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Quant il faut y aller !

1965. L’hiver est assez rude dans le Massif Central, mais à Coltines en Planèze l’on sait se préserver du froid. Début janvier, pour la fête des rois, on danse ‘‘Chez Comte’’ (boulangerie, épicerie, café). Jean Ferrat d’une voix chaude (ça tombe bien) offre de somptueuses étrennes au monde rural. Que l’on soit citadin, banlieusard ou provincial, la mélodie et les paroles de La Montagne n’échappent à personne.

Faites-vous un petit plaisir vocal ! Vous me semblez avoir oublié les consignes du début, lire tout haut, chanter, danser…

Ils quittent un à un le pays,

Pour s’en aller gagner leur vie,

Loin de la ville où ils sont nés…

Pourtant, que la montagne est belle,

Comment peut-on s’imaginer,

En voyant un vol d’hirondelles,

Que l’automne vient d’arriver.

Adamo dans la même lignée, en décalage avec la tendance, reçoit une ovation du public depuis quelques mois avec sa chanson cyclique Tombe la neige. Il ne croit pas si bien dire, car dehors de gros flocons forment un épais tapis (sur la route, vingt centimètres en moins d’une heure.)

Tombe la neige

Tu ne viendras pas ce soir.

Tombe la neige

Et mon cœur s’habille de noir.

Le bal se vide rapidement, les clients appréhendent le retour. L’orchestre ‘‘plie’’ son matériel. A la manière des poupées russes, le batteur rentre ses fûts dans la grosse caisse dont les peaux de dessous ont été enlevées pour une meilleure résonance et surtout pour un rangement plus rationnel.

 

Le vin chaud sucré (cannelle et zest de citron) complète le repas. Peu importe le temps, on ne déroge pas à la règle !

Les musiciens font un faux départ, (‘‘cabots’’ ces artistes !) À deux kilomètres de là ils sont stoppés par une congère.

─ On en a vu d’autres, dit le chauffeur en sortant la pelle rangée sous la sono au fond de la malle. La DS, ça passe partout !

Rien n’y fait, même pas le coup de main de ses acolytes qui, pour déblayer, ont en guise d’outil attrapé les cymbales ‘‘Pearl’’ (c’est la marque). Seul point positif, après usage elles brillent comme neuves. Force est de constater l’échec.

Après un juron le chef, tout en eau propose :

─ Retour à la case départ, achat de chaussettes en laine et Da dou ron ron ! (Employé dans le sens de petite ronflette) jusqu’au passage du chasse-neige. En attendant, rendez-vous demain matin six heures !

Quand l’amour s’en va

Adieu tout est fini

Da dou ron ron, da dou ron ron…

Ce tube de Jean-Philippe Smet (Johnny), Ma biche de Franck Alamo permettent à l’accordéoniste de prendre un temps de repos au cours des soirées. Il n’aime pas ça. Il a conscience de l’essoufflement du Musette.

En position de relaxe, mains jointes derrière la nuque, coudes tirés en arrière, la maïs au bec, d’un air attristé dans un pâle rictus, il badine à contre cœur :

─ A vous les yéyés ! Pour moi, c’est Da dou ron ron !

La mode Beatnik traverse la Manche à grandes brasses envahissant la France en quelques mois avec un slogan qui fait mouche ‘‘Peace and love’’. Les filles et les gars assis par terre, décontractés, adoptent les mêmes vêtements : blue-jean délavé troué, chemise débraillée moulante souvent ouverte jusqu’au nombril, cheveux longs. Le contraste est saisissant avec la caste dorée, bien soignée, costume griffé, gros nœud de cravate sur une chemise Hechter, voiture de sport : les ‘‘Minets’’. Le grand couturier Paco Rabane innove en présentant des robes en matériaux contemporains, métal, nylon, papier, portées pour la première fois par mannequin noir. Il ajoute, de la musique ce qui ne se fait pas, en plus Anglo-saxonne dans ses défilés : quel sacrilège ! La presse le nomme : « Jules Verne de la couture », « métallurgiste », « plastiqueur de la mode »…

Le poste radio à transistors se miniaturise pour entrer dans les poches des pantalons. Les informations, les créations musicales arrivent dans l’hexagone en temps réel grâce à l’ouverture de la deuxième chaîne de télévision.

