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Latino Ballata. (Ballade Latine) 1955-1960

Ripresa. (Refrain).

D’une construction musicale un peu différente, la ballata d’origine Latine débute par un refrain, presqu’une rengaine.

1956-1957. Vous ne m’imaginez pas me prélassant dans une belle et confortable automobile Citroën ? Et bien, regardez par la fenêtre !

─ C’est pas vrai, Anatole au volant de la DS 19 !

Ah, vous voyez, je savais que j’allais vous surprendre !

D’un geste désinvolte, cling ! J’enclenche la première et je pars à la cherche de mon Aphrodite à Aurillac, au bal des commerçants. J’ai bon espoir car en plus je suis rasé de près avec mon nouveau Gillette deux lames N°5 (décidément un sacré numéro).

Karl Lagerfeld en profite pour redessiner et relancer le tailleur Chanel.

L’entrée de la salle Saint-Eloy par le garage est surprenante, la montée jusqu’au palier intermédiaire pour atteindre le vestiaire est à peine plus réconfortante. Au premier abord, ‘‘Grrr’’, ‘‘Glacieuse’’, la caissière n’est pas très attirante, mais d’une fois le coup de tampon apposé sur le dos de la main ou sur le poignet (la chemise n’étant pas épargnée), le rictus commercial apparaît au coin gauche de sa lèvre supérieure bardée de ‘‘rouge baiser’’, les dents aussi.

Enfin à l’étage la salle est rassurante, on y pénètre par une porte vitrée à double battant. Le système d’éclairage central, sorte de véranda en verre dépoli, est encastré dans le plafond. Sur les murs de côté, les appliques en opaline diffusent des faisceaux de lumières indirects qui ajoutent à l’ensemble une touche de raffinement. De chaque côté de la grande piste de danse en parquet ciré, deux rangées de tables sont réservées aux habitués et aux consommateurs.

Dédé Trin, garçon de café dit ‘‘Farina’’ parce qu’il slalome entre les tables avec une aisance, une dextérité et une vélocité dignes des bolides de Pinin Farina, assure un service de qualité. Le plateau bien chargé, tenu bras tendu au-dessus des têtes des danseurs, il se faufile tel un félin dans la jungle. Le bar au fond à droite est contrôlé par le jovial Tonin Boyer. La scène légèrement surélevée, une cinquantaine de centimètres est placée cette fois face à l’entrée.

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La présentation de l’orchestre Serge Paulin est parfaite : veste bleue pour le début de soirée, chemise en satin blanc col fermé par un lien, manches bouffantes style tango, pantalon gris, chaussures noires (sauf Walter). Pas de problème, il est caché derrière son piano Klein qu’il faut accorder à chaque déplacement. Walter avec humour ajoute :

─ Je ne sais pas si c’est bien sérieux pour un type qui n’a pas le permis de conduire d’être au piano conducteur ?

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La sonorisation est à la hauteur, composée de quatre micros tubes M 221B, d’un amplificateur ‘‘Valt’’ de trente watts et de quatre ‘‘toupines’’ haut-parleur judicieusement réparties pour une bonne écoute. Tout cela est nécessaire pour que la qualité soit au rendez-vous. C’est le cas ! Bongos, congas, tumbalès, maracas, claves, cloches et de grands chapeaux mexicains, complètent la panoplie. Les danseurs peuvent s’exprimer sur les rythmes afro-cubains de Baïon, C’est l’baïon, de Mambo, Hey ! Mambo, (Mambo Italiano Hey ! Go go, go go Italiano) et de Cha cha cha, (ponctués par des Chi bi di bi di et Cha cha cha) comme dans Eso es él amor (Pepe Iglésias),

Yo, tu, la luna y él sol...

Eso, es, él amor, si seňor !

Ou encore dans Rico Vacilon de Rosendo Ruiz Junior.

Vacilon, que rico vacilon,

Cha cha cha, que rico cha cha cha.

