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OUVERTURE : CARNETS DE BALS POPULAIRES.

Rassurez-vous, le carnet de bals des Dames de la haute bourgeoisie ne sera pas ouvert par discrétion. Elles y inscrivaient le nom de leurs cavaliers successifs durant la soirée avec parfois des annotations peu flatteuses pour les ‘‘queues-de-pie’’. Le bal des ‘‘Deb’’, des maudits, des sirènes, des ardents, des vampires, des faux-culs, même Le bal de Sceaux d’Honoré de Balzac, Le bal des pendus d’Arthur Rimbaud ou Le bal de  François Villon ne sont pas à l’ordre du jour. Ici, nous sommes plus proches de celui du cinéaste Ettore Scola.

Ce recueil d’anecdotes singulières, cocasses, romancées, quelquefois un peu grivoises, sans trop, vous entraîne dans un tourbillon de plus d’un siècle de danse, d’humour et d’amour en France, principalement dans le Massif-central, les Causses et  le Limousin. Ce sont des notes portées à votre connaissance avec, à la clé, l’histoire et l’évolution des bals populaires, des baluches, des guinches, des bouges, des pince-fesses, des sauteries, de la gambille qui, étoffées de paroles de chansons, vont raviver en vous de nombreux souvenirs.

Ce menu musical doit être lu à haute voix, souvent en chantant pour apprécier toutes les saveurs pimentées du terroir. Le bruitage est autorisé !

Le tout est présenté par Anatole Chabada, issu d’une grande famille de musiciens bien connue pour sa cadence et son swing d’où l’origine de l’expression : « ça chabade », du moins je crois ! Anatole, en plus du terme musical désignant un enchaînement harmonique de quatre accords qui boucle sur lui-même, est très sensible à la septième merveille de la gamme : Si si !

Elle donne sa richesse et sa couleur à ce que l’on appelle trop souvent en souriant ‘‘la variété’’ qui porte le bal haut.

Pour le plaisir, un exemple d’Anatole : Do7M / Lam7 / Ré m7 / Sol7.


Opus A 10 : bals !


Le sol erre sur sa portée sans tralala, le fa sonne, le si fond, le mi rage

Un ré gai dorlote cette mélodie, quelques paroles futiles mais très utiles

Car naît le bal de cette harmonie qu’est la chanson !

Je sais, je sais, mais je souhaitais vous éviter :

Domicile adoré, un sol facile à cirer, Je joue le mi (pour son effet !) en donnant du choc au la, du chic au ré,

Sur un air de j’en ai plein le dos (ut tonalité d’origine slave, Russe).

La mise en bouche bien digérée, on continue.

Opus L & Opus O.

♪♫ A la fin du XIXème, la vielle et le violon sont détrônés dans les soirées dansantes, par la musette auvergnate ou cabrette en patois. Ces nocturnes, très prisées par les bougnats, se déroulent dans les arrière-salles des cafés-charbon parisiens appelés aussitôt BALS MUSETTE.

A peine a-t-elle le temps de ‘’prendre son pied’’ qu’il soit en Fa, Do, Sol, Ré, La, Mi ou Si, que notre cabrette même protégée et défendue par les robustes gaulois, montés de nos campagnes à la capitale, subit l’assaut de l’envahisseur transalpin : l’accordéon diatonique. Une note en tirant, l’autre en poussant, il ne manque pas de souffle et en plus, il voudrait mettre notre musette à sa botte : c’en est trop !

Le ton monte. Un peu amer, sans honte, le valeureux cabretaïre de Maurs Marcellin Gerbal dit ‘’vinaigre’’, poing tiré et même poings tirés (point tiret), ne résiste pas et déclare dans le journal ‘‘l’Auvergnat de Paris’’ de Louis Bonnet :

─ Cet instrument produit une musique pour faire danser les ours, il est indigne de délier les belles jambes de nos charmantes cantaliennes et il ne faut pas être musicien pour en jouer !

Vous voyez bien, rien n’a changé, l’ours a toujours été bon danseur s’adaptant rapidement, sans difficultés aux nouveaux styles musicaux ! Donc pas de danger immédiat !