Dans la capitale européenne du parapluie, Aurillac, le film chanté de Jacques Demy avec Catherine Deneuve, Anne Vernon, Nino Castelnuovo sur une musique de Michel Legrand, Les parapluies de Cherbourg, interprété par Christiane Legrand est accueilli à bras ouverts.

Ils se sont séparés sur le quai d'une gare

Ils se sont éloignés dans un dernier regard

Oh je t'aim' ne me quitte pas.

Entre la sortie parisienne et la projection en Auvergne, le décalage est important, parfois plusieurs mois !

L’accessoire cher à Chamberlain est utile ce dimanche soir aux Crozes d’Arpajon. André Thivet joue pour Madame Tessières, ‘‘La blonde’’, sous l’un de ses chapiteaux d’une superficie moyenne de cent mètres carrés. Ils sont tous bien entretenus, bâche bleue, panneaux latéraux en dégradé rouge orange jaune. Une double cloison empêche de voir l’intérieur et permet d’en contrôler l’accès. Deux caissières armées d’un tampon et d’un encreur perçoivent le droit d’entrée. Exposées au froid ou au chaud en permanence, elles ne sont pas à la place rêvée. Il faut en toutes circonstances avoir le sourire. Ce n’est pas facile, car retirer des pièces de l’escarcelle des auvergnats n’est pas une sinécure.

Les copains d’abord (Georges Brassens) est la seule litanie de la bande à Kaké. L’un d’eux manque à l’appel, mais il est tout simplement sorti assouvir un petit besoin naturel provoqué par un excès de Pils (première vraie bière blonde et claire, élaborée à Pilsen en Bohème en 1842). Malgré la pluie torrentielle, ne le voyant pas revenir, Kaké inquiet part à sa recherche. Il trouve notre ‘‘urinophile’’ amarré à la gouttière du café de la gare.

─ Qu’est-ce que tu fais là sous la pluie, tu vas pas y passer la nuit ?

─ Je fais de la place pour y ‘‘remettre droit’’ et cul sec. Je ne sais pas ce qui se passe, je n’arrête pas de pisser !

─ Mais non couillon ! Tu vois pas que c’est le tuyau du chéneau qui coule ? Allez on rentre, écoute moi ce slow !

Jean-Claude, à la voix présente et bien posée, nous fait profiter au mieux de :

Aline de Daniel Bevilacqua (Christophe).

J’avais dessiné, sur le sable, son doux visage qui me souriait…

Et j’ai crié ! Crié !... é ! Aline pour qu’elle revienne

Pendant que Christophe est très occupé par Les Marionnettes

Moi je construis des marionnettes, avec de la ficelle et du papier,

Elles sont jolies les mignonnettes, je vais vous les présenter...

Hervé Vilard pleurniche sur la fin de ses vacances à Capri.

Capri, c‘est fini, et dire que c’était la ville de mon premier amour…

Capri, c’est fini, je ne crois pas que j’y retournerai un jour.

Guy Mardel N’avoue jamais, bien conseillé par sa parolière Françoise Dorin (célèbre femme de lettre, romancière et dramaturge qui écrit pour Charles Aznavour Que c’est triste Venise).

N’avoue jamais, jamais jamais, oh non jamais !

N’avoue jamais que tu l’aimes ai-ai aime.

Pour réveiller les gens, la musique de Mikis Theodorakis, bande originale de Zorba le grec, est toute indiquée.

Ce n’est peut-être pas aussi parfait qu’Anthony Quinn dans la danse de zorba, mais le Sirtaki, mixture lente et rapide dérivée du Chasaposervico, procure le plaisir de la danse en groupe.

