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PRELUDE AU MUSETTE.

Oyez, braves gens ! Moi, Anatole Chabada, peux vous assurer que le vingtième siècle est sur son trente et un, je vois la vie en rose ! Surpris par cette beauté éclatante, le cinéma sort de son mutisme, dans de brèves séquences chantées par Al Jolson dans le film de Crosland Le chanteur de jazz.

Pièces : N° 1930 /1931.

♪♫ L’on perçoit les prémices d’une influence musicale venue des Amériques : de nouveaux rythmes, de nouvelles danses, certaines un peu libertines, sont très appréciés de tous, à en juger par le nombreux public conquis.

L’exotisme fait recette. Coiffure palmier, quelques paillettes, à demi nue, vêtue seulement d’une ceinture pagne ornée de bananes, Joséphine Baker, première star internationale de couleur, triomphe sur la scène du Casino de Paris dans La revue nègre.

Aidés par le micro à charbon Reisz, chantons son immortel fox-trot (Henri Varna & Vincent Scotto) je sais que vous le connaissez !

J’ai deux amours, mon pays et Paris

Pour eux toujours, mon cœur est ravi

Ma savane est belle, mais à quoi bon le nier …

Je sens que ça se corse, on arrête là !

Se promenant dans toute la capitale, accompagnée de son léopard Chiquita, la ‘’Vénus noire’’ nous fait découvrir La Caroline du Sud au travers du style Charleston.

Dréan depuis l’Alhambra tire avec insistance la sonnette d’alarme, pour bien prévenir l’espèce mâle du premier signe d’émancipation de la femme.

Elles se font toutes, elles se font toutes, elles se font toutes,

Elles se font toutes couper les ch’veux…

Elles sont toutes de mèche et adoptent pour être dans le mouvement, la coiffure plaquée accroche-coeur sur le devant, le chapeau cloche, la jupe tonneau, le collier verroterie multicolore.

De retour des USA, Maurice Chevalier interprète Chacun son truc, version française du plus connu des charlestons Yes sir that’s my baby (Paul Briquet & Walter Donaldson).

C’est elle qui pilote,

C’est elle qui capote,

C’est moi qui vais sur l’ gazon.

Cette danse fut décriée, et même déconseillée par le corps médical à cause de ses mouvements désarticulés et violents qui pourraient provoquer de graves tournis allant jusqu’à l’arrêt cardiaque. Le loulou des banlieues fit fi de ces recommandations, s’interrogeant : « Pourquoi cette colère ? » en polynésien ‘‘No té aha o riri ?’’, tableau de Paul Gauguin.

Il fallait bien que je trouve le troisième petit cochon !

1931 est l’année de l’exposition coloniale ! ‘‘Mademoiselle’’ (Coco Chanel) comme on l’appelle dans les ateliers parisiens, mate de peau par nature, revient de ses périples d’outre mer bien cuivrée. Il n’en fallait pas plus pour que la mode soit lancée sur la plage de Deauville. Dans de grand maillot de bain une pièce, (il y en a pour son argent !) la gent féminine se dénude fière de montrer son corps hâlé, ce qui desserre encore un peu plus le carcan machiste.

Chez nous au pays, tournant et retournant au râteau l’herbe du ‘‘Couderc’’ (communal) ou du petit pré de la ‘‘narse’’ (étang) pour la faire sécher, il y a belle lurette que les femmes et les filles sont dorées par le soleil. On n’en parle pas ; il est vrai que ce bronzage, reflet du travail de la terre, n’est pas encore au goût du jour !

En province comme à la ville, au fur et à mesure de l’implantation du réseau électrique, des milliers de foyers achètent un poste radio récepteur qui devient le moyen d’information le plus répandu. L’électrophone, petite valise ‘‘tourne-disque’’ lecture aiguille, se vulgarise. Le ‘’78-tours’’ gagne le marché. Cette nouvelle forme de consommation crée un climat euphorique, un peu troublant, aux allures d’insouciance.

