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PATCHWORK MUSICAL.

Jean-luc Godard, Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg veulent nous faire croire que nous sommes A bout de souffle; il n’en est rien ! Les sept mercenaires de John Struges avec Yul Brynner, Charles Bronson, Steeve McQueen… veillent au bon déroulement des choses !

Dans le club du ‘‘Golf Drouot’’ le style anglo-saxon s’impose rapidement auprès des teenagers. Ils apprécient l’émission ‘‘Age tendre et tête de bois’’ d’Albert Raisner sur la première chaîne de télévision. La sortie des magazines ‘‘Salut les copains’’ avec sa mascotte ‘‘Chouchou’’, ‘‘Mademoiselle Age Tendre’’ avec ses photos et posters d’artistes, correspond bien à l’esprit de cette jeunesse insouciante qui éprouve le besoin de s’identifier à de nouvelles idoles de son âge.

La radio à transistor, miniaturisée et portable, le Teppaz modèle ‘‘Oscar 60’’, les nouveaux microsillons stéréophoniques sont les incontournables qui assurent encore plus rapidement la promotion de la ‘‘variété’’ dans toute la France. Le décalage entre Paris et la province s’estompe. La société de consommation est bien en place avec son nouveau franc !

♪♫ En un temps record, dans la plupart des orchestres, le chanteur s’affirme, prend le devant de la scène et la guitare devient l’instrument phare.

Oh ! Yéyé.

1960. Toute en beauté, comme La Floride Renault, la vague musicale est appelée yéyé, car à la fin de beaucoup de phrases, pour avoir une consonance de ‘‘masticateur de chewing’’, les chanteurs font entendre yé, yé !

L’origine de cette expression est certainement à chercher dans les cris poussés par les cow-boys texans dans les plaines du Far West qui, pour faire galoper leurs chevaux, hurlent : Yé, yé !

─ Vous n’imaginez pas une seule seconde le grand tube du Rock de Gene Vincent Be Bop a Lula avec au final un ‘‘hue hue’’ ! Même avec l’accent camarguais ça ne va pas !

Be Bop a Lula she’s my baby

Be Bop a Lula toi ma douce amie…

My baby love, my baby love, my baby love…Hue, hue!

Un peu plus sérieusement, cette expression utilisée pour renforcer et souligner avec satisfaction l’intensité de la rythmique semble être déclinée de l’Anglais ‘‘Yes’’.

Au mois de mai, fais ce qu’il te plaît, Oh Yé ! En voiture Simone pour le bal à Nohanent. Après avoir traversé le café de la place, chez Morel, à l’arrière nous arrivons dans la salle de bal déjà bien remplie. Une équipe d’étudiants arrose les écrits des ‘‘exams’’. Georges Michel, le chef d’orchestre dans le coup, au physique de jeune premier, assoit sa réussite sur la nouvelle danse qui fait fureur auprès des jeunes : le Twist. Tout repose sur la cohésion batterie-guitare-contrebasse et la valeur du chanteur Martial Mallet.

Les anciens jugent les paroles plus que simplistes. La critique est facile, mais la mémoire est courte. Il faut se souvenir du Je Te Le Le de Maria Candido, joué par Edouard Duleu (leu leu) et son grand orchestre parisien, lors de la fête des touristes de Laroquebrou qu’il anime depuis de nombreuses années.

Je te le le, l’avais lais lais, bien dit li li

Que tu lu lu, serais lais lais bientôt lo lo, ma femme.

Je te le le, l’avais lais lais, bien dit li li

Que tu lu lu, serais lais lais bientôt lo lo, ma mie.

Je n’ai pas résisté au plaisir de soumettre à votre jugement la totalité du refrain, même en deuxième instance !

Edouard, qui entre parenthèses gagne la course à pied des plus de 100 kilos organisée le lundi matin à travers les rues du village, plaisante :

─ J’ai fait mon trou à Laroquebrou, c’est mon ‘‘Laroque Trou’’ !

 

Sans se préoccuper du voisinage, les twisteurs nohanentais se tortillent dans tous les sens pour s’exprimer au mieux sur le fameux Viens danser le twist (Let’s twist again) chanté par Johnny Hallyday, Richard Anthony, Nancy Holloway...