Le pupitre de sax’, deux ténors et un alto, Claude Génot, Maurice Farges, et Claude Rey (le petit jeune qui promet comme disent les autres), ‘‘pète les flammes’’. L’un des premiers Rock and Roll connu en France, Rock around the clock de Bill Haley n’échappe pas à la vaillance de ces jeunes loups.

La clientèle masculine n’arbore pas encore le jean et le blouson de cuir noir, mais apprécie le punch de cette nouvelle danse. La réclame pour Vitapointe, Vitabrill au travers du poste radio à transistor et de la Gomina pour la coiffure ‘‘banane’’ n’est pas entrée dans les moeurs.

L’orchestre vient de se doter d’un jeu de lumière noire, une première dans la région. Désirant être encore plus attractif, Frédo s’adresse au peintre Queyrie, bien coté, pour la réalisation d’un fond de scène.

─ Je voudrais un paysage exotique, avec des couleurs flamboyantes qui réagissent à la lumière noire ! Tu vois ? Palmiers, cocotiers, lagon turquoise, sans oublier la souriante vahiné et la fleur de tiaré.

Les recherches pour trouver la toile spéciale de cinq mètres par deux et les peintures fluorescentes aboutissent rapidement : Frédo travaille dans l’entreprise ‘‘Mille couleurs’’ et Simone sa femme, est couturière.

L’artiste débarque un beau matin chez les Paulin, pinceaux et palette en mains. Les meubles dégagés, le tissu est tendu contre le grand mur de la salle de séjour et le travail peut commencer.

Huit jours plus tard, le chef-d’œuvre est terminé.

Après une longue observation et les commentaires qui s’en suivent, la fresque est décrochée du mur avec le cérémonial adéquat : vin d’honneur et petits fours.

Oh ! Stupeur ! Elle est reproduite sur le papier peint de la pièce.

─ Ce n’est pas un problème ! dit Frédo, pour le prix d’une, j’en ai deux ! Cela nous permettra de changer la disposition de la pièce. De toutes façons, il fallait qu’on le fasse pour acheter la télévision !

S’adressant au peintre, il ajoute en riant :

─ Pour une fois que tu trouves quelque chose qui pompe plus que toi !

Le tandem Queyrie-Paulin apprécie le résultat en lumière noire : Le spectacle est digne des plus grands cabarets parisiens !

Si, en milieu urbain, la clientèle du bal est composée de jeunes de dix-huit à trente cinq ans maximum, en milieu rural rien ne change aussi vite. Toutes les tranches d’âges sont représentées.

L’accordéoniste Tonin Lours possède un instrument réglé avec beaucoup de vibrations (accord Jean Ségurel) ce qui donne de la puissance et permet de jouer sans sonorisation.

Ce jeune musicien, qui n’a pas l’âge d’avoir le permis de conduire, s’attache les services du batteur, Marcel Bessette (taxi de profession) pour assurer le déplacement et le bal de la fête de Jou-sous-Monjou ‘‘Chez Capelle’’.

Dans ce secteur de Raulhac, Badailhac, Pailherols, Carlat, le folklore et le musette sont bien ancrés.

Là, il en connaît un rayon, c’est son domaine !

Voyant que je suis lasse d’être fille (Martin Cayla) marche nuptiale qualifiée ainsi parce qu’elle parle de mariage, passe bien auprès du public. Déjà malin et séducteur Tonin annonce le quart d’heure des dames. Celles-ci choisissent et invitent les messieurs à danser. Les élus du premier tour fanfaronnent en passant devant les autres et montrent une certaine suffisance envers les hésitantes. Face à la buvette, dépités, les garçons délaissés, tournent le dos comme pour signifier qu’ils ne sont pas concernés par cette mascarade. Les hommes sélectionnés ont tendance à tirer de cette expérience des conclusions trop hâtives. Quoique !

La prière Péruvienne (Patrice & Mario) n’allant pas dans le droit chemin, flairant la dérive, Cecil B. DeMille dans ses Dix commandements rappelle les valeurs religieuses à la société.

