (on est bien)

Tous ensemble on est bien, car on suit le même chemin.

L’émotion est trop forte. Une petite larme coule sur le visage de la jeune épouse, aussitôt consolée par son ‘‘cher et tendre’’ (Una lacrima sul viso : Bobby Solo, Lucky Blondo Sur ton visage une larme).

Just married !

L’été 1969 est torride. Heureusement il pleut des slows. A Maurs, flâner sur la terrasse du tour de ville ‘‘chez Gramont’’ est agréable. Malgré cela, les badauds préfèrent traverser le café pour s’enfermer dans le dancing. Ils sont attirés par la qualité du groupe toulousain les Goldfingers. Le sonorisateur placé dans la salle (ce qui est nouveau), diffuse un son de haute facture. Il s’amuse comme un petit fou dans Chimène le morceau de René Joly dont la voix est triturée par une cabine Leslie (brassage du son par une roue phonique : haut-parleur rotatif). Le quintette vocal est un ravissement dans le gospel Oh happy day. Émile le soliste frise la perfection dans Daydream (Wallace Collection) et dans la tornade charnelle de Johnny Que je t’aime de Gilles Thibaut & Jean Renard. Elle ravage tout sur son passage, tant par la douceur et la violence de la mélodie que par la puissance des paroles.

Quand tes cheveux s’étalent

Comme un soleil d’été

Et que ton oreiller

Ressemble aux champs de blé…

Que je t’aime, que je t’aime, que je t’aime

Que je t’aime, que je t’aime, que je t’aime.

La pression monte avec Les Gold qui revisitent à leur manière, Laisse entrer le soleil de Julien Clerc dans la comédie musicale Hair et l’ensoleillé Bip bip, (dadli ou dli ou dlou lé dlé la) de Joseph Ira Dassin (Joé).

La terre continue à tourner, sans beaucoup d’importance pour Neil Armstrong qui vient, c’est une première, de poser le pied gauche, ça porte bonheur, sur la lune dans la mer de la tranquillité : Il est 3 h 56 ce 21juillet 69. L’astronaute prononce la phrase qu’il a proposée à la N.A.S.A avant son départ de Cap Canaveral :

─ Un petit pas pour l’homme, un grand pas pour l’humanité !

Au pied des volcans d’Auvergne, la salle des fêtes de Lanobre ouvre ses portes aux couples qui modestement effectuent eux aussi de petits pas, mais pour l’intimité. Jacques (Bacchus) qui réussit bien dans le style Moustaki, dédie Le facteur à son copain le télégraphiste qui prend Le temps de vivre. Le public du plateau de l’Artense ne se lasse pas, six ou sept fois dans la nuit il redemande à Bacchus Le Métèque de Georges Moustaki.

Avec ma gueule de métèque

De juif errant de pâtre grec

Et mes cheveux aux quatre vents…

Et nous ferons de chaque jour,

Toute une éternité d’amour

Que nos vivrons à en mourir.

De son vrai nom Giuseppe Mustacchi, d’origine Grecque, ce grand voyageur barbu se lance dans une carrière d’interprète après avoir écrit pour Reggiani, Barbara, Salvador, Piaf (les paroles de Milord)... Ses œuvres sont d’une grande douceur, très appréciées par les enfants-fleurs (hippies) toujours attirés par ‘‘Les chemins de Katmandou’’ (film d’André Cayatte tiré du roman de René Barjavel qui écrit le scénario).

Plus fatigué, par la Champigneulles chère au comique Jean Richard qui fait son cirque, que par la marijuana, Kiki de Champs-sur-Tarentaine se glisse sous la scène pour démarrer une sieste ronflante. Réveillé en sursaut par la brillante attaque de guitare dans le jerk Vénus des Shocking Blue, il découvre d’un seul coup d’œil la vie sous un autre angle, ce qui lui convient parfaitement. Il peut à loisir apprécier tout le travail minutieux des dentellières pour la confection des adorables ‘‘pantys’’ que portent les ‘‘nanas’’. Le ‘‘zyeuteur’’ est délogé de son abri à coups de pieds par des payses qu’il qualifie de pimbêches. Kiki dit :

─ En temps que soixante-huitard convaincu, je m’insurge contre de telles pratiques moyenâgeuses. Je m’en remets à votre bon sens et à votre ‘‘bunker’’ ! Belles de Champs (sur Tarentaine), je ne vous répondrai que par la douceur, étoffée de soupirs osés et suggestifs du torride Je t’aime moi non plus (Serge Gainsbourg & Jane Birkin). Je vous signale que je suis en parfaite osmose avec Serge et son 69, année érotique. Je ne suis pas le seul ! L’Europe entière est embrasée par ce rappel, car le retour aux vraies valeurs est nécessaire et urgent. Mesdemoiselles, veuillez pardonner ma hardiesse, c’est sans acrimonie, en toute franchise que je m’octroie la liberté d’inviter l’une d’entre-vous. Je ne cherche même pas à savoir si je me trouve en présence d’une vraie ou d’une fausse blonde. J’aurai assurément la réponse plus tard, au court d’investigations plus poussées. Je frappe au N°1, mam’selle Angèle, j’espère secrètement une réponse favorable à ma requête : Tu veux ou tu veux pas ? (Zanini).

─ Cher Monsieur Kiki, nous avons éprouvé du plaisir à l’écoute de votre litanie et fait preuve de beaucoup patience. Notre réponse collégiale est simple, directe, spontanée, sans appel : Mais non mais non ! Ti ti pi di bi, pi di bi, pi di bi di ti ti pi di (Henry Salvador) si vous la préférez en version originale Italienne de Piero Umiliani, c’est encore Mah-na-mah-na ! Ti ti pi di bi…

Juste avant l’angélus du samedi soir, à l’heure de l’apéritif, il y a un attroupement sur la place de la Basilique Notre dame des Miracles de Mauriac. Je suppose que les gens se sont donnés rendez-vous pour aller au bal à L’éventail, le plus important dancing de la région. La scène montée sur des roues recule ou avance pour agrandir ou restreindre la piste de danse en fonction des besoins. Toutes les grandes formations s’y produisent : Marcel Debernard, Sentimental Trompette, Maurice De thou, Harry Williams…

Erreur, L’éventail ce sera pour plus tard !

Castro, ni Castrais ni castrat, un fidèle client de la salle de bal dans laquelle il joue au diabolo d’où son surnom Diabolo, divertit son monde devant le café du commerce. Son numéro est très spécial. Il arrive à faire démarrer le moteur de la 2 CV à Peter d’une manière étrange. D’une main il tient la bougie et de l’autre son sexe avec lequel il touche le fil venant de la bobine. Sans ‘‘court-jus’’, seulement quelques étincelles et le miracle se produit, le moteur tourne jusqu’au retrait du contact charnel.

La ‘‘deuche’’ est-elle sensible au sex-appeal de Diabolo ?

Ce qui est sûr, c’est qu’il est bon conducteur !

Il gagne son défi à tous les coups et peut boire toute la nuit au frais des parieurs.

Les accus rechargés, Castro s’adonne à son sport favori.

♪♫ Le grand perdant de ces années sixties est l’accordéon. Pour diriger un orchestre de variétés, il n’est plus nécessaire d’être accordéoniste. Les groupes entrent en force dans ce paysage musical : The Légitimus group, Le Sept, Les Partners, SOS, Obsession, Les Mustangs, Les Clapier …

 

Tnor_68_Parc_de_sports TENOR 1968 ( Jacques, Pépé, Alain, Michel, Martial Jacques