Le Maursois reçoit une aide inconditionnelle de Louis Bonnet. Une version des paroles sur l’air de En passant par le bois (chanté par Marcellin en 1902) loue le travail titanesque du pugnace journaliste aurillacois.

 

Mais un homme survint, pris du noble dessein de changer tout cela...

L’arbre qu’il a planté prospère, en vérité ; c’est un chêne auvergnat…

Son nom ? On le connaît : C’était Louis Bonnet.

 

Lestrades de Montsalvy participe avec le tourangeau Emile Vacher, nom qui sonne bien en terre auvergnate, au succès du piano à bretelles. A ce propos, c’est à Philippe-Joseph Bouton que nous devons l’invention de l’accordéon à touches piano (1852). C’est pas beau ça ?

 

Quelques salves musicales chevrotantes, grinçantes, aigrelettes sont tirées ici ou là par les ardents défenseurs de ‘‘l’Honneur Auvergnat’’. Cela se termine par de nostalgiques regrets. Le plus connu, le regret de Lisou est écrit sur un thème du désir féminin par Monseigneur Géraud.

Si connaît-il en la matière ?

A moins qu’il ne trahisse le secret de la confession : impensable !

Le diatonique joué par d’incontestables artistes cantaliens, Henri Monboisse né à Passe-vite, Martin Cayla de Sansac-de-Marmiesse, Antoine Bouscatel de Lascelles et bien sûr les virtuoses italiens, s’impose rapidement sans véritable bagarre.

Comme quoi, ‘’ vinaigre’’ n’est pas toujours devin !

 

 

1913. Charles Péguri, le beau Rital aux doigts d’or, séduit puis épouse la belle Eugénie aux yeux de nacre, qui n’est autre que la fille d’Antoine.

Comment, qui c’est celui-là, qu’est-ce qui fait ? Soyez attentifs, les histoires de cœurs sont toujours compliquées !

La cabrette dans sa robe de velours, éblouie par les mille feux de l’accordéon, tombe sous le charme. Elle montre sa douceur, son vibrato, son trémolo, lui, son énergie, sa fougue, sa passion. Leurs soufflets battent à l’unisson de la marche nuptiale…laa la lala la la la la. Ainsi prend fin la guerre des boutons… toon   ton tonton ton ton ton ton. Vous avez vérifié le nombre de la la et de ton ton ? Je m’en doutais !

L’amour, l’amour, toujours l’amour, encore l’amour !

 

La belle époque est finie, marquée par l’arrivée des premières automobiles, trépidantes et pétaradantes, la Panhard-Levassor X5, la quadrilette deux places Peugeot 16 E et les célèbres taxis de la Marne Renault AG 1…

 

1917. A mille lieues des préoccupations champêtres, Gabrielle Chasnel, plus connue sous le nom de ‘’Coco Chanel’’, marque le monde de la haute couture par la création du mythique tailleur en jersey.

 

1918. Le bal populaire en sommeil pendant la première guerre mondiale, reprend ses droits en novembre. Les valeureux poilus qui ont eu la chance de retourner dans leurs villages sont bien décidés à jouir de la vie. Mazurkas, brise pieds, polkas piquées, polkas marches, bourrées simples, il n’y a pas mieux pour se remettre en jambes et passer un peu de bon temps bien mérité. Il est à noter que les Italiens furent cette fois-ci nos alliés.

La musette aurait-elle plus d’un tour dans son sac ?

Marie-Joseph Canteloube né en 1879, musicologue, compositeur, pianiste classique, qualifié de musicien régionaliste grandit au Malaret de Bagnac-sur- Célé. Après 1918, il publie de nombreux recueils de chants folkloriques, écrit les chants populaires de Haute Auvergne, les chants paysans, et bien d’autres œuvres d’inspiration terrienne, qu’il harmonise avec finesse et simplicité pour que le commun des mortels les perçoive facilement.

Il codifie le Bailèro (dialogue d’une montagne à l’autre entre un berger et une bergère) chanté, au dire du maître, par une jeune et magnifique paysanne de Vic-sur Cère et son amoureux.

Joseph Canteloube et Martin Cayla, co-signent la musique de cette joyeuse polka animée. Quond lou merlé saout’ ol prat. (Quand le merle saute au pré).

