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 Les Enfarinés de Cassaniouze

En mai 2011 a été célébré, dans la Châtaigneraie, le centenaire de la fin du schisme des Enfarinés de Cassaniouze. Ces populations, profondément catholiques, n'avaient pas accepté le Concordat conclu en 1801, après la tourmente révolutionnaire, entre Napoléon et le pape. La Séparation des Eglises et de l'Etat ouvrit la voie à une réconciliation, qui fut célébrée en mai 1911 par la venue de l'évêque de Saint-Flour au hameau de la Bécarie, où vivait la famille Malbert, dernière représentante de cet attachement aux "anciens évêques" (antérieurs à la Révolution).

La dernière descendante de cette famille a confié à la mairie de Cassaniouze, avant de vendre la Bécarie, des souvenirs de famille qui sont aujourd'hui conservés dans l'église paroissiale. Outre des livres et un chapelet, on y trouve des reliques de saints renfermées en 1671 dans des étuis de papier scellés de cachets de cire rouge et deux "authentiques" de reliques : l'une, de 1671, provenant du vicaire général de l'évêque de Rodez, qui reconnaît pour authentiques les reliques ; l'autre de l'abbé Delom (1795), qui explique qu'il a emporté de Sénepjac (commune de Mouret, Aveyron) ces reliques, "pour les libérer de la déprédation et de la profanation", à l'époque de la persécution. L'abbé Delom fut l'un des "pontifes" de la Petite-Eglise ; il pratiquait le culte (eucharistie, baptême, mariage et même exorcismes), comme plusieurs confrères des confins de l'Aveyron et du Cantal,  dans les fermes écartées et dans les bois.

Ces reliques, précieusement conservées par les "Enfarinés", les rattachaient physiquement aux "anciens évêques", alors même que leurs prêtres étaient morts et qu'ils n'avaient plus ni eau bénite ni saintes espèces.

On ne dira jamais assez l'importance des reliques dans l'histoire du catholicisme : présence réelle des saints, elles sont dans la pierre d'autel où est célébrée l'eucharistie ; elles servent naturellement au culte des saints ; on prête serment sur elles ; leur authenticité doit être reconnue par le pouvoir épiscopal ; on leur demande des miracles.

Leur possession assurait à la "dissidence" de Cassaniouze des objets de dévotion et un signe tangible de la légitimité tirée des évêques d'Ancien Régime. Ces reliques sont exposées aux Archives départementales durant le mois de janvier.

L'association "Les Gens du Veinazès" viennent de publier une chronique intitulée "Les Enfarinés de Cassaniouze : une étrange histoire de fidélité (1801-1911)".

Illustrations  :

1. Authentique de reliques, par le vicaire général de l'évêque de Rodez (1671)

2. Reliquaires (1671)

3. Cachet de l'un des reliquaires (1671)

4. Authentique de reliques, par l'abbé Delom (1795)

En 1801, plusieurs groupes refusèrent le Concordat conclu entre le pape et Bonaparte. Ils formèrent un schisme, qui perdure en Poitou (Deux-Sèvres) sous le nom de Petite Église. Dans le nord de l’Aveyron et le sud du Cantal, le schisme cessa voici un siècle. En 1911, en effet, les Malbert, habitants du hameau de la Bécarie à Cassaniouze, rejoignirent le giron de l’Église catholique. Cent ans plus tard, une journée culturelle (et cultuelle), suivie par plus de 200 personnes, commémora ce petit événement. Une plaquette a été publiée en décembre 2011 par l’association « Les Gens du Veinazès », intitulée Une étrange histoire de fidélité : les Enfarinés de Cassaniouze (1801-1911).
Mais il reste des souvenirs étonnants de cette étrange histoire. Une niche du rez-de-chaussée du clocher restauré de l’église paroissiale de Cassaniouze contient une boîte dont M. Jean Teulières nous a soumis le contenu. Il s’agit d’un reliquaire de fortune, conservé par les Enfarinés à la Bécarie jusqu’à la vente de la maison par leur dernière descendante ; à ce moment, elle confia à la commune ces émouvants souvenirs. Cet ensemble de six reliques, enfermées dans de petits papiers pliés et scellés d’un cachet où l’on distingue les lettres « A » et « B » accolées dans un écu, conservées à Sénepjac avant la Révolution, et portant chacune leur identification en latin (sauf une en français) : Fleuret, évêque et confesseur ; Crescence, martyr ; Gervais martyr ; Albert ; Hilarion ; Grat, martyr. Ces sortes de petits reliquaires ont été constituées au XVIIe siècle, comme l’atteste aussi l’écriture de deux autres documents : une liste de reliques, établie deux fois sur le même papier et comportant le nom de neuf saints (parmi lesquels figurent les cinq dont les reliquaires sont parvenus jusqu’à nous) : Germain, Narmasius (?), Grat, Albert, Hilarion, Fleuret, Gervais, Crescence et Madeleine (« Reliquiae sanctorum Germani, Narmasii, Grati, Alberti, Hilarionis, Floregii, Gervasii, Crescentii, Magdalenae ») ; une  authentique de reliques de 1671 portant au recto « L’approbation des saintes reliques qui sont icy » et, au verso, la provenance des reliques des saints Crescence, Gervais, Grat et Fleuret :