Une bonne vingtaine de bals se crée rue de Lappe, des plus louches, Bal Vernet, Barreaux Verts, Boule Rouge… aux plus guindés, Le Chalet, ‘‘Chez Bousca’’…La fin de semaine est très chaude dans ce quartier auvergnat, c’est déjà la fièvre du samedi soir, mais surtout celle du dimanche.

Martin Cayla, génial commerçant aux idées novatrices, devenu parisien par intérêt, fonde sa propre maison d’édition ‘‘Le soleil’’. Tout cela n’échappe pas à Jean Ségurel, célèbre accordéoniste corrézien de Chaumeil, qui grave son premier disque sous ce label, avant de créer ‘‘Limousine édition’’, au cœur des Monédières.

Pièces: N° 1932 /1933.

Henri Monboisse monte à la capitale et joue au Bal Versa (chez Versapuech). Très doué, il affine son jeu, avant de présenter d’abord sur Paris et quelques années plus tard dans tout le Massif Central, son très original spectacle intitulé : ‘‘L’accordéon dans la vie’’. Changeant de vêtement à de nombreuses reprises selon le thème et le morceau choisi, il captive les foules au travers d’une succession de saynètes musicales, racontant son histoire dans un français aux couleurs de patois.

Que de chemin parcouru depuis !

Le petit Henri, bien peigné bien habillé, après une inspection faite par la maman, monte aux côtés de ses parents et de ses frères, dans la charrette tirée par le solide baudet Dagobert, un descendant de la lignée des ânes culottés de l’île de Ré. Toute la famille se rend à Laroquebrou pour acheter le pain de la semaine et quelques bricoles indispensables au dur labeur de la ferme.

Il est fasciné par un drôle de bonhomme, mal rasé, couvert d’un chapeau noir alangui, vêtu d’un costume bleu aux revers de veste bien lustrés, assis dans un coin du café situé à l’angle du pont où coule la Cère. Ce sympathique baroudeur conte des légendes, tricote sur un diatonique et de plus chante d’une voix rauque et chaude, ce qui ajoute un attrait supplémentaire à ses sorties.

Pour passer le temps en gardant les vaches, ce qui est la principale occupation des jeunes, mêmes des filles de ces années là, Henri déjà charmeur joue du pipeau à Prentegarde dans les plaines de Saint-Paul des Landes.

Quelle aubaine ! Il reçoit en cadeau pour Noël, un petit accordéon diatonique de la marque François Dedenis. Il se met à reproduire les airs du folklore, dont il se souvient parfaitement tant il a été marqué par cet énigmatique et curieux personnage, roquais d’adoption.

Comme tous les garçons de son âge, vingt et un ans, il part accomplir son service militaire. Il reçoit sa feuille de route pour la caserne d’Anterroche au 105ème RI de Riom Puy-de-Dôme. Après les pénibles et interminables trois mois de ‘‘classes’’, au petit matin, cinq ou six heures quotidiennes de marche sportive dans la montagne sac au dos, ventre à terre en direction de La Fontaine du Berger, il s’adonne à sa passion les soirs de ‘‘perm’’, dans le petit bistrot ‘‘Au rendez-vous des troufions’’. Gracieusement il joue de nostalgiques airs du pays, encouragé par la sentimentale et aguichante tenancière du bar. Cocotant la lavande, sous un épais plâtrage de poudre de riz mauve fatigué, lèvres d’un pourpre Saint-Émilion, poitrine en obus, elle sourit tendrement à chaque ‘‘ding ding !’’ qui ponctue l’ouverture du glouton tiroir caisse.

C’est au contact du rigoureux‘‘Pitaine B’aguette’’, chef de la musique militaire du régiment, et de deux copains bidasses, Jules souvent au Violon, (hameau prêt de St Paul) et Léon instrumentiste talentueux, qu’il perfectionne la connaissance du solfège, se familiarise à la composition et découvre l’accordéon chromatique. Pour battre la mesure, il ajoute à la cheville droite des grelots, à la gauche une maracas, particularité qui le singularise.