Tonin n’écoutant que l’accordéon du Café de La Terrasse, en voisin, grimpe quatre à quatre l’escalier du jardin et des heures durant, grave dans sa mémoire ce qu’il entend. De retour chez lui, pour ne pas déranger, il descend à la cave et essaye de se ‘‘mettre dans les doigts’’ les refrains dont il se souvient. Il acquiert par ce travail une bonne cadence qui pour le danseur est un atout majeur. Autodidacte, il reproduit avec justesse d’Etienne Lorin, Roger Pierre et Jean-Marc Thibault

À Joinville-le-Pont, Pon ! Pon !

Tous deux nous irons, Ron ! Ron !

Regarder guincher chez chez, chez Gégè-è-ne. La la li la la

Le Bambino de Dalida ne lui échappe pas non plus.

Je sais bien que tu l’adores (Bambino, bambino)

Et qu’il a de jolis yeux (Bambino, bambino)

N’ayant pas les ‘‘portugaises ensablées’’, le baïon de Jacqueline François Les Lavandières du Portugal (André Pop), donne une nouvelle occasion à Tonin de s’illustrer.

Tant qu’ y aura du linge à laver, on boira de la manzanille.

Tant qu’y aura du linge à laver, des hommes on pourra se passer.

Et tape, et tape, et tape sur ton battoir.

Et tape, et tape tu dormiras mieux ce soir.

Ces paroles de José Lucchési ne seraient-elles pas écrites pour réagir contre la machine à laver le linge, proposée à l’Exposition de la Blanchisserie ?

Quant au Salon des Arts Ménagers, il est ironiquement dénigré par Boris Vian dans La complainte du progrès. Ce poète romancier, trompettiste de jazz, révolté par la guerre d’Indochine, écrit quelques mois avant la chute de Diên Bien Phu et l’insurrection Algérienne Le déserteur.

Monsieur le Président (René Coty)

Je vous fais une lettre,

Que vous lirez peut-être

Si vous avez le temps...

Piedi. (Stance)

Au cinéma, David Lean adapte le roman de Pierre Boulle Le pont de la rivière Kwaï. La musique tirée d’une marche militaire (1913) recueillie par Malcolm Arnold, n’est pas brouillée par les ‘‘bip-bip’’ du Spoutnik, premier engin spatial lancé par L’URSS en octobre 1957. La guerre d’Algérie, fait plus qu’assombrir le paysage politique et économique de la France. Avec l’arrivée du Général De Gaulle, l’espoir renaît et la vie continue.

1958-1959. Les orchestres ne sont pas en concurrence, ils ont chacun leur rayon d’action dans lequel ils sont presque intouchables : Jean Calvet sur Marmanhac, Tintin Manry sur Boisset, Eusèbe Castro sur Laroquebrou, les frères Mario sur Massiac. Plane et Faucon des Parisiens qui atterrissent tous les étés dans le Nord Cantal paient leurs vacances en jouant les fêtes de Lugarde, Condat, Marcenat, Landeyrat. Les accordéonistes Lino Barthel, Marcel Vialle, Madame Soleil... ont l’idée de se doter de dancings ambulants les parquets-salons. Alors pour eux commence la galère du montage, du démontage, les pannes de camion, mais la rentabilité est certaine. René Saget, toujours à l’affût d’originalité conçoit un parquet-salon ‘‘l’Ombrade’’ avec une armature métallique au toit arrondi. Devenant le dancing ‘‘Les copains’’, René se fait plaisir en jouant sa composition Bons baisers de Saint-Flour, reprise par André Verchuren et un orchestre symphonique allemand. Sur l’estrade, il s’éclate en reproduisant dès leurs sorties les nouveautés entendues dans l’émission de Franck Ténot et Daniel Filipacchi ‘‘Salut les copains’’ sur Europe n°1.