Du groupe familial malgache Les Surfs, A présent tu peux t’en aller met la puce à l’oreille à Eddy Mitchell. Le yéyé a-t-il vécu ? Le contre courant est fort.

Eddy, craignant le châtiment extrême, pousse son cri de colère en parodiant Victor Hugo S’il n’en reste qu’un, je serai celui là ! Il écrit les paroles françaises de la tornade en provenance des îles Britanniques qui s’abat sur le vieux continent : Satisfaction des Rolling Stones avec le sensuel, selon les dames, Mick Jagger.

I can’t get no, satisfaction, I can’t get no satisfaction

Cause I try, and I try, and I try, and I try, I can’t get no…

Très vite, le jerk supplante et gomme le twist. La gestuelle est un peu différente. Les pieds et les genoux perdent de leur superbe. Les mouvements anarchiques des hanches et dissymétriques des bras donnent l’impression que chacun crée son propre numéro face à plusieurs vis-à-vis (qui font de même). S’agit-il d’un rite amoureux ? C’est physiquement une véritable dissociation du couple. L’avantage, si l’on peut dire, est que le ‘‘jerkeur’’ n’a personne à remercier et pour cause !

─ Dans la java, j’avais du mal avec les pieds, mais je savais où mettre les mains. Là, je suis complètement dépassé ! C’est une musique pour faire danser les ours ! (Expression cyclique) ajoute Tintin.

Une nouvelle fois, il faut se remettre à l’ouvrage. Henry Salvador vient de monter sa propre maison de disques ‘‘Rigolo ‘’. En octobre 1965, juste au retour des vacances, en début d’année scolaire, il n’encourage pas spécialement à l’effort avec Le travail c’est la santé (tempérament antillais).

Le travail c’est la santé, rien faire c’est la (!) conserver

Les prisonniers du boulot, n’font pas de vieux os.

Maint’nant dans le plus p’tit village

Les gens travaillent comm’ des sauvages

Pour se payer tout le confort.

Quand ils ont tout…ben…ils sont morts ! (Refrain)

Je n’ai pas besoin de vous dire de chanter, quand faut y aller, faut y aller ! Tout le monde le sait !

On est toujours là !

Vingt-deux, v’là novembre et sa Sainte Cécile patronne des musiciens, qui nous fait découvrir une merveille : La Bohème extrait de l’opérette Monsieur Carnaval sur un livret de Frédéric Dard. Charles Aznavour conjugue, assemble romantisme et nostalgie pour Jean Richard et Georges Guétary, ce qui fait dire à Popaul le trompette-accordéon :

─ Pour Charles, c’est facile de trouver les bonnes ‘‘Arménies’’ ! (Harmonies). La première phrase de Jacques Plante reste gravée dans nos mémoires.

Je vous parle d’un temps,

Que les moins de vingt ans

Ne peuvent pas connaître.

Après Yesterday, plagiat d’Answer me my love de Nat King Cole (1954), le cadeau de Noël qui nous est offert est posté au Cavern-club de Liverpool. Quatre garçons dans le vent, costume Cardin, chemise à jabot, cheveux longs, coupe au bol, nous livrent une chanson Michelle dont les paroles sont écrites moitié en Français moitié en Anglais.

Michelle, ma belle,

Sont des mots qui vont très bien ensemble, très bien ensemble.

I love you, I love you, I love you.

Dans leurs chambres, les adolescentes ont épinglé sur le mur, bien en vue, face au lit pour le fantasme, le poster des Beatles. Les garçons se laissent pousser les cheveux à la Beatles, l’expression passe dans le langage des parents, qui n’apprécient que modérément. Leurs faucheuses électriques bien en main, les ‘‘coupe douilles’’ de l’armée s’en donnent à cœur joie sur les têtes des jeunes recrues. Ils en jouissent encore lorsqu’ils évoquent ces ‘‘années tignasse’’. La Beatlemania après les U.S.A. s’empare de l’Europe. Malgré cela, John, Georges, Paul et Ringo font leurs adieux à la scène pour se consacrer au cinéma.