De retour à la vie civile, Henri Monboisse écrit La Vicoise bourrée que l’on peut écouter sur disque ‘‘Le Soleil’’ N° 261. Lors de son périple parisien, il enregistre Lo Grondo très belle valse à succès, La Polka Piquée, Valso Vienno, Les ventres noirs, Retour de la veillée, Lo Morianno fiolabo, Para lo lop, et Lo Catinou dont-il révèle les charmes avec humour.

La Catinou de las cabras, aquela ! , Ò coquin !

La Catinou des chèvres ! Celle-là ! Oh coquin !

Qu’éra bravonèla quand avià pas que vint ans !

Qu’elle était belle quand elle n’avait que vingt ans !

A mai agrada ben totjorn !

Oh, mais elle est toujours plaisante !

A facha levar mai de cabretas que de lebres !

Elle a fait lever plus de cabrettes que de lièvres !

Era genta ! Vos seriatz pas fatigat de l’agachar !

Elle était belle !

Vous ne vous seriez pas fatigués de la regarder !

La cabrette cet instrument enchanteur est d’une très grande sensibilité, parfois même, incontrôlable au premier frémissement du soufflet !

Dans la campagne lozérienne de Grandrieu à Nasbinals en passant par La Baraque des Bouviers, Rieutord, Chastel Nouvel, le bal auvergnat bat son plein. Certainement à cause de son origine, la bourrée, danse endiablée enflammait les fiers ‘’Barrabans’’ qui se réunissaient au rabat jour et dindaillaient autour des feux de bourrées (petits fagots formés de branchettes qui servent également à l’allumage des foyers de locomotives).

Lors des sauvages batailles de la guerre de cent ans, les fidèles sujets du Baron d’Apcher armés de barres de fer, avaient défendu courageusement Saint-Chély en poussant leur cri d’attaque ‘’barre en avant’’ d’où leur nom de Barrabans.

La Mourolliado, bourrée en mesure 3/8 très prisée, chantée par Germain Lascroux, cabretaïre de Vic sur Cère à Joseph Canteloube qui la couche aussitôt sur la portée, est vite classée numéro un du ‘‘Hit ! Hou ! Hou !’’ local, régional, voire national.

Cette chanson retrace l’histoire d’une belle paysanne brune aux cheveux longs, aux grands yeux noirs, d’allure gitane, vêtue de haillons, mal débarbouillée. Bref, un peu négligée ! Les jeunes gens qui la convoitaient, lui chantaient :

Baï, baï baï mourolliado, baï baï baï, té loba !

Va, va, va barbouillée, va, va va te laver

Quond tounoras, mourolliado,

Quand tu r’viendras barbouillée

Quond tournoras, dansoras

Quand tu r’viendras, tu dans’ras

Pressée par l’envie de sortir, notre cendrillon faisait certainement sa toilette, morceau par morceau sous forme de kit. L’assemblage des pièces ne frisait peut-être pas la perfection. Un contrôle avec pointage technique s’imposait. C’était la condition requise par les garçons pour danser.

Peut-être pensait-elle séduire le capitaine Craddock du long métrage du même nom, dont la musique interprétée par l’orchestre Fredo Gardoni n’était autre que la vive et joyeuse marche Les gars de la marine, (Robert Gilbert & W-R Heymann) étayée pour l’occasion par les solides chœurs de l’armée des buveurs de rouge.

C’est nous les gars de la marine,

Quand on est dans les cols-bleus,

On n’a jamais froid aux yeux.

L’accordéoniste débutant de Chazeloux Marcel Mijoule qui n’a alors que quatorze ans, anime dans le petit Café du Commerce la fête patronale de Molompize. Pour son coup d’essai, c’est une totale réussite. Il est complimenté très chaleureusement par Louis Péguri, frère de Charles, de passage dans la vallée de l’Alagnon, mais aussi vivement encouragé à étoffer son trop maigre répertoire : les deux derniers morceaux cités et ad libitum la plus bath des javas, composée par le visiteur surprise, conseilleur et percepteur : futé et chanceux le petit !

Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ecoutez ça si c’est chouette !

Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! C’est la plus bath des javas ! Tsoin, tsoin !

Cela suffisait pour s’amuser, s’évader un peu, oublier le travail à mi-temps, douze heures par jour !