Comme il fait très beau, je décide d’aller faire une balade à Chaudes-Aigues à scooter, (‘‘El paradiso per due’’, dit la réclame). Dans la salle des fêtes, au premier étage de la mairie, ‘‘un bal y est donné’’, sur le pont de Nantes aussi. J’aperçois une jolie blonde à la taille de guêpe (vespa en italien) moulée dans une robe en tissu vichy rose et blanc, on dirait Brigitte Bardot ! Ça fait ‘‘tilt’’, aussitôt, un coup de sang m’empourpre le visage : Brigitte fait chaud, fait chaud ! Je l’invite à danser dès l’attaque par Henry Lacroix (Sarailloux de Murat) de La marche du colonel Bogey, Hello, le soleil brille. Si vous le souhaitez, en chantant et en balançant les bras, même assis en levant en cadence un pied après l’autre, vous allez revoir les images du film !

Hello, le soleil brille brille brille

Hello, tu reviendras bientôt...

Et maintenant, un petit coup en sifflant : «Fui fou, fou fe fu fui fui fu !...».

C’est bien d’avoir essayé, ce n’est évident pour personne !

L’arrivée des jeunes gens des Deux Verges me coupe les ’’joncs’’ sous les pieds. J’ai plus que l’impression qu’ils sont vénérés par les demoiselles du Caldaguès qui de surcroît sont de bonnes valseuses. Je m’en rends vite compte en les voyant tournoyer au son de ce trois temps endiablé Les nocturnes (Berthe Sylva). Le combat est inégal ! Je pourrais me sentir offensé par l’enchaînement d’Henry, il n’en est rien ! Scoubidoubi-ou (arrangement d’Apple, peaches and cherries de Lewis), proposé par Sacha Distel n’est que le pendant swing de Chabada, ‘‘Scouby-dooby-doo’’ : C’est l’oncle d’Amérique !

Je vends des pommes, des poires, et des scoubidoubi-ou ah...

Pommes ?... (Les chœurs) pommes, poires ?... poires

Et des scoubidoubi-ou ah...

Mais non, en voyant votre petit air narquois, je sais à quoi vous pensez ! Le scoubidou est un porte-bonheur, fait de lanières plastique ou de bouts de fils électriques nattés. L’on raconte que lors d’un gala, des admiratrices brandissaient le petit objet à chaque fois que Sacha prononçait l’onomatopée. Tout le monde pensa qu’il s’agissait du véritable nom de ce pendentif : la légende court encore !

A Vic sur Cère, la venue du chanteur (auréolé de son septième titre de meilleur guitariste de jazz français) est un évènement de taille. Les admirateurs espèrent secrètement qu’il sera accompagné par sa dernière conquête B.B.

Un petit futé, Cécette (Mauricet), est persuadé avoir vu rentrer le couple vedette à l’hôtel ‘‘Vialette’’, ce qui crée un embouteillage sur la RN 126.

21heures. Au guichet des réservations du Casino, Claude le poinçonneur de la villa d’à côté est vite débordé par l’affluence record. Nuages, Guitare boogie rendent ce gala inoubliable : Oh quelle nuit !

J’ai bu d’un trait, deux fines à l’eau et trois Whiskys

Et puis après quelques Portos avec Johnny

Derrière son bar je l’ voyais tout petit

Oh oh oh oh ! quelle nuit !

Le lendemain, les musiciens de l’orchestre en contrat pour la saison sont encore déboussolés, mais leurs cheveux ne se dresseront plus sur leurs têtes. Ils arrivent à l’heure de l’apéritif concert, le crâne entièrement rasé. Henry Monboisse, n’appréciant pas la coupe à la Yul (Brynner), mis de mauvais poil, appelle l’huissier Maître Pégurier qui vient constater le fait : c’est un scandale dans la famille.

─ Mettez-vous à sa place !

Dans un casino, lorsque la boule est à zéro (faites vos jeux, les jeux sont faits), rien ne va plus !