Nous vicaire général d’illustrissime et révérendissime père dans le Christ Gabriel de Voyer de Paulmy, évêque et seigneur de Rodez, nous faisons foi que nous avons donné les reliques de saint Crescence martyr par nous vérifiées sur l’ordre dudit seigneur évêque, de saint Gervais martyr vérifiées par le susdit illustrissime évêque dans l’église de Bonnecombe, de saint Grat martyr à nous données par le recteur de l’église saint Grat au cours de la visite, et de saint Fleuret évêque et confesseur que nous avons reçues dans la translation desdites reliques dans l’église d’Estaing. À Rodez le 2 mai 1671. Thomas Regnoust, vicaire général.
    Nos vicarius generalis Illustrissimi ac Reverendissimi in Christo patris Domini Gabrielis de Voyer de Paulmy, episcopi et domini Ruthenensis, fidem facimus dedisse nos reliquias sancti Crescentii martyris a nobis jussu eiusdem domini verificatas, sancti Gervasii martyris ab eodem Illustrissimo episcopo verificatas in ecclesia monasterii Bonae Combae, sancti Grati martyris nobis datas a rectore ecclesie eiusdem nominis in decursu visitationis, et sancti Floregii episcopi et confessoris quae accepimus in translatione dictarum reliquiarum in ecclesia de Stanno. Ruth. 2a maii 1671. Thomas Regnoust, vicarius generalis.

Le vicaire général de Mgr Gabriel Voyer de Paulmy, évêque de Rodez (1667-1684) reconnaît et authentifie, en même temps qu’il les donne, les reliques de quatre saints. Ces reliques et ces authentiques du XVIIe siècle étaient renfermées dans une enveloppe fabriquée à partir d’une gravure aquarellée du XVIIIe siècle représentant une pensée (« Viola lutea grandissima »), sur laquelle est portée l’inscription « Reliques provenant de Sénepjac » (« Reliquiae a Senepjaco »). Un petit billet autographe de l’abbé Delhom, l’un des « pontifes » de la Petite Église (qui demeurait habituellement au Taulan, commune de Mouret) accompagne et explicite cet ensemble de documents :

Moi, soussigné, je fais savoir à tous ceux auxquels cela importe que les reliques ici présentes proviennent de l’église paroissiale Saint-Germain de Sénepjac, diocèse de Rodez ; qu’elles ont été libérées de la déprédation et de la profanation et qu’elles avaient été exposées à la vénération des fidèles avant la persécution philosophique. En foi de quoi : fait et consigné le 6 janvier 1795. [signature manquante], vicaire de Sénepjac, le pasteur étant défunt, la persécution faisant rage.
    Ego infrascriptus notum facio omnibus quorum interest hic jacentes esse reliquias ecclesiae parrochialis Sancti Germani a Senepjaco diocesis Ruthenensis a depredatione et profanatione liberatas, easque venerationi fidelium, ante persecutionem philosophicam exposite fuerant. In cujus fidem : actum et consignatum die 6a januarii 1795 [signature manquante] vicarius Senepjacensis defuncto pastore, vigente persecutione.

Le jour de Pâques, 11 avril 1819, l’abbé Delhom pratique un exorcisme public sur une jeune fille possédée. On peut imaginer qu’il utilisa, au cours du rituel, les reliques ici authentiquées. Bon prédicateur, bon musicien, il avait un enthousiasme communicatif dans la célébration, mais semble avoir eut également un goût baroque pour la controverse et les cérémonies spectaculaires.
Ces reliques des saints, authentiquées au XVIIe siècle, sont aussi devenues les reliques des Enfarinés de Cassaniouze, des traces inattendues de ces fidèles à la foi obstinée et touchante.

Collection Commune de Cassaniouze (église paroissiale Notre-Dame-de-la-Purification)