Les années Music-hall de Maurice le ‘‘French lover’’ sont estompées par les embruns méditerranéens aux relents marseillais.

Marius, fils de César, amoureux de Fanny, (film de Marcel Pagnol en noir et blanc, mais parlant) n’échappe pas à cette vague de liberté. Soif de grand large, de voyages au long cours, de congés…

Vincent Scotto, compose la valse de l’opérette- revue, ‘‘Trois de la marine’’ (1933). Il nous ramène à la réalité Sur le plancher des vaches.

On est heureux comme des poissons dans l’eau,

Sur le plancher des vaches.

Le vin…les femmes on a tout ça,

Mais oui Madame, sur c’plancher des vaches

Cahiers : N° 1934.

1934. Sur les bords de la Seine, de l’Oise et de la Marne, fleurissent les guinguettes où l’on boit ce vin de qualité modeste : le guinguet. C’est la sortie dominicale des familles. Les plus aisées d’entre elles arrivent en Citroën, traction avant 11 légère. À Joinville le pont, ‘‘Chez Gégène’’ la balade à dos d’âne ou de chameau, les balançoires et agrès en principe destinés aux enfants, font la joie des adultes. Le jeu du ‘‘Tonneau’’, exercice d’adresse qui consiste à lancer d’une certaine distance de petits palets de cuivre dans un tonneau vertical, ouvre l’appétit. Une friture sous la tonnelle, un petit coup de blanc, une promenade en barque, nous sommes fin prêt pour ’’guincher musette’’.

Damia toujours fidèle à son Gigolo, fredonne d’une voix chargée de nostalgie La guinguette a fermé ses volets. Qu’elle se rassure, les gais caboulots ont encore de belles années à vivre.

Entre Truyère et Goul, dans le petit village de Pons en Aveyron, on a la riche idée lors de la fête votive d’été, de danser dans une grange qui fleure bon le foin et la poussière de son des céréales. Une large planche, deux tréteaux, quelques caisses de vin, du sirop de menthe et de grenadine, le comptoir est opérationnel.

L’occasion est belle, pour les bouilleurs de crus locaux qui possèdent un privilège ancestral, de servir aux amis, sous le tablier, leur meilleure eau de vie de poire ou de prune.

─ Jantou ! dit le pépé Casses, goûte-moi ça ! Tu m’en diras des nouvelles !

Une solide table en chêne, une chaise confortable pour le musicien à qui l’on prête une attention toute particulière et c’est parti !

Ce dernier joue de l’accordéon et bat du pied sur une grosse caisse pour donner du rythme au ‘‘Paso-doble’’, danse espagnole aux résonances guerrières qui envahit depuis quelques années la France par le sud. El Relicario, Espaňa cani, Valencia font partie de son répertoire.

Il s’agit d’une sorte de marche aux pas doublés, agrémentée de figures qui rappellent les passes du torero dans l’arène. Alors, c’est la corrida !

Pierrot, l’hidalgo du Ségala, fier dans son habit de lumière du dimanche, front blanc mais tête haute, torse bombé, regard dominant, exécute une parade digne d’un matador andalou prêt à poser ses banderilles, espérant bien porter sans trop attendre, l’estocade.

Rassurez-vous, il n’y aura pas de mise à mort, seulement une brise d’amour.

Provocante Conchita aux joues aussi rouges que sa robe, la Marinette de Laborie effectue d’insaisissables virevoltes, symboles de la volupté sensuelle de la cape du novillero.

Le tout est placé sous l’œil inquisiteur et méfiant, du plus connu des Pontois André Vermerie qui deviendra un des rares cabretaïres internationaux, (excusez du peu !) à utiliser le bourdon en fioriture comme les joueurs de cornemuse.

Une surprise nous attend, non loin de là, dans une étroite ruelle. Il y a Bamboula !