Au cinéma, en sous sol, la mélodie qui fait fureur est celle du film de François Villiers composée par Guy Béart L’eau vive. Tous les jeunes qui ‘‘bricolent’’ à la guitare apprennent ce thème.

Ma petite est comme l’eau, elle est comme l’eau vive.

Elle court comme un ruisseau, que les enfants poursuivent…

Non loin de là, dans le hameau de Salvanhac, le dimanche après-midi, la coutume est de jouer aux quilles (ancêtre du bowling) sur la placette.

Le principe est assez simple :

Il s’agit à l’aide d’une grosse boule en bois

de viser et de faire tomber les quilles placées

à une distance de six mètres.

Pour désaltérer les quilleurs, l’eau fraîche de la source dans un Pernod et les bières à température de cave n’ont rien de comparable, ce que ne manque pas de souligner d’une manière imagée Jean-Barthélemy Théron le patron de la ‘‘guinguette’’ :

─ Tu dirais que la Sainte Vierge te p...e dans le gosier !

Avant de savourer les truites, les écrevisses ou la friture de vairons, une partie de cartes s’impose. Emoustillés par les tournées d’apéritifs (après avoir payé chacun la sienne), les beloteurs décident pour prolonger la soirée d’appeler au N° 52 leur copain de Daissès. Il arrive aussitôt avec son Fratelli Crosio, et sur l’air de Tu verras Montmartre, il attaque Salut Vic-sur-Cère, paroles d’Alexandre Migeon joué pour la première fois à l’occasion de la fête des touristes le 26 août 1923, en présence de Gédéon Gizolme, Maire de la station. Sur toutes les lèvres, La belle de Cadix (opérette de Francis Lopez) fait un ‘‘malheur’’ en version locale, La belle de Salilhes.

La belle de Salilhes a les yeux du bonheur. (Cadix...velours)

La belle de Salilhes est toujours en chaleur. (Vous invite à l’amour)

Chi-ca! Chi-ca! Chic! Ay! Ay! Ay!

Chi-ca! Chi-ca! Chic! Ay! Ay! Ay!...

Ne veut pas qu’un amant ! (D’un amant)

Gaston le fils Théron, en cas d’urgence ou pour laisser souffler le musicien, n’hésite pas à ‘‘pousser un coup de biniou’’ (accordéon). Pour montrer qu’il n’est pas chauvin, il joue Lou Tango de la Castagnaou. Le tango de la châtaigneraie est une sorte de pot-pourri approximatif aux paroles imagées composées, décomposées et recomposées au fil du temps par de solides bambocheurs.

Aclataté Mimi, darié la rouméga (Accroupis-toi Mimi derrière le buisson)

Commentaire du Jeantou :

─ Un tango à vous faire péter les boutons de braguette !

C’est à croire qu’il ne sait pas que la fermeture éclair existe depuis 1955 ! Lucette Railllat ne le sait pas non plus, car elle chante encore La môme aux boutons.

C’est la môme aux boutons...tons, aux boutons de culotte

Qui vendait des boutons...tons des boutons de culotte

L’instit’ Jean Laubany qui bannit l’eau, attablé avec ses deux compères Grave et Bastide, récite la fable de La Fontaine L’ivrogne et sa femme.

Chacun a son défaut où toujours il revient :

Honte ni peur n’y remédie...

Un suppôt de Bacchus altérait sa santé, son esprit et sa bourse...

Rentrant plein de jus de la treille, sa femme l’enferma dans un certain tombeau.

Oh ! dit-il en se réveillant, ma femme serait-elle veuve ?

La cellérière ne démentant pas, dit à son mari :

Je porte à manger à ceux qu’enclôt la tombe noire.

L’ivrogne se croyant citoyen d’enfer, repart sans songer :

Tu ne leur portes point à boire ?

─ Vous voyez bande d’ignorants, que je ne lui en veux pas de s’appeler La Fontaine ! Ce n’est ni plus ni moins que du savoir ivre ! Mais surtout ce qui le rachète, c’est de se prénommer Jean.