John Lennon déclare (ce qui ne lui crée pas que des amis):

─ Les Beatles sont plus populaires que Jésus !

1966. Michelle est perçue comme un hymne au rapprochement adolescents- parents. L’accordéon, qui trouve son compte dans cette mélodie de John Lennon et Paul Mac Cartney, reçoit une nouvelle bouffée de survie apportée par Francis Laï accompagnateur de la môme Piaf. Il compose à l’accordéon-piano Un Homme une Femme, fable poétique chantée par Pierre Barouh et Nicole Croisille dans le film de Claude Lelouch palme d’or au festival de Cannes.

Il est très bien ce Monsieur puisqu’il parle de moi ! Chabada…bada, Chabada, bada. Je m’imagine bien, à la place de Jean-louis Trintignant pilotant la Ford Mustang, à côté d’Anouck Aimée.

Comme nos voix ba da ba da, da da da da da

Chantent tout bas ba da ba da, da da da da da …

Je sens bien que vous êtes en manque ! Je ne résiste pas au désir de vous en ‘‘remettre une petite giclette’’ !

Nos cœurs y voient ba da ba da, da da da da da

Comme une chance, comme un espoir.

Si le panel de danses s’élargit, le bal reste le lieu idéal pour les rencontres et l’amusement.

Jean Paul entouré d’un quatuor d’amis enterre sa vie de garçon. Après un gros repas chez Cueille à Thièzac, le risque de déshydratation pendant le trajet étant exclu, la décision est prise d’aller faire un tour au bal des étudiants organisé par l’A.O.C. (Association d’Origine Cantalienne).

L’ambiance est dans la pleine tradition universitaire. Louis le littéraire ne manque pas d’imagination pour signifier sa désapprobation à l’égard de la ‘‘bêcheuse’’ qui refuse trop souvent de danser.

─ J.P. tu vois ce que je vois ? La rousse avec les petits Roberts, ‘‘j’hachette’’ ! Un lit très douillet ne lui conviendrait-il pas ? Je vais l’inviter ! Vous venez en suer une ... Poupée ?

─ Non merci ! dit-elle sèchement se tournant de l’autre côté en croisant les jambes.

─ Oh ! Pardon beauté, Je réitère et reformule ma requête : divine princesse, je vous adresse une supplique. Auriez vous l’extrême obligeance de m’accorder cette danse ?

Pas de chance, la réponse est négative, probablement déjà séduite par Michel Polnareff.

C’est une poupée ée ée

Qui fait non non non, non non non.

Toute la journée ée ée

elle fait non non non non non non.

─ Ma chère dans le cas présent, pour éviter de vous laisser envahir par le remords et l’ennui, je vous propose l’espace d’une complainte, admirablement exécutée par ces saltimbanques, le Poucet (dictionnaire de chez Hatier). Pour s’instruire, il ne faut jamais perdre la moindre occasion ! Je reste votre serviteur dévoué ! Mademoiselle puis-je me retirer ? dit-il en exécutant une courbette digne d’un mousquetaire du roi.

De retour à la case départ, fleuret bas, Louis aperçoit au clair de la lune, son ami Pierrot ‘‘Le cleps’’ largement et tendrement enlacé. Jaloux, vexé, s’adressant à J.P, il ajoute :

─ C’est dans ces moments là, que l’on se rend vraiment compte que l’amour est aveugle !

Nous n’allons pas trop nous appesantir sur ce sujet toujours très sensible.

Antoine, accompagné par son groupe Les Problèmes, soulève suffisamment de polémiques, avec ses élucubrations sans en ajouter d’autres : l’accordéon d’Yvette Horner le fatigue, il envoie Johnny dans une cage à Médrano et conseille au Président De Gaulle (pour renflouer la bourse) de mettre la pilule en vente dans les monoprix : Oh, Yeah !