C’est un petit homme malicieux, vêtu d’une grande blouse noire. Nez rouge, visage blanc farineux il vend au prix fort de grosses tomates trop mûres pour la consommation. Butin en sacoche, il part se placer derrière un grand paravent en bois sur lequel est peint un clown n’ayant simplement qu’un trou en guise de tête. Le téméraire auguste y glisse la sienne. La bombarde commence pour le plus grand plaisir des enfants ; pourtant une fois de plus ce sont les grandes personnes qui sans complexe jouent. Les projectiles lancés à dix pas (c’est la règle !) se désagrègent généralement avant d’atteindre leur cible. Ce stand de tir captive toujours le grand public, des éclats de rires retentissent surtout lorsque par hasard Bamboula est touché.

Au fil de l’eau du Lot, rive gauche on navigue jusqu’aux remparts du château Sully de Capdenac-Uxellodunum le haut (lot), rive droite jusqu’à Capdenac gare (Aveyron).

Sous la halle en 1910, Eugène Autier, dit ‘‘La Pifrasse’’ joue du pifre quercynois, sorte de fifre ou de clarinette Mi bémol, tape du pied et fait danser les capdenacois.

Au même endroit vingt-quatre ans plus tard, l’orchestre qui anime le grand bal des pompiers, est formé d’un accordéoniste Raymond Brajou accompagné par le batteur Milou Lathièze qui possède un jazz, (grosse caisse, caisse claire, une cymbale, deux toms et une charleston) ce qui constitue l’attraction de la soirée. La salle est surchauffée par les premières notes du Fox-trot de circonstance Avec les pompiers (Charlys, Couvé & Henry Himmel).

Tout le monde entonne ce refrain humoristique, et vous aussi !

Nous avons bien rigolé, la fanfare a défilé,

Avec les pompom, avec les pompom, avec les pompiers.

Au bistrot l’on a trinqué, et la jeunesse a dansé,

Avec les pompom, avec les pompom, avec les pompiers.

Il y avait l’instituteur, le préfet, le facteur…

Il est vrai que ça met de l’ambiance !

En vertu de la Sainte Barbe la foire est placée le 12 décembre. Le vin coule à flots pour le commun des mortels. Les notables de la ville, eux, boivent du champagne pas trop bien frappé. Ça va, c’est pour une bonne cause : alimenter la caisse du corps des sapeurs, qui sont presque tous hors gel, mais sans reproche.

Pour calmer les esprits, Raymond lance un grand classique du Tango de Jorge Curi & Pedro Maffia Noche de Rey (es), permettant ainsi à son complice d’inviter à danser, après autorisation maritale, la femme du pharmacien qui pendant ce temps ne dit pas du mal de ses voisins.

D’origine espagnole, le tango, revu, corrigé, est ancré, enraciné dans la culture argentine. Dansé pendant ‘‘les Milonga’’ (fêtes des ouvriers créoles), il est de par ses textes et sa gestuelle, l’expression de l’amour et de la haine, de la douceur et de la violence. Il est interdit par le Vatican en 1914, jugé trop sensuel par Pie X. Carlos Gardel (Charles Gardes), Toulousain de Buenos-Aires est considéré comme le plus grand chanteur de tango de tous les temps. Il compose Mi noche triste et le légendaire Silencio en l’honneur des soldats de la première guerre.

Etudes : N° 1935 /1936.

Nos musiciens, ‘‘marchands de bonheur’’ méritent bien de gagner quatre sous, tant leurs prestations sont appréciées. Que faire, Une quête ?

─ Non non, nous ne demandons pas l’aumône !

La formule miracle ‘‘Passons la monnaie’’ est trouvée. L’accordéoniste joue un ou plusieurs morceaux (marche, paso, valse, tango) puis s’arrête. Il prononce à haute et intelligible voix, presque en se frottant les mains, ces mots magiques, (surtout pour eux) :

─ Et, passons la monnaie !

Les danseurs, sans sourciller s’acquittent de leur tribut, qui selon l’importance du lieu est en moyenne de vingt-cinq centimes d’anciens francs environ. Les dames et les jeunes filles sont gracieusement conviées, ils ont du savoir vivre et du savoir plaire nos amis ! Le signal de la reprise est donné :

─ Et, roulez jeunesse !

Ça repart ainsi toute la nuit.

Que l’on soit de Montredon, de Latronche, de Le Godde ou de Lanau, il n’est pas question de frauder, ce serait se discréditer aux yeux des cavalières qui déclineraient l’invitation suivante.