─ Bon, il est minuit, demain ‘‘y a’’ école ! dit Jean-Barthélemy, manière élégante de dire qu’il veut fermer l’estaminet.

La jeunesse est de plus en plus présente dans la vie artistique du pays ; les radios, la presse parlent de Nouvelle vague. Le batteur Richard Anthony choisit cette expression pour titrer sa chanson. C’est l’époque du Rock and Roll, de l’M.G. décapotable (jambe par-dessus la portière), de la cigarette P4 La Parisienne (quatre cibiches par paquet). On ne va pas se priver de faire Les quatre cents coups car, pour les avoir réalisés, François Truffaut en est récompensé au festival de Cannes (1959).

Le 6 décembre 1959, jour de la ‘‘Saint-Nic’’ (Saint-Nicolas), salle Gaillard, les étudiants clermontois ont choisi pour leur gala, René Saget accompagné par l’orchestre ‘‘Les Copains’’. Le chanteur Johnny Bob se roule par terre en chantant TuttiFrutti et Long tall Sally d’Elvis Presley.

René, instrument en proue descend sur la piste de danse, suivi par ‘‘le sax’ et le trompette’’ : C’est une débauche d’énergie. Ils nous proposent un véritable tour du monde en chansons : Si tu vas à Rio de Dario Moreno,

Si tu vas à Rio, n’oublie pas de monter là haut

Dans un petit village caché sous les fleurs sauvages...

Pepito de Los Machucambos et Gloria Lasso,

Pepito mi corazon, (Pepito, Pepito)

Pepito de mis amores (Pepito, Pepito)

Espana en cha cha, Calypso italiano, Shah shah Persan, c’est comme un Torrent de joie. Dalida ajoute :

Qui vient tout droit de la montagne,

Et qui s’enfuit en bondissant parmi les champs...

Non loin de l’orchestre, certainement pour être en vue, deux banlieusards de la muraille de chine, ‘‘banane plantin’’ luisant sous les sunlights, main au collet, veulent en découdre. C’est sans compter sur les frasques de l’accordéoniste. Comme si de rien n’était, tout en jouant et en chantant, il passe et repasse en écartant les belligérants qui, surpris par la témérité de ce petit farceur, repoussent momentanément les hostilités, sous les regards amusés et méfiants de l’entourage.

Il est minuit, le trompettiste entame le Te Deum de Marc Antoine Charpentier comme s’il s’agissait d’une retransmission télévisée en direct et en Eurovision. Le silence s’établit dans l’assistance. L’heure est d’importance, tous les regards sont tournés en direction de la scène.

Le jury composé de profs aux mains baladeuses et d’étudiants de base rigolards prend place pour désigner la future Miss Université. Le défilé des courageuses représentantes des ‘‘facs’’ de Droit, de Lettres, de Sciences, de Médecine-pharmacie et Sup-de-Co’, commence sous les railleries coutumières en pareille circonstance (‘‘À poil, à poil’’) mais aussi sous des acclamations bien méritées. Les gars des villes et les gars des champs n’ont d’yeux que pour la demoiselle de Fontanges. Les experts, après prospection et protection rapprochées, rendent leur verdict, tenant compte du résultat fourni par l’applaudimètre pavillonnaire du batteur Jacky Plaf’.

La nouvelle Miss (Fac de Droit) blonde, à la coiffure choucroute, est élue à l’unanimité. Normal ! C’est-elle la plus aguichante : la dentelle de son jupon amidonné dépassant légèrement de sa robe à crinoline ajoute une note coquine à sa féminité. Ce n’est pas de la plus grande commodité pour danser, mais enfin, dans un slow !

Le doyen de la fac’ qui préside le jury a l’honneur de la première danse avec la nouvelle promue encore tremblante d’émotion.

La poupée Barbie vient de naître, mi-B.B., mi-M.M. (Marilyne Monroe).