Ma mère m’a dit Antoine fais-toi couper les ch’veux,

Je lui ai dit ma mère dans vingt ans si tu veux…

Je ne les garde pas pour me faire remarquer

Ni parc’que j’trouve ça beau, mais parc’que ça me plaît.

L’on sent poindre à l’horizon un conflit de générations, une sorte de rébellion qui paraît remettre en cause l’ordre établi, le désir de la jeunesse d’imposer ses propres vues.

Le groupe Les Double Six de Mimi Perrin survole le jazz vocal. Il reformule la composition A night in Tunisia du candidat aux élections présidentielles des États-Unis en 1964, Dizzy Gillespie (Le trompettiste qui gonflait ses joues comme des ballons de baudruche) en Tapis volant. Celui-ci nous dépose au carrefour de la route conduisant à Labrousse, au café-restaurant ‘‘Le Domino’’. Une soirée dansante y est organisée avec la jeune formation les Dominos. When a man loves a woman (quand un homme aime une femme) de Percy Sledge et Stangers in the night de Franck Sinatra sont maîtrisés de belle manière par les frères Lopez : Paul à la guitare, René dit Trini pour les fans à la guitare et au chant. Ils sont plus qu’encadrés par les frères Fialon, Maurice saxo-clavier, Jean Guitare-Trompette, Jo batterie.

On en redemande, et c’est fait !

Dans le Yellow submarine des Beatles, les chœurs fignolés par ce quintette sont garantis grand teint. Chanté par les Compagnons de la chanson, le sous-marin en devient vert malgré la voix de Fred Mela.

Une fine équipe de ‘‘dragueurs’’ bien organisée est prête à larguer les amarres. Elle n’attend pas le signal de la capitainerie pour emboucher le tuba, rentrer les pare-battages (traduit en Anglais par fender comme par hasard) et appâter soit la truitelle soit la rascasse brune ou blonde. Même la vieille doit se méfier. Juju, le gardien du phare est préposé à l’éclairage. Après repérage des interrupteurs il est chargé d’éteindre les néons de la salle seulement après la formation des couples, dès le début du frai. Ceci est capital. C’est un savoir-faire qui demande un bon feeling, de l’expérience et une connaissance approfondie du milieu. La drague ‘‘tous feux éteints’’ peut alors commencer. Seul le lamparo de la buvette est autorisé. Pour prendre la température et surprendre à la fois, Juju rallume de temps en temps créant quelques flashes de déstabilisation. Vilipendé plus ou moins discrètement par ses potes selon l’avancement des travaux entrepris, il rétorque :

─ Je regrette, c’est du courant alternatif, basé sur le principe du va-et-vient, un coup j’te vois, un coup j’te vois pas !

Celui qui n’a pas ferré avec succès au cours du Love me please, love me de Michel Polnareff devient le nouveau chargé de mission. On constate que c’est encore le même qui officie dans les slows de Pascal Danel, La plage aux romantiques et Kilimandjaro.

Il n’ira pas beaucoup plus loin, la nuit viendra bientôt

Il voit là-bas dans le lointain, les neiges du Kilimandjaro

Elles, te feront un blanc manteau, où tu pourras dormir.

Elles, te feront un blanc manteau, où tu pourras dormir, dormir, dormir.

Juju, après un petit coup de ‘‘jaja’’ (vin) qu’il trouve rêche, approuve les paroles ‘‘rap’’ de Et moi et moi et moi, rédigées par le routard Jacques Lanzmann sur une musique de Jacques Dutronc, ex-accompagnateur de Schmoll (Eddy Mitchell).

Sept cent millions de Chinois et moi et moi et moi

Avec ma vie, mon petit chez moi,

Mon mal de tête, mon point au foie

J’y pense et puis j’oublie

C’est la vie, c’est la vie.