Il n’en est pas de même à Paris. Il faut, à l’aide de cordes tenues par des amis complices, encercler les couples pour être sûr de ramasser quelques pièces. Les valeurs sont différentes. Tricher, à Paname, c’est être malin.

─ Mesdemoiselles, à vous de juger !

Comme dans les Luna Park pour les tours de manège, le principe de l’achat de jetons prend le pas sur cette difficile et inélégante collecte. C’est un système plus facile qui convient à tous ou presque !

Les Italiens (les revoilà !) souhaitent pour que leur travail soit valorisé, être payés au cachet. La classe, oh !

Les cafetiers, en calculateurs avisés entrevoyant une source supplémentaire de revenus, prennent d’un commun accord, sans long débat, la décision de faire payer un droit d’accès dans leurs établissements.

L’entrée de bal voit le jour.

1935-1936. Cette période est troublée par d’importants mouvements de grèves. L’écrasante victoire électorale du front populaire fait céder Albert Lebrun dernier président de la III ème République. Une semaine de congés payés est accordée ce qui nous oriente vers une civilisation de loisirs. Les collégiens de Ray Ventura chantent de Paul Misraki & André Hormez) :

Ça vaut mieux que d’attraper la scarlatine,

Ça vaut mieux que d’avaler d’ la mort aux rats,

Ça vaut mieux que de sucer d’ la naphtaline,

Ça vaut mieux que d’ faire le zouave au pont d’ l’Alma.

Le Prosper de Maurice Chevalier (Yop la boum) est le chéri de ces dames. Aux Jeux Olympiques de Berlin le roi du macadam, c’est bien l’athlète noir Américain Jess Owens. Devant un public enthousiasmé il rafle quatre médailles d’or au nez et à la moustache du Führer qui vexé, perdant la face, quitte le stade. Tino Rossi la coqueluche des jeunes femmes, Tchi-tchi (toux étrange !) louant les mérites de notre Catinou qu’il appelle Catalinetta bella, pense que :

Tant qu’il aura des étoiles, sous la voûte des cieux,

Y aura dans la nuit sans voiles, du bonheur pour les gueux.

Ray V. ne rêve pas, il affiche un certain désarroi souriant Tout va très bien !

Allô, allô James ! Quelles nouvelles ?...

Tout va très bien, Madame La Marquise,

Tout va très bien, tout va très bien.

C’est à partir de cet instant que tout se gâte…

Une autre décision importante est prise en haut lieu : l’école laïque sera soutenue par le gouvernement.

Georgius apprécie, car il déclare :

─ Les élèves Labélure, Peaudarent, Issaac, Trouffigne, Legateux et Cancrelas du Lycée Papillon ne sont pas des imbéciles, ils ont même de l’instruction et méritent bien un tel égard !

♪♫ Jean Sablon, las de susurrer Vous qui passez sans me voir, sans même me dire bonsoir, veut également faire entendre sa voix charmeuse de crooner. Il utilise donc, et pour la première fois sur scène, un micro à ruban.

Tollé général, quelle erreur ! Il vient d’ouvrir une ère nouvelle dans le Music-hall et l’espoir de conquête renaîtra dans son coeur.

Le 23 Août 1936, un concours d’accordéon interrégional est organisé à Aurillac sous la présidence de Louis Péguri. Maurice Alexander, Pierre Redon, Garrigoux, Delcher, Monboisse constituent un jury de qualité. Altéro Betti (seize ans) de Laval de Cère remporte le premier prix et s’imposera pendant plusieurs décennies en devenant le leader d’un très bon orchestre de danse. Le deuxième prix est partagé entre Jean Soubrier et Marcel Mijoule.

Jo France qui n’est pas Auvergnat, (cela fait désordre !) achète le bal Vernet et s’attache les services du peintre décorateur, argotier en diable, Henry Mahé dit ‘‘Riton la barbouille’’ qui vient à peine de terminer la restauration du cabaret ‘‘Le Moulin-Rouge’’.