Venez les copains / Tapez dans les mains

On va faire le twist

C’est le nouveau Rock / Rien n’y résiste

Ce n’est pas vraiment un changement, mais il est fréquent d’entendre plusieurs chanteurs interpréter la même retranscription anglaise, en y ajoutant une touche personnelle.

Johnny connaît déjà un énorme succès après l’enregistrement en février et la sortie de son premier 45-tours T’aimer follement (14 mars 1960). Sur sa lancée, il écrit Je cherche une fille, adapte Souvenir souvenir (Cy Coben). Le riff de guitare prend ici une place capitale. Johnny, pantalon de cuir noir, chemise rayée col ouvert, se ‘‘défonce’’ dans Kili-watch (Gus Derse), lorsqu’il est bien en jambe il se roule par terre, tout en jouant de la guitare.

Kili kili kili kili watch watch watch watch Ke oum Ken ke Ha ba.

Depuis deux jours, je ne fais que répéter

Ce petit air qui commence à m’énerver

Kili kili kili kili watch…vous aussi ?

Parmi les twisteuses, l’étudiante en éducation physique, spécialiste de gym’ au sol se fait particulièrement remarquer dans la Leçon de Twist du groupe les Chaussettes noires.

De tous côtés on entend plus que ça,

Cet air nouveau qui nous vient de là-bas…

Twist and twist, vous y verrez tous

Twist and twist, vous y verrez tous

Twist and twist, le monde entier twister!

Hors dose, plus qu’excitée par le gros rouge des coteaux de Chanturgue, la future prof’de gym s’empare d’un micro et lance son concours fétiche ‘’Mètre Queue’’. Le règlement est simple : mesurer la longueur du sexe masculin des candidats potentiels. Elle promet monts et merveilles au gagnant. Alors, tous les étudiants scandent le pseudonyme de ‘‘La passeuse en revue’’.

─ Lu-lu La Goulue ! Lu-lu la Goulue !

Elle est, aux dires de ses copains de ‘‘promo’’, appelée ainsi parce qu’elle habite Lautrec Haute Garonne. Elle n’a rien à voir avec l’extravagante pensionnaire du Moulin Rouge Louise Weber (La Goulue, la vraie) qui se rendait aux réceptions mondaines avec une chèvre en laisse.

Lulu qui quête les candidats potentiels, d’abord d’un regard indiscret voire gênant, se met à arpenter la piste, son centimètre de couturière à la main. Rares sont ceux qui postulent pour obtenir l’honorifique phallus d’or. Le premier qui ose est très souvent le récipiendaire. Comme toujours, c’est le même scénario. Le robuste Cristobal qui n’est pas encore tonton, étudiant et rugbyman-vigneron débute le jeu. Lorsque par hasard il y a d’autres prétendants, les malheureux perdants lancent :

─ Les dés sont pipés et de toutes façons l’important c’est la différence qui existe entre l’état de latence et celui de turgescence !

La malicieuse Lulu Rétorque :

─ Ok, mais à ma décharge on peut toujours affiner les règles, rien n’est figé que je chasse !

Dans les minutes qui suivent, une échauffourée éclate. Pour préserver la décence, Cicéron (à cause de son ascite), un pote du patron aidé par La Ruche le serveur, reprend les choses en mains sans violence et tous les trublions se retrouvent en un éclair extra-muros. La riposte s’organise sur le parvis de l’église Saint-Martial. Suivi par sa tribu, Cristobal est de retour. Ressemblant à un chef gaulois avec sur les épaules Lulu La Goulue son trophée, il s’adresse à l’aubergiste.

─ Oh ! Romain, souviens toi de Gergovie et paye ta tournée d’hydromel pour excuser tes brutalités, par Toutatis !

Au fond sur les planches, sous les projecteurs, blouson de cuir noir et blue-jeans à la James Dean, on sent La fureur de vivre dans l’œil du barde qui plié sur sa Gibson 335, copiant Chuck Berry, exécute la ‘‘duck walk’’ (curieuse marche en canard). Il s’égosille sur le Johnny B. Goode, texte du prince des poètes rock Charles Edward Anderson Berry (Chuck Berry).