Ce n’est pas septembre noir pour Johnny qui gagne des royalties en chantant la version française Noir c’est noir du Black is black de Los Bravos. Les cuivres des Dominos : Maurice au saxo ténor à élastiques (en remplacement des ressorts cassés) et Jean à la trompette si bémol capricieuse (un piston ne remontant pas toujours) soignent particulièrement le célèbre riff d’introduction :

Ti do to ti, do to ti, do to ti,

Do to ti té do to té, do to té…

Je sais, avec les ti ti, les to to, les do do ce n’est pas terrible, vous vous en sortez mieux avec les té té. Si avec la bouche vous imitez le son des instruments à vent, vous allez mettre le feu !

Bravo ! Prestation remarquée par Mireille Mathieu qui en colère pose la question à René Clément : « Paris brûle-t-il ? ».

Aucun risque, Sacha est ‘‘d’astreinte’’. Il a fait ses armes au Brésil dans L’incendie à Rio avec Maurice Tézé et Gérard Gustin, entourés des pompiers professionnels de la caserne ‘‘Parque de bomberos Cristo Redentor’’.

En pleine nuit une sirène, appelle au feu tous les pompiers.

Et tout Rio qui se réveille, voit brûler l’usine de café…

Qu’est-c’ qu’on a fait des tuyaux, des lances et d’la grande échelle.

Qu’est-c qu’on a fait des tuyaux, pas d’panique il nous les faut.

Il est minuit au dancing de La Boule Rouge à Lafeuillade en Vézie ‘‘Chez Quiers’’, comme s’ils avaient été eux aussi surpris en plein sommeil par un incendie, vêtus de caleçons longs blancs, de maillots de corps blancs, de bonnets de nuit blancs, du plus bel effet en lumière noire, une dizaine de sportifs en goguette fait irruption. Ils arrosent sérieusement et dignement la ‘‘quille’’ (fin du service militaire) du seconde classe Patrick, leur demi-droit. Les filles ne paraissent pas sensibles à la phosphorescence des tenues qu’elles jugent trop moulantes. Les gaillards ne s’en offensent pas, ils dansent entre eux, mais ça ne dure pas. Un petit bourgogne aligoté et ils partent se draper dans une autre dignité, satisfaits de leur ‘‘coup’’. La Simca 1000, l’aronde P 60 et la superbe Dauphine Gordini (rendue célèbre par les pilotes Aurillacois, Monraisse et Ferret vainqueurs du rallye de Monte Carle en 58) leurs servent de cabine d’habillage. Revoilà nos stripteaseurs flambants neufs, réhabilités en play-boys, costumes cintrés, chemises à jabot, lunettes Ray Ban Aviator, qui chantent en mimant le refrain de Jacques Dutronc.

Chip chip chip chip, chi bidou ah!

Chip chip chip chip, chi bidou ah!

Croyez-vous que je sois jaloux, pas du tout, pas du tout

Moi j’ai un piège à filles, un joujou extra, qui fait crack boum hue !

Les filles en tombent à mes g’noux.

On recommence !

Qui fait crack boum hue ! Crack boum hue ! Crack boum hue !

La gestuelle est au point. Le ‘‘chi bidou ah’’ se termine en planche latérale, un bras et une jambe levés à l’oblique. On dirait la tenniswoman Suzanne Lenglen décochant son magistral revers. Le ‘‘crack boum’’ ponctué par le ‘‘Hue’’ que je vous ai dénigré au bénéfice du ‘‘Yé, Yé’’ trouve ici parfaitement sa place, bien qu’il soit accompagné d’un bras d’honneur prétentieux. Ils sont pardonnés, car exécuté en groupe, ce ballet Pat’, baptisé ainsi pour honorer leur deuxième ‘‘pompe’’ ne manque pas d’allure.

Les filles se laisseront-elles prendre au piège ?