 

Quond lou merlé saout’ ol prat

Lébo lo couetto, lébo lo couetto (lève la queue, lève la queue)

Quond lou merlé saout’ ol prat

Lébo la cuetto, baïsso lou cap (lève la queue, baisse la tête)

 

 

Opus Tulle. N°19.

1919. L’année gagnante pour la Corrèze, marquée par la création de la plus célèbre firme française d’accordéon ‘’MAUGEIN frères‘’ encore première à nos jours.

 

Les sorties sont rares à cette époque, on se couche comme les poules car il faut se lever tôt. Seules, quelques veillées chez les uns chez les autres égaient le quotidien. On y joue à la manille, on raconte des histoires, les légendes vont bon train. On écoute de la musique mais surtout on chante. Les plus jeunes sont en quête permanente de paroles de chansons à la mode. Ils possèdent presque tous, surtout les jeunes filles, un cahier de chants intitulé ‘’Collection Artistique’’. Sur la couverture cartonnée dans un ton d’ocre est collée la reproduction d’une aquarelle de Pelletier. Les textes sont écrits avec soin, mis en valeur par les pleins et déliés de la plume d’acier gris bleui Sergent-major, trempée dans l’encre violette.

─ Allez Marinou, dit le père Jean-Marie, chante-nous celle du Riquet à la houppe, le Toulousain Mayol ! Viens Poupoule. (Adolphe Spahn & Henri Christiné 1902).

Elle a une belle voix la petite et elle chante juste, confie-t-il en aparté pour ne pas la troubler.

Viens poupoule, viens poupoule, viens !

Quand j’entends des chansons, ça m’rend tout polisson. Ah !

Viens poupoule, viens poupoule viens !

Souviens-toi, qu’c’est comme ça que j’suis devenu papa.

 

Entendez-vous dans nos campagnes, mugir les postes à galène qui nous éternuent des airs nasillards, mais ce n’est que l’aube du son ! Pour les familles les plus fortunées, l’appareil au goût du jour est le phonographe voire le gramophone. L’aiguille, que dis-je, le saphir placé au bout d’un vigoureux bras de fer nickelé, creuse le sillon du fameux disque ‘’78-tours’’. Après un chargement énergique à la manivelle, un lancement un peu pleurnicheur, le son d’une douce mélopée au travers d’un imposant ’’pavillon fleur’’ couleur cuivre décoré d’un couple de danseurs, robe longue et redingote, nous titille les tympans. Nous sommes tous émerveillés par la qualité de ’’la voix de son maître’’ ; même le petit fox Nipper symbole de la marque tend l’oreille à l’écoute de, ‘’Coquetterie’’ polka pour piston écrite par Lacoste. Les pochettes des disques imprimées sur un papier kraft en recto-verso, sont sobres, tristounettes même. On peut lire deux ou trois indications importantes d’écoute et de protection en plus de ‘’DISQUE-PATHE’’ breveté SGDG. Ces disques fonctionnent sur toutes les machines parlantes, ils doivent être conservés à température normale et tourner entre 90 et 100 tours minute pour une parfaite audition. Cela vous donne une idée de la justesse du son.

 

Le dimanche après la messe, les hommes vont trinquer au bistrot place de l’église avant de prendre le petit dernier vite fait, au café de la mairie. Il ne faut pas être trop en retard à la maison. C’est une obligation de passer partout pour ne vexer personne.

Le traditionnel repas dominical est sacré. C’est le jour où sont invités oncles tantes, cousins cousines, voisins voisines, sans oublier les ouvriers agricoles. Ces derniers sont souvent célibataires, bien considérés par le patron pour leur attachement, leur fidélité et leur amour de la terre. Ils habitent sur place et font partie du cercle  familial. Il n’est pas rare d’avoir une tablée de vingt, vingt-cinq personnes dans la grande cuisine de la ferme.

Le menu est consistant, les plats nourrissants : entrées, volaille, viande de porc accompagnée de deux légumes, plusieurs sortes de fromages, le tout arrosé d’un rouge à la cuisse rugueuse, tarte aux pommes, tarte à la rhubarbe et le fameux baba au rhum Négrita, régal des anciens. Une goutte d’eau de vie de prunes pour terminer, versée dans la tasse à café encore tiède, ce qui révèle le parfum, et les voilà  tous prêts pour la grande sortie : le bal du village !