Dans le slow Sur ma vie de Charles Aznavour, que les critiques baptisent ‘‘l’enroué vers l’or’’), le Président ‘‘s’emmêle un peu les pinceaux’’ dans les cerceaux. Il se ressaisit rapidement trouvant sa vitesse de croisière dans le Corps à corps de Dario Moreno.

Tous les deux corps à corps chérie !

Perdu dans l’amour qui va nous unir…

Pour une petite mention chérie (surenchérit le profiteur)

Le doyen ne fait pas le déplacement jusqu’à Beillac de Saint-Simon (15) et c’est très bien pour lui. Il n’aura pas une nouvelle occasion de trébucher.

Dans l’ancienne étable de ‘‘chez Salat’’, de nombreux couples arrivent déguisés pour le bal traditionnel du Mardi Gras : cela paraît normal ! Mais ce qui est plus surprenant, ce sont les jeunes filles qui portent à l’épaule ou autour du cou, un cerceau en plastique d’un mètre cinquante de diamètre, sorte de tuyau d’arrosage rouge, jaune ou vert. C’est le matériel indispensable pour se tortiller au rythme de la dernière nouveauté : le Hula-hoop. Il s’agit par une rotation du bassin de faire tourner autour de la taille un ou plusieurs cerceaux. La démonstration faite par le jeune clarinettiste de l’orchestre est fixée sur la pellicule du journal ‘‘La Liberté’’. La partie technique reste problématique pour le sportif lambda.

Annie Cordy, en chantant l’adaptation française d’André Salvet et Guy Bertret, contribue à cet engouement.

Dans les villes, sur la plupart des panneaux d’affichage on peut lire le slogan suivant : « En vente dans tous les magasins ‘‘La Hutte’’, votre cerceau deviendra l’accessoire le plus amusant de votre culture physique ! »

Garder la forme n’est pas la préoccupation du moment pour Jacques Brel. Au cours de ses récitals, l’émotion est à son comble lorsqu’il pose sa guitare et interprète Ne me quitte pas dont le texte est dédié à Zizou (non, pas le...!) Suzanne Gabriello son amour, qui lui échappe.

La mélodie n’est pas très excitante à l’accordéon. Par contre, les chanteurs de bals s’expriment au mieux sur ces paroles. Pour eux, il ne s’agit pas d’une supplique, mais d’un appel. Je peux vous assurer que René Guy fait un tabac tant il met du cœur à l’ouvrage.

Moi, je t’offrirai, des perles de...

Alors là, il capte déjà l’attention, je ne vous dis pas pour la suite !...

Je creuserai la terre jusqu’après ma mort

Pour couvrir ton corps d’or et de lumière

Je ferai un domaine / Où l’amour sera roi

Où l’amour sera loi / Où tu seras reine !

Ne me quitte pas, Ne me quitte pas (bis)

René modifie le texte selon les circonstances, en dirigeant son regard perçant vers l’admiratrice du moment :

Où l’amour sera toi, Où l’amour sera toi

Répéter, est le propre d’une pédagogie efficace ! Un bon musicien, en plus d’être performant et convaincant, doit avoir le sens du sacrifice !

♪♫ Cette période est marquée par la disparition quasi totale de la cabrette. Dans le répertoire du bal, comme le folklore autrefois, le style ‘‘musette pur et dur’’ à son tour s’enferme, se cloisonne dans des séquences spécifiques.

L’accordéon perd de sa superbe, ne devenant progressivement dans les chansons, l’espace d’un couplet, d’un refrain, voire des deux, qu’un instrument de remplissage et d’accompagnement au service d’un soliste.

Insensiblement, le guitariste chanteur est en haut de l’affiche. Le bal est incontestablement la meilleure école pour l’apprentissage de la scène.

Le rock and roll progresse à pas de géants et avec lui se développe l’expression corporelle. Les rythmes afro-cubains se taillent toujours la part du lion. Le Cha Cha, encore plus que le Charleston, se danse sans partenaire.

Ne serait-ce pas, le signe d’un plaisir solitaire, d’une tendance individualiste ?