♪♫ Le matériel des orchestres est de plus en plus volumineux : deux à quatre baffles chacun de plus d’un mètre de haut, sono 150 Watts, chambre d’écho à bande magnétique Dynacord, amplis de basse et de guitare souvent Fender 100 watts et un système d’éclairage plus conséquent. La publicité par affiches est très présente. Il s’agit, dans la plupart des cas, d’une photo d’ensemble certes posée, mais sur scène. Le sourire figé de l’accordéoniste n’est plus dans l’air du temps. Le rayon d’action s’agrandit. De ce fait les musiciens se déplacent en minibus, estafette Renault, Peugeot J7, Combi Volkswagen…

En province, on est aux portes de la professionnalisation.

Le minicassette Philips, très maniable, devient indispensable pour le travail lors des répétitions et permet d’améliorer fortement la qualité musicale par sa facilité d’enregistrement, d’écoute et d’effacement presque sans fin. Cette invention a été probablement inspirée de l’Art poétique de Boileau :

Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage,

Polissez-le sans cesse et le repolissez ;

Ajoutez quelquefois, et souvent effacez…

1967 paraît être une année de contraste pour le cinéma. Belle de jour de Joseph Kessel est adapté par Luis Bunuel. Catherine Deneuve, bien rangée dans la société entre de plein gré dans le désordre. L’œuvre de Diderot La religieuse est mise en scène par Jacques Rivette. Anna Karina une jeune fille qui aspire à la vie est conduite au couvent contrainte et forcée. Tout semble séparer les deux femmes pourtant elles sont proches l’une de l’autre car novices toutes les deux.

Le Château de Comblat, transformé en pensionnat de filles placé sous l’emprise du diocèse de Saint-Flour, est en émoi ce dimanche de kermesse. Le petit orchestre fait de son mieux pour donner 2’35 de bonheur (Sylvie Vartan) aux élèves et à leurs cavaliers, ce qui semble être interminable aux yeux des religieuses. Ces surveillantes franchissent un degré supplémentaire de crispation dans Le Inch Allah d’Adamo. Ce qu’elles redoutent le plus, c’est cette satanée mélodie langoureuse à l’orgue ‘‘Hammond B3’’ des Procol Harum dans le superbe A Whinter shade of pale. Les ‘‘Ménettes’’ sont sur le qui-vive en ce jour du Seigneur jusqu’au couvre feu repoussé exceptionnellement à 19h30 : elles se lâchent d’une demi heure !

Sur leur faim, les chevaliers servants décident d’aller écouter Altéro Betty à La Grange (Jussac). Les musiciens reproduisent fidèlement le prix Eurovision 67. Un tout petit pantin de Sandie Shaw (la chanteuse aux pieds nus) et Nathalie de Gilbert Bécaud. C’est vrai qu’il a un joli nom son guide. Nathalie accepte l’invitation de François Deguelt qui lui promet Le ciel, le soleil et la mer.

Les habitués du café d’en face n’ont pas une sensibilité particulière pour le moderne. Le souci majeur pour Riquet, buveur invétéré, est de retrouver sa demeure. Le voyant assis sur une grosse pierre à l’angle de la route, Alphonse son compère l’interpelle :

─ ‘‘Hé bé’’ Riquet (Hébé n’est pas la déesse de la jeunesse, mais une expression locale) ! Qu’est-ce que tu fais sur cette caillasse ?

─ J’attends un peu pour ‘‘m’accamper’’ (rentrer chez moi), j’ai le ‘‘caberlot’’ qui tourne ! (Geste à l’appui). Chaque fois que je mets de la limonade dans le pinard, c’est pareil ! Le rouge limé ne me réussit pas.

─ D’accord, tu supportes pas le mélange, mais t’attends quoi ?

─ ‘‘Hé bé’’ comme tout tourne, quand je verrai passer ma baraque, je rentrerai ! Pas la peine d’aller courir au diable !

Dizzy Gillespie et son Tapis volant nous transportent à la Maison du peuple de Clermont-Ferrand au bal de l’Aéronautique. Pour une partie des invités, hôtesses, stewards, pilotes, personnel au sol, la tenue stricte mais chic d’Air France est la bienvenue. Le contraste vient de l’autre partie qui arbore des chemises indiennes à fleurs, des foulards vaporeux et l’incontournable jean délavé. La dégaine hippie convient mieux aux twenties qui prônent la liberté sexuelle : « faites l’amour pas la guerre ».