Le 18 juin 1936, Mistinguett inaugure au 9 rue de Lappe ‘‘le Balajo’’. Le manouche blanc, Jo Privat en devient l’accordéoniste fétiche, et donne au musette par son swing, ses lettres de noblesse. Il se plait à dire : « Ecouter une valse musette, c’est comme si tu prenais du champagne en intraveineuse ! »

Le succès est total, Marlène Dietrich, Arletty, Francis Carco, Marcel Aymé, Joseph Kessel, sont les habitués de marque. Louis Ferdinand Céline écrit : « Je sors de chez Jojo tout à fait ébloui par la qualité de son bal. Un vrai petit triomphe de goût, d’amusette, de malice et de coquine poésie ».

Il y en a pour tous les goûts, le folklore et le musette, l’un reste le garant de la tradition, l’autre est en perpétuelle recherche de nouveautés musicales et chorégraphiques.

La rumba ou frotteuse qui nous arrive de Cuba en est la parfaite illustration. Elle tire son origine des ébats amoureux des animaux de basse-cour. Le coq à la démarche hautaine renforcée par une chemise gaufrée et ample, fait la cour à la poule drapée dans une robe longue à traîne en guise de queue. Elle, doit vaincre en utilisant son charme, lui, s’imposer par son panache. Le couple enlacé doit glisser en rythme sur un parquet ciré en un déhanchement suggestif, pervers selon la haute bourgeoisie de La Havane. En France, c’est un véritable raz de marée, ce ‘‘frotti-frotta’’ séduit tous les publics, peut-être à cause de l’admiration que nous portons à l’éclatant ‘‘cocorico’’ gaulois qui nous rassure et nous réveille joyeusement tous les matins.

♪♫ Les grands orchestres ‘‘typiques’’, Xavier Cugat, Tito Puente, Lecuona, Rico’s créol-band avec leurs cuivres et percussions (bongos, claves, congas, maracas) dans des morceaux comme Siboney, Rumba-Tambah (disque Decca N°47.101) sont les premiers témoins du métissage Afro-cubain.

Recueils : N° 1937 / 1938.

Jean Ségurel continue à enchaîner les succès Oh ! Maria, Bruyères corréziennes, des bourrées également de sa composition La Roudo, La Pradinoise ou d’autres recueillies et harmonisées, comme la Bourreia de las Mounedièras. Il interprète avec beaucoup de personnalité, Le plus beau de tous les tangos du monde, c’est celui que j’ai dansé...vous connaissez la suite ?

En grand professionnel il assure sa promotion par le moyen de la Télégraphie Sans Fil. C’est le plein boum des ventes de postes TSF, les programmes font la part belle aux émissions de variétés, ce qui dynamise la création musicale.

Tous les étés les rois du bastringue, connus sur les ondes, descendent en province avec l’intention de passer du bon temps et d’animer les fêtes patronales ou votives appelées aussi ‘‘Les vogues’’ selon le département. Ils débarquent au volant de grosses voitures qui ‘‘en jettent’’.

Un peu frimeurs ces Parisiens et Auvergnats de Paris !

Je me souviens d’une rutilante limousine noire ‘‘Chenard et Walker, Super Aigle’’, traction avant, intérieur cuir, vitres habillées de petits rideaux bleu nuit, baptisée la chambre nuptiale : tout un programme !

Rendez vous compte, quelle surprise, une limousine en terre de Salers !

Aux commandes, souliers vernis, cheveux plaqués luisants de brillantine Roja, costume à rayures, cravate blanche sur une chemise foncée, un élégant accordéoniste au doigté expert, ‘‘fait un malheur’’ sur tous les plans. Eblouie par tous ces chromes, une dame de bonne éducation succombe malgré tout aux charmes de ce beau parleur, qui n’est pas un prude homme (rien à voir avec Emile). Les yeux baissés, la mine triste et les joues rosissantes, légèrement repentante, pour sauver l’honneur, elle murmure dans un long soupir :

─ Et dire que mon mari est si bon pour moi !

Que voulez-vous ! ‘‘Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas’’.

Si Pascal l’a dit, la traîtresse est à moitié pardonnée ! C’est la vie !