Le moyen de locomotion utilisé est bien souvent la calèche, la voiture à cheval ou le char à bœufs garni de paille et de foin, car il ne faut pas prendre froid au petit matin pour le retour; et puis c’est un peu plus douillet pour ramener, (on ne sait jamais !) Dorothée, Olympe, Berthe, Malou ou la jolie Mireille qui chante de sa voix claire, couchés dans le foin avec le soleil pour témoin.

─ On peut rêver non !

La célèbre paire, P. Roux et Q. Blanc, cabrette accordéon, qui sévit dans la vallée de l’Alagnon, de Ferrières à Massiac en passant par Rezentières, Lusclade Peyrusse et Bonnac, ne manque pas d’humour (Le peyrou est une petite poire sauvage très ferme et le cul-blanc vous le savez).

Le morceau favori des P.Q. (Pierre et Quentin), est une oeuvre composée en 1845 par Albersent & Dupont, reprise en chœur par toute la joyeuse assistance,

J’ai deux grands bœufs.

─ Allez, chantons ensemble ? J’avais perçu  plus haut de timides murmures !

J’ai deux grands bœufs, dans mon étable,

Deux grands bœufs blancs marqués de roux,

La charrue est en bois d’érable,

L’aiguillon en branche de houx…

─ Bravo ! C’est un bon début, vous serez bientôt prêts pour le ‘‘Cantaloké’’.

Coïncidence ou pas, Fred Niblo projette sur les écrans son film BEN-HUR.

 

1921. Les essences de ‘’CHANEL N°5’’ enivrent toute la capitale, Mistinguett chante ‘’Ça c’est Paris’’.

Le siècle est majeur, place aux ‘’Années Folles’’.

Le bal, seul endroit de rencontre, se déroule presque toujours dans le bistrot du village, la cuisine servant de bar et la salle du café, de piste de danse.

Le musicien local, qui joue généralement de ‘’routine’’, l’oreille en trompette plus ou moins bouchée, a comme atout majeur sa cadence. Il s’aide de grelots brillants et bruyants sertis sur des colliers de cuir, solidement bouclés autour de ses chevilles pour une plus grande précision. Invité vedette au repas de midi et du soir, il ne meurt pas de déshydratation pendant sa prestation. La plantureuse maîtresse de maison, pleine d’admiration, pour l’approcher de plus près, remplit souvent la bouteille de vin du Fel d’Entraygues ou des coteaux de Massiac. Le verre est retourné sur le goulot pour l’hygiène. Requinqué par une œillade complice, de plus belle notre artiste distille… des marches, des scottishs, et même des javas. Elles sont interdites dans certaines localités pour préserver la décence des lieux et l’honneur féminin qui ne paraît d’ailleurs pas en danger. De nos jours les esprits en sont encore profondément marqués.

Salvatore Adamo«Laisse mes mains sur tes han- anches ».

Claude Nougaro : «Et je donne à la java mes mains pour le bas de, son dos ».

Que cette danse ait été si longtemps critiquée, puis oubliée, est presque un sacrilège !

On peut supposer que l’accordéon va ‘’mettre une belle valse’’ à la cabrette. Pas du tout ! La plupart de nos malicieux cabretaïres, il faut le dire, aussi un peu revanchards, sans pour autant renier leurs origines se convertissent avec assez de facilité au diatonique… Tout est bien qui finit bien... Eh bien non ! Ça recommence !

 

1925. L’ingénieux Jean Maugein et ses deux frères, Robert et Antoine, commercialisent le premier accordéon chromatique. Main droite, les touches, produisent un seul son, main gauche elles sont polyphoniques, façonnant des accords de basses.

 

1929. les Italiens créent le registre musette et la société tulliste donne à l’instrument sa forme actuelle. Il peut tout faire, la mélodie, l’accompagnement. En prime on peut chanter et donner du pied. Une nouvelle utilisation du soufflet, un doigté différent, et les musiciens se remettent à l’ouvrage.

Quant aux Italiens qui parlent avec les mains, pas de problème !

S’ouvrent alors d’autres horizons, en route vers une autre aventure.

♪♫ L’accordéon musette est né, en place pour cinquante années de bonheur !