Go! Go, Go! Johnny Go! Go, Go! Johnny Go! Go,

Go! Go, Go! Johnny Go! Go, Go! Johnny Go! Go,

Johnny B. Goode !

Pour la petite histoire, cette chanson est gravée sur le disque de la sonde ‘‘Voyager’’ envoyée vers les étoiles, comme témoin de l’éclectisme de notre culture musicale.

Le What’ d I Say de Ray Charles, en version française Est-c’que tu le sais subit un traitement de choc.

Ho ! Ho !  Ho ! Ho ! Ho ho ! Ho ho ! Ho ho ho ho !...

Vise un peu si c’est mignon ! La basse : Po po po pom

Sais-tu où se trouve sa maison ? Po po po pom

All right… hey hey… All right! Po po po pom

Dis, est-c’que tu le sais ?

Est-c’que tu le sais dis moi ? (Variante)

Le lendemain vers midi, après un petit déjeuner au ‘‘Bar du Jardin’’ face à l’avenue Vercingétorix à Clermont, la fine équipe de la veille décide d’aller se faire du bien au dancing de Pont du Château. Le slogan collé sur la vitre arrière de la Dauphine prévient les auto-stoppeuses : Si pas cucu, pas toto !

─ Pourquoi sur la lunette arrière ? dit Albert le bistrotier. Quand on fait du stop on fait signe lorsque la voiture arrive et pas après son passage !

─ Une fois montée, c’est trop tard pour refuser : nul n’est censé ignorer ma loi ! réplique ‘‘le Bizuth’’ encore un peu ému par son voyage retour de Nohanent agrémenté de hoquets chroniques.

Les cars clermontois qui partent de la gare routière des Salins déposent toute une clientèle de moins de vingt-cinq ans aux portes du ‘‘guinche de Pont-Duch’’ chez Dubien.

Les musiciens sont alignés en rang d’oignons sur la longue et l’étroite estrade. Les compositions du prof’ de français, Christian Valmory (Ch. Fraisse) et les tubes printaniers sont au programme : Le Mambo N°5 (encore) suivi du vraiment beau Mambo N°8. Tom Pillibi d’André Pop, Grand prix Eurovision de la chanson Européenne 1960 gagné par la Française Jacqueline Boyer (concours créé en 1956 à Lugano) est incontournable.

L’Amérique nous envoie par l’Aéropostale, le paquet n’est pas volumineux, son Itsi Bitsi, Petit Bikini réajusté pour la Miss Égypte 1954, Dalida.

Sur une plage il y avait une fille, qui avait peur d’aller prendre son bain.

Elle craignait de quitter sa cabine. Elle tremblait de montrer aux voisins

Un, deux, trois, elle tremblait de montrer quoi ?

Son petit itsi bitsi tini wini tout petit petit bikini

Qu’elle mettait pour la première fois.

Un itsi… un bikini rouge et jaune à p’tits pois !

Moins il y a de tissu, plus le coût est élevé et se ‘‘faire le maillot’’ (à la campagne on dit ‘‘faire les foins’’) relève de l’art. Au dehors, en promenade juste avant les vêpres, deux bigotes écoutent les flonflons. Offusquées, elles en égrènent leur chapelet.

─ Elles ne sont pas au bout de leurs surprises !

Sur le journal ‘‘France Dimanche’’, la photo de Coccinelle occupe presque la totalité de la première page. Il ne s’agit pas de la Volkswagen sortie en 1936, mais du transsexuel Jacques Dufresnoy d’abord apprenti coiffeur puis standardiste qui, après une opération à Casablanca où il laisse ses attributs masculins, devient femme. La ressemblance avec B.B. est frappante. Le grand journaliste Léon Zitrone en direct à la télé, pensant donner une interview à l’actrice du film d’Henry-Georges Clouzot La Vérité, se laisse berner car il est en réalité face au travesti. La discrétion est totale à l’INA.