Gilbert Bécaud nous avait bien prévenus pour les fleurs, avec ses Cerisiers blancs et L’important c’est la rose. Nino Ferrer, le bassiste clarinettiste tromboniste guitariste de jazz envoie un coup de fil à Gaston, pour l’alerter : ‘‘p’t-être bien qu’c’est importont’’. C’est à croire qu’il s’agit du génial et indolent Gaston Lagaffe d’André Franquin dans le journal Spirou qui ne fait pas suivre l’information.

Bernadette est très chouette, sa cousine elle est divine…

Noëmie est très jolie, moins que Zoé, mais plus que Nathalie,

Anatole il est frivole… (J’étais obligé !).

Gaston Y’a l’ téléphon’ qui son / Et y’a jamais person’ qui y répond.

Tout le monde chante, mais n’écoute pas toujours, car il y a parfois des messages forts dans les chansonnettes qui paraissent superficielles.

L’équipe du pianiste de jazz, accompagnateur de Kid Ory, Kenny Clarcke, Gilles Dreux, Antoine… Jean-pierre Salvat, formée d’excellents musiciens, notamment Loulou Dubessay (sax-guitare-piano). Il aligne sur scène une section de six cuivres étincelants. Lorsque l’expérimenté Damico (Santiana), chanteur à la voix pleine d’exotisme, démarre les premières notes de Massachussets (Bee Gees), embraye sur Nights in white satin (The Moody Blues) et Let’s go to San Francisco (Flower Pot Men), les réacteurs des personnels navigants chauffent, les hélices (nœuds papillons) des notables se mettent à tourner. Le feu vert de la tour de contrôle à peine donné, les amoureux de tous âges s’élancent sur le tarmac, et se laissent bercer par le San Francisco de Scott Mac Kenzie.

Si vous allez à San Francisco

Vous les verrez des fleurs dans les cheveux

Tous les hippies de San Francisco

Pleins d’amours brûlants dans leurs yeux

La populaire Sylvie, aidée par son secrétaire Carlos et son ami Jo Dassin pour les remplissages sifflés, fait exploser les ventes avec Comme un garçon (Roger Dumas & Jean-jacques Debout).

Comme un garçon j’ai les cheveux longs

Comme un garçon je porte un blouson

Un médaillon, un gros ceinturon, comme un garçon…

Pourtant, je ne suis qu’une fille…

Un mouvement féministe fait entendre sa voix. La femme est désireuse de montrer qu’elle est bien l’égale de l’homme. Elle veut se lever tôt, déjeuner seule, aller au travail, rentrer tard, fumer des Boyards, boire de la bière : le pied quoi !

Brigitte Bardot chante sur tous les toits qu’elle n’a besoin de personne, qu’elle ne reconnaît plus personne, que des désirs lui montent au creux de ses reins quand elle chevauche son Harley-Davidson. Gainsbourg ne va pas tarder à faire ses sacoches.

Claude François attristé par sa rupture avec France Gall écrit avec Gilles Thibault, jacques Revaux Comme d’habitude. Sa maison d’édition ‘‘Flèche’’ catapulte cette bombe. Paul Anka la rebaptise My Way, Franck Sinatra et Elvis Presley la réorientent en plein vol et la propulsent ‘‘icône mondiale’’ de la musique de variété.

Comme d’habitude on fera semblant / Comme d’habitude on fera l’amour

Comme d’habitude on fera semblant / Comme d’habitude

On est bien loin de la Valse à Neuneu, de la Paimpolaise, ou de la nostalgique Java d’Emile Stern.

Java, qu’est-ce que tu fais là,

Entre les deux bras d’un accordéoniste.

Faut pas t’gaspiller comme ça,

Avec tous ces gars qui s’prennent pour des artistes.

Docteur ! Venez vite le bal musette est malade !