Prés d’Espalion à Coubisou, dans le minuscule café de la ruelle en contrebas de l’église, un vigneron ‘‘diatoniste’’ à ses heures, Maurice C. exécute une bourrée à trois temps de Martin Cayla ‘‘Sur le pont d’Entraygues’’. La main gauche est encore plus gauche que son nom l’indique, mais la droite heureusement rééquilibre le tout, pour un final magistral en triolet (Ti-la-la, Ti-la-la) qu’il traduit immédiatement par ‘‘Lou poutou, lou poutou’’ (le bisou) et aussitôt après en version française par, « Embarrassez vos cavalières ! » (Pour l’ambiance). Feignant s’être trompé, un petit sourire en coin, il répète en s’excusant ‘‘embrassez vos cavalières’’ : un ‘‘poutou’’ à droite, un à gauche et retour pour le troisième. Nous sommes peut-être ici, à l’origine du ‘‘trois bises’’, bonjour auvergnat ! Plus on avance dans la soirée, et plus on essaie de les recentrer.

C’est toute une stratégie, ça ne se fait pas comme ça !

Si par bonheur, le dernier atteint son but, il prend alors le doux nom dans la région de Senilhes de ‘‘Poutou’’ d’Aubugues.

Jojo de Cabrespines, ragaillardi, heureux et surpris d’avoir conclu, fanfaronnant et plastronnant déclare après un petit juron :

─ Aviá de pòtas com’en pegau (Elle avait des lèvres en rebords de pot de chambre).

On n’est jamais à la mode au bon moment !

A Nogent, ça va plus loin, c’est même fait, le Chevalier servant raconte que Ça c’est passé un dimanche, un dimanche au bord de l’eau, alors qu’à St Urcize, tout reste à faire pour le Pierrounel, qui murmure au creux de l’oreille de la belle pastourelle Dobal lou ribotel, (En bas du ruisseau) Presta lou me.

Presta lou me, toun cause, toun cause

(Prête la moi, ta chose, ta chose)

Presta lou me, te lou tournarei be.

(Prête la moi, je te la rendrai bien)

Il n’y a pas à dire, ces ‘‘Parigots’’ paraissent avoir une petite longueur d’avance. Pour une fois qu’ils parlent des vraies valeurs républicaines, on ne va pas les enfoncer !

Justement, de La République parlons-en !

Second Recueil : N°1939.

3-9/39. Besançon, une nuit noire voilée d’émotion, des visages graves et fermés, des regards perdus, le doigté hésitant de ce musicien qui jouera jusqu’au petit matin, ce sont les images marquantes de ce sombre dimanche.

17 heures, le tocsin donne l’alarme : La France vient de déclarer la guerre à l’Allemagne.

Dans l’immense réfectoire, gradés et soldats assis à même le sol grillent cigarette sur cigarette. Ils ne quittent pas des yeux leur copain accordéoniste installé devant un pupitre sur lequel sont posées ses chansons. À la fin de chaque morceau, Henri Calvet, le complice Aurillacois (futur patron de la quincaillerie ‘‘Aux employés réunis’’, un concept d’actualité), tourne une à une les pages, presque machinalement, pour s’occuper. Le seul froissement du papier donne le frisson. Le cœur n’y est pas. Malgré l’auditoire attentif, Marcel, qui d’un seul coup prend une autre dimension, n’arrive pas à dérider l’atmosphère. Son jeu est sous l’emprise pesante et étouffante de la fumée des ‘‘Troupes’’ qui règne sur le 60ème Régiment d’infanterie. Ménilmontant, Ah ! Si vous connaissiez ma pou-ou-ou-oule, elle était jeune et belle, Comme de bien entendu, seulement la poire était blette, Félicie aussi n’y feront rien. Personne ne chante comme à l’accoutumée : le silence...

Tous espèrent que la musique retardera l’échéance, mais ils savent !

♪♫ Pour ne pas terminer cette décennie sur une note ‘‘blues’’, le monde de la variété est à nouveau bousculé. Ebauché par Jo Privat, deux géants de l’accordéon, Toni Murena et Gus Viseur apportent au Musette la touche